Entre turbulences à bord et horizon bouché, le voyage (en avion) de Bruno Le Maire à Toulouse a été l’image de ce que vit depuis bientôt un an le secteur qu’il venait soutenir : l’aéronautique. Le ministre de l’Economie a fait le déplacement dans le fief airbusien, vendredi 22 janvier, dans le but de rassurer des acteurs industriels confrontés à une crise sans précédent. Au sein de cette filière qui représente plus de 300 000 emplois, ces acteurs connaissent, suivant leurs activités, des baisses de charges comprises entre -30 et -50% depuis le début de la pandémie mondiale.
«L’aéronautique est le secteur industriel qui est, de loin, le plus touché, a affirmé Bruno Le Maire. Or ce secteur est stratégique pour la nation française, en termes d’indépendance, d’emploi et de savoir-faire. Nous n’avons pas investi pendant des décennies dans des compétences de haut niveau pour que tout cela parte en un an à cause de la crise. C’est un enjeu de souveraineté. L’Etat mettra tout ce qu’il faut pour sauver le secteur aéronautique. Et ce soutien durera tant que la crise durera.»
Diversification pour Liebherr
Pour illustrer ses propos, Bruno Le Maire s’est rendu sur le site toulousain de Liebherr-Aerospace. Le groupe qui emploie sur ce site plus de 1300 personnes fait partie des lauréats du plan France Relance. Avec un investissement de 5 millions d’euros, cofinancé par l’Etat à hauteur de 2,4 millions d’euros, Liehberr va démarrer la production d’une pièce jusque-là importée, une pompe liquide. Elle pourrait aussi avoir des débouchés dans le spatial, le ferroviaire et le transport routier. Autre projet de Liebherr, également soutenu dans le cadre du plan de relance du secteur lancé en juin 2020 : le soutien par l’Etat du développement de compresseurs à aire grande vitesse, pour les piles à combustibles dédiées au transport ferroviaire. Un projet d’investissement de l’ordre de 4,9 millions d’euros, qui sera cofinancé par l’Etat à hauteur de 1,25 million d’euros.

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«Je veux dire à tous les industriels, à toutes les TPE et PME, que si vous avez des projets de développement de vos lignes de production, c’est le moment de le faire, a martelé Bruno Le Maire. Nous apporterons des financements complémentaires. Si vous voulez vous diversifier dans le ferroviaire ou bien encore le maritime pour être moins dépendant de l’aéronautique, faites-le, nous vous soutiendrons.»
Une crise qui s'allonge
Le volontarisme de Bruno Le Maire a été en fin de matinée confronté aux réalités du terrain, dans la cadre d’une table ronde réunissant les responsables institutionnels et industriels locaux. Si les acteurs de la filière louent l’efficacité de mesures d’aides telles que le Prêt garanti par l’emploi (PGE) et l’activité partielle de longue durée (APLD), ils s’inquiètent de voir la crise s’étirer dans le temps. Et de se retrouver à gérer des problèmes de trésorerie importants voir de surendettement.
Initialement, quels que soient les secteurs d’activités, le PGE mis en œuvre prévoyait une année de différé de remboursement et 5 années d’étalement. Désormais, le dispositif prévoit un différé de deux ans et un étalement sur 4 ans de remboursement. Mais cette durée reste problématique dans l’aéronautique, alors que le trou d’air des livraisons pourrait durer environ encore quatre ans. «Je propose que les secteurs les plus touchés par la crise, et je pense en priorité à l’aéronautique, bénéficient d’un étalement plus long. Je m’engage à ce que nous regardions cette possibilité pour le négocier avec la commission européenne. Je vais demander à mes services de travailler sur ce sujet.»
Dans le même registre, d’autres industriels s’inquiètent de l’échéance concernant les aides issues du fonds Corac (Conseil pour la recherche aéronautique civile), soit une enveloppe de 1,5 milliard d’euros sur trois ans, censées soutenir l’aviation décarbonée. «Alors que la crise pourrait durer jusqu’en 2023-2024 au niveau du transport aérien, il faut en effet vous donner de la visibilité, a précisé Bruno Le Maire. Il me paraît légitime que sur les financements Corac on puisse aller au-delà de 2022. Nous allons regarder cela».
Une nécessaire consolidation
Autre point sur lequel Bruno Le Maire a insisté : la nécessité de consolider la filière tout en protégeant les pépites industrielles. Une mission qui a pour bras armé le fonds ACE Aéro Partenaires, géré par ACE Management (Tikehau Capital) et doté pour l’heure d’une enveloppe de 740 millions d’euros.
«L’industrie aéronautique ne s’est pas consolidée au cours des dernières années, a insisté le ministre de l’Economie. Aucun effort n’a été fait dans ce domaine, car tout allait bien jusque-là. Il y a une multiplicité d’acteurs qui ne sont pas tous suffisamment compétitifs et rentables, qui ont vocation à se rapprocher.» Bruno Le Maire, vigilant sur les questions du risque de prédation par des entreprises étrangères, en a profité pour l’affirmer : «on ne laissera pas tomber Aubert et Duval». Plus qu’en soutien, Bruno Le Maire s’érige en défenseur de la filière.



