Pas encore lancée, la fusée Ariane 6 déjà en concurrence avec SpaceX

Ariane 6 a déjà décollé... commercialement. Arianespace compte 30 lancements en carnet de commandes avant même le premier vol de son lanceur. Un record. Mais la concurrence avec SpaceX s’annonce plus rude que jamais.

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Test mise à feu Ariane 6
Grâce à sa polyvalence, Ariane 6 a déjà séduit des clients venus d'horizon très différents: Amazon pour sa constellation Kuiper, la commission européenne pour ses satellites Galileo, le ministère français des armées pour son satellite espion CSO-3...

Plus que quelques heures avant le tir inaugural d’Ariane 6. Si tout se passe bien ce 9 juillet, il faudra encore attendre la fin de l’année pour que le lanceur européen effectue sa première mission commerciale. Entre les deux vols, les techniciens de la «team Ariane 6» – qui réunit l’agence spatiale européenne, le CNES et ArianeGroup – vont éplucher toutes les données de la mission pour s’assurer que l’ensemble des équipements ont fonctionné correctement.

Sur le plan commercial, Ariane 6 a déjà décollé. «On a 30 missions à faire. C’est absolument sans précédent pour un lanceur qui n’a pas encore volé», s’est même réjoui Stéphane Israël, le patron d’Arianespace, lors de son intervention au Paris Air Forum en juin dernier. Capable de réaliser une grande variété de missions, le lanceur séduit des clients avec des profils très différents. Arianespace a ainsi décroché 18 lancements auprès d’Amazon en 2022 pour contribuer au déploiement de la constellation Kuiper, 5 missions Galileo pour l’Union européenne, des lancements auprès des opérateurs Intelsat (3 satellites) et Eutelsat  (3 satellites), ainsi qu’un satellite militaire pour la France.

Pas question toutefois de se reposer sur ses lauriers. La concurrence s’intensifie. Les Etats-Unis et la Russie continuent de développer leur industrie spatiale ; la Chine multiplie les exploits en s’appuyant sur ses fusées Longue Marche ; l’Inde et le Japon affirment leurs ambitions.

Lancement réussi pour le lanceur japonais H3

Qui sont alors les véritables concurrents d’Ariane 6 ? La Chine est hors-jeu de la compétition commerciale, les Etats-Unis interdisant l’exportation de satellites américains ou contenant des composants américains vers son grand rival. Depuis l’invasion de l’Ukraine, les lanceurs russes sont, eux aussi, écartés par les opérateurs et fabricants de satellites occidentaux.

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«Les lanceurs indiens et japonais sont plus dédiés aux missions institutionnelles. Ils ne se placent pas de manière agressive sur le marché commercial», précise par ailleurs Philippe Baptiste, le patron du Cnes, à l’occasion d’une rencontre avec les journalistes de l’association des journalistes professionnels de l'aéronautique et de l'espace (AJPAE) le 1er juillet. Le Japon revient toutefois dans la course. L'Agence japonaise d'exploration aérospatiale (Jaxa) a réussi en février dernier le tir inaugural de son nouveau lanceur H3 depuis la base de Tanegashima. Construit par Mitsubishi Heavy Industries, ce lanceur de 63 mètres de haut pour 574 tonnes doit permettre d’assurer des lancements commerciaux deux fois moins coûteux que son aînée, la fusée H2A, pour une capacité de charge utile de six tonnes.

Reste que la concurrence pour Ariane 6 viendra pour l’essentiel de l’autre côté de l’Atlantique. Au-delà de la fusée Falcon 9 de SpaceX, d’autres lanceurs sont également en lice comme les nouveaux Vulcan Centaur de ULA (alliance entre Boeing et Lockheed Martin) et le New Glenn de Blue Origin, société de Jeff Bezos. Ces deux acteurs se sont d’ailleurs partagés avec Arianespace la mégacommande de plus de 80 lanceurs passée par Amazon pour lancer les satellites de la constellation Kuiper.

Une alternative à SpaceX

Le principal concurrent pour Arianespace restera toutefois SpaceX, seul acteur capable aujourd’hui de lancer jusqu’à deux fusées par semaine. La compétition sera rude, comme l’augure le revirement récent d’Eumetsat au profit de son rival américain. Cette agence en charge du déploiement et de l’exploitation des satellites météorologiques européens a infligé un camouflet à Arianespace quelques jours à peine avant le premier lancement d’Ariane 6.

Eumetsat a purement et simplement annulé le contrat de lancement de son satellite de 3eme génération (MTG-S1) passé auprès d’Arianespace pour sélectionner une fusée Falcon 9 ! L’agence n’a pas véritablement justifié sa décision, mais son choix aurait été basé sur des critères économiques et la fiabilité éprouvée du Falcon 9.

Pour éviter la répétition d’une telle mésaventure, le patron du Cnes appelle à l’application de la préférence européenne en matière de lanceurs, qui veut qu’un satellite ayant bénéficié de financement public européen soit lancé par un lanceur européen. Selon lui, Ariane 6 a une vraie carte à jouer sur marché en étant le seul véritable challenger de Falcon 9.«Ariane 6 est très attendue sur le marché. Ne serait-ce que pour avoir une alternative à SpaceX», explique Philippe Baptiste.

Pour maximiser ses chances sur le marché commercial, Ariane 6 devra être produite plus vite. Aujourd’hui, du fait de la mégacommande Kuiper à honorer et de la faible disponibilité du lanceur, Arianespace n’a quasiment aucun créneau de lancement à proposer à ses clients commerciaux, préférant réserver les derniers disponibles aux acteurs institutionnels. La réussite commerciale d’Ariane 6 passe aussi par ses usines.

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