Trop désireux de se renforcer dans le digital, Airbus ne compte pas lâcher la prise même si elle lui glisse pour l’heure entre les mains. L’avionneur européen tente en effet depuis plus d’un an de s’emparer d’Atos BDS, les activités liées au big data et à la cybersécurité du groupe informatique en pleine recomposition. Nos confrères du Figaro assuraient, le 14 décembre dernier, qu’Airbus revenait « en force » dans le dossier. Depuis le début, l’intérêt de l’industriel n’a de fait pas changé, a-t-on confirmé à L’Usine Nouvelle. Mais les tractations sont des plus ardues, mêlant enjeux financiers, industriels voire même politiques entre de nombreux acteurs.
«C’est une partie de billard compliquée avec plusieurs parties prenantes», résume une source au cœur du dossier. Rappel des faits : mi-février, Atos annonce être entré en discussions avec Airbus pour la reprise de 29,9% d’Eviden (alors dénommé Evidian). L’entité a été créée par le groupe informatique pris à la gorge par un fort surendettement et secoué par des problèmes chroniques de gouvernance, ses activités d’infogérance étant logées par ailleurs dans une deuxième structure, Tech Foundations. Fin mars, l’avionneur déclare finalement renoncer à cette prise de participation minoritaire.
Airbus toujours intéressé par Atos BDS
Le dépeçage d’Atos aiguise depuis plusieurs mois les appétits d’industriels et d’entrepreneurs. L’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky a fait connaître ses intérêts pour Tech Foundations via son fonds d’investissement EPEI. Le cabinet de conseil OnePoint, qui s’intéresse à une partie des activités d'Eviden, prend de plus en plus de poids dans le dossier et détient désormais 11,4% du capital d’Atos depuis le 8 décembre dernier. Son patron, David Layani avait, dès septembre 2022, tenté de racheter cette division d’Atos, qui a un temps intéressé le groupe d’électronique Thales.
Mais le conseil d’administration d’Atos, alors présidé par Bertrand Meunier avait éconduit l’offre de Onepoint et avait en outre imposé de lier la vente de Tech Foundation à Daniel Kretinksy à une prise de participation au capital d’Eviden. La nomination en octobre d’un nouveau président au conseil d’administration d’Atos, Jean-Pierre Mustier, et l'arrivée le même mois d'Yves Bernaert au poste de directeur général, laissé vacant depuis juillet 2022, seront-t-elles de nature à faire bouger les lignes ?

- 17093.18-0.23
Mars 2026
Cours mensuel du nickel - settlement$ USD/tonne
- 94.93+0.15
15 Avril 2026
Pétrole Brent contrat à terme échéance rapprochée$ USD/baril
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
Seule certitude côté Airbus, même si on se refuse au moindre commentaire : l’attrait de l’avionneur n’a pas changé d’un iota pour Eviden, malgré l’abandon de mars dernier. Et plus exactement pour BDS, des activités nichées au sein de la nouvelle entité comprenant la cybersécurité, le calcul haute performance (HPC) et le big data. Elles renforceraient considérablement l’industriel dans le domaine du digital et en particulier pour les besoins en défense. Le groupe a en ligne de mire le développement du cloud de combat du système de combat aérien du futur (Scaf), le chasseur accompagné d’une flotte de drones qui devra prendre le relais du Rafale et de l'Eurofighter à l'horizon 2040.
Airbus, trop allemand pour être honnête?
«En Europe, presque personne ne fait du HPC, soutient un expert. C’est un objet qui est un peu particulier et que peu de sociétés savent manipuler. Bull était le dernier des Mohicans» Or Atos BDS est directement issue de l’acquisition de Bull en 2014. Comment expliquer dès lors qu’Airbus ait jeté l’éponge ? Le groupe n’aurait pas été rassuré par la pertinence financière de l’opération. Autrement dit : le prix de vente était trop élevé au vu des performances financières de l’entreprise. Atos représente environ 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires, réparties à parts égales entre le HPC, la cyber et des projets directement liés à la défense.
Aurait-on tordu le bras à Airbus, accusé dans certains milieux – l’armée notamment – d’être trop allemand pour être honnête ? En clair, d’aucuns reprocheraient au groupe de ne pouvoir s’emparer d’activités aussi sensibles en raison de son européanité, sur fonds de tensions franco-allemandes et de replis nationalistes en Europe ? Un argument qui pèserait encore dans la balance et ferait traîner en longueur les tractations. Mais qui a de quoi surprendre : via ArianeGroup, codétenu avec Safran, Airbus est notamment en charge du missile M51, composante de la force de dissuasion nucléaire française. A l'instar de cet équipement, le rachat d’Atos BDS pourrait être conditionné à la création d’une structure dédiée, accessible aux seuls responsables français. Ce ne serait pas une première.
Vers une division d'Airbus dédiée au digital?
Alors qu’Airbus tente sans doute de convaincre ses interlocuteurs à ne lui vendre qu’Atos BDS et non l’intégralité d’Eviden, l’hypothèse d’une reprise par un consortium a été évoquée par Challenges le 20 décembre dernier. Prenant pour modèle le fabricant de missiles MBDA – détenu par BAE Systems, Airbus et Leonardo – la division d’Atos pourrait être reprise par un trio, à savoir Airbus, Thales et Dassault Aviation. «Ce scénario n’est pas sur la table», assure à L’Usine Nouvelle un haut dirigeant au sein de l’un de ses groupes. «Thales n’a aucune intention de se diversifier dans des marchés autres que ceux qu’il sert déjà», rappelle-t-on au sein de l’entreprise, qui s’intéresse avant tout aux seules activités cybersécurité de BDS. Quant à Dassault Aviation, son porte-parole n’était pas disponible.
Ni Atos, ni Airbus, n’a d’intérêt à faire durer les négociations. Du côté du groupe informatique, la vente de BDS pourrait sans doute apporter de l’air et faciliter les tractations pour vendre Tech Foundations. Côté Airbus, alors qu’une source s’inquiète d’une fuite des talents chez BDS, les bénéfices à tirer de l’intégration de cette entité prendront sans doute du temps. «Le morceau n’est-il pas trop gros ?», s’interroge un expert. Et d’émettre une hypothèse qui pourrait tenter Guillaume Faury, le président exécutif de l’avionneur par ailleurs zélateur des technologies digitales y compris dans le civil : le groupe pourrait alors créer une quatrième division dédiée, aux côtés des trois existantes, consacrées aux avions commerciaux, aux hélicoptères ainsi qu’à la défense et au spatial.
Olivier James, avec Pauline Bandelier



