Il existe des dirigeants d’entreprise qui foisonnent d’idées sans jamais s’arrêter. Yaneck Blanc, Pdg de Ort Solutions Premium (SP), en fait partie. Le quadragénaire enchaîne les projets, avec réussite. Sa société, installée à Wasselonne (Bas-Rhin), produit et commercialise des palettes, des rehausses et de la caisserie en bois sur mesure ainsi que des produits en cellulose moulée ou en plastique, et des feuillards, autrement dit, tout ce qu’il faut pour transporter et protéger des produits lourds et encombrants. Son slogan pourrait se résumer à la célèbre formule « service complet », compte tenu de l’offre en produits et services qu’il propose à ses clients, à l’exemple d’ArcelorMittal, un grand groupe qui comme bien d’autres préfère aujourd’hui déléguer la fonction emballage à un spécialiste. Mais le temps était venu de « changer de braquet » pour cette entreprise qui totalise un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros, avec un effectif de 150 personnes.
À l’heure où le secteur de l’emballage – palettes comprises – pâtit d’un retour de bâton, après l’euphorie des années Covid, la stratégie paraît opportune. « Nous voulons doubler de chiffre d’affaires d’ici à trois ans, pour arriver à 100 millions d’euros », explique Yaneck Blanc.

Sécuriser les approvisionnements
Le rapprochement, en juin dernier, avec PGS, le leader français de la palette neuve et reconditionnée qui a pris une participation de 30% dans son capital, contribue à cette démarche. Et, comme son éminent partenaire normand, Ort SP s’est fixé un parcours qui passe tout d’abord par la sécurisation des approvisionnements. La récente crise du bois, avec des hausses de prix, et, parfois, des problèmes de disponibilité en 2021 et 2022, a laissé des traces… C’est donc tout naturellement que l’entreprise a racheté la scierie André Obringer à Saint-Quirin (Moselle), il y a un an. L’acquisition de la scierie Guidez, à Saint-Martin-Boscherville (Seine-Maritime), date d’hier, 20 novembre. La première (en photo ci-dessus), qui emploie vingt personnes pour 4,5 millions d’euros de chiffre d’affaires, lui offre les sciages nécessaires à la fabrication de palettes. Elle lui sert aussi de tremplin pour développer son activité dans l’ossature bois, opérée via sa filiale Gueules des bois, créée en septembre dernier, et basée à Wasselonne. « C'est un métier très différent, mais complémentaire à l’emballage », indique le dirigeant qui compte bien exploiter le concept de maison en kit pour développer le chiffre d’affaires du groupe. Grâce à son terrain de 8 hectares, la scierie André Obringer lui offre également la place nécessaire pour promouvoir ses produits et même… faire du foncier. Ort SP envisage en effet de construire des maisons en bois, sur le modèle de l’« ecolodge » (ou écohébergement), à savoir en limitant au minimum l’impact sur l’environnement, et de les louer ensuite.

Mailler le territoire
Le rachat de la scierie Guidez, qui emploie vingt personnes pour un chiffre d’affaires de 3 millions d’euros, répond lui aussi à l’objectif de sécuriser les approvisionnements en matière première. En outre, il offre la possibilité de disposer d’une tête de pont dans l’ouest du pays. Comme toutes les entreprises actives dans le secteur de l’emballage bois, Ort SP se donne ainsi les moyens d’étendre sa présence, en maillant le territoire, pour limiter les coûts de transport. Guidez jouera aussi un rôle plus spécifique dans la diversification, puisque le site est appelé à fabriquer des emballages industriels. « Il s’agit d’un secteur en fort développement en France, nous pensons avoir une carte à jouer, de plus, ce sont des produits qui vont nous permettre d’améliorer nos marges significativement », souligne Yaneck Blanc. L’entreprise va se rapprocher du Syndicat de l’emballage industriel et de la logistique associée (Seila) pour mieux appréhender les normes et les pratiques de fabrication dans cette spécialité.

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Février 2026
Indices des prix internationaux des matières premières importées - Pâte à papier - En eurosBase 100 en 2010
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Mars 2026
Vieux papiers, sortes ordinaires - Moyenne France-Export - 1.05 Ondulés récupérés (ex A5)Variation en €/tonne
Aires de jeux
Que de changements… Mais les palettes ne sont jamais bien loin. La société, qui n’a jamais cessé d’en fabriquer, a investi plus récemment dans le reconditionnement, un segment très dynamique depuis la pandémie. « C’est le marché de demain », juge Yaneck Blanc. Ort SP, qui reconditionne 100 000 palettes par mois, a dépensé 1 million d’euros en début d’année, pour équiper Wasselonne d’une ligne automatisée permettant de démonter les palettes non normalisées (ci-dessous). Une partie des composants sont réutilisés alors que ceux qui ne peuvent pas l’être sont broyés. Mais, contrairement à la plupart de ses concurrents, le fournisseur ne fabrique pas de pellets pour l’alimentation de chaufferies, mais du mulch (ou paillis), à savoir un mélange de copeaux plus grossiers, destinés aux aires de jeux. La production atteint aujourd’hui 90 m³ par jour grâce à un nouveau broyeur. « Il s’agit d’un produit beaucoup plus durable que le pellet, car il permet de stocker du carbone et, une fois entré en putréfaction, il le diffuse dans le sol », souligne le dirigeant. Des maisons en bois, des palettes reconditionnées, du mulch… : les idées ne manquent pas. Et cela va se poursuivre. « Nous allons continuer de grossir par croissance externe, avec une acquisition tous les dix-huit mois en moyenne, soit pour augmenter notre intégration verticale, soit pour nous diriger vers des métiers annexes », annonce Yaneck Blanc.

Émissions carbone
L’homme aux mille casquettes est aussi convaincu que l’on vend mieux les produits en racontant une histoire. Son projet ? Créer un site marchand avec un catalogue fourni de palettes, caisses de transport, feuillards et autres sacs de mulch. Un site qui, comportera, au-delà des caractéristiques techniques des produits et leur prix, des informations sur leurs émissions carbone afin de permettre aux acheteurs d’orienter leurs choix. « Une palette reconditionnée en bois n’émet pas autant de carbone qu’une palette neuve qui à son tour est différente d’une palette en plastique recyclée », clame le dirigeant. L’idée a de quoi séduire à l’heure où le développement durable domine les choix en emballage, y compris dans l’industrie. Lancement prévu : premier trimestre 2025. Le « timing » ne pouvait pas être meilleur. Il coïncide tout juste avec l’arrivée de la réglementation sur les déchets d’emballages industriels et commerciaux (DEIC).



