Technos de rupture, protection de l'environnement et enjeu de souveraineté. Un cocktail qui a valu à MagREEsource d'annoncer le 10 janvier une levée de fonds de 5 millions d’euros. Un montant qui doit notamment permettre à la start-up de d’ouvrir son premier site pilote d’unité de recyclage d’aimants à base de terres rares, à Grenoble d’ici fin 2023, qui vise à recycler 50 tonnes d’aimants par an.
Erick Petit, CEO et co-fondateur de la start-up, résume en quelques mots l'importance de ces aimants et des terres rares qui font leur force, néodyme en tête : « Il sont aujourd'hui présents dans toutes les machines électriques : robots, moteurs de voitures électriques, générateurs d’éoliennes… Ils jouent donc un rôle crucial dans l’électrification de la société, nécessaire pour atteindre la neutralité carbone ».
LE RECYCLAGE SEMBLE UNE SOLUTION INCONTOURNABLE POUR LA START-UP
MagREEsource développe une solution de recyclage basée sur une propriété des terres rares : elles se fragilisent en présence d’hydrogène. Erick Petit détaille le processus : « Dans un réacteur à hydrogène, on va pulvériser les déchets d’aimants, qui vont tomber en poudre. Cette poudre va être compactée et chauffée pour fabriquer de nouveaux aimants par frittage. Il est ainsi possible de récupérer intégralement la matière des déchets et de produire des aimants constitués à 100% de cette matière. » Cette technologie sera mise à l’échelle et améliorée dans le site pilote de Grenoble.
RECYLER POUR MIEUX REFABRIQUER
En parallèle, MagREEsource travaille sur la production d’aimants par frittage « Near Net Shape » (production aussi proche que possible de la forme finale) et en R&D sur la fabrication additive en fusion laser sur lit de poudre pour obtenir des aimants 4D : 3 dimensions géométriques et 1 dimension magnétique. Erick Petit explique ce choix stratégique : « La Chine perd entre 15% et 20% de matière à cause de ses process automatisés pour produire de gros volumes et des aimants standardisés, alors que notre proposition de valeur est de personnaliser les aimants au plus près du besoin et d’utiliser le moins possible de matière par du frittage Near Net Shape, voire à terme par l'impression 4D Net Shape ».
UN MARCHÉ EST CONFRONTÉ À PLUSIEURS ENJEUX STRATÉGIQUES
Le marché des aimants à terres rares est confronté au monopole chinois présent sur toute la chaîne de valeur de fabrication. Et pour Erick Petit ce n’est pas nouveau : « Ces aimants sont importés depuis 40 ans principalement de Chine qui produit 58% des minerais de terres rares dans le monde et contrôle environ 90% de la production minière mondiale ». En outre, la demande ne cesse d’augmenter. Si les exigences environnementales dictées par le Pacte Vert pour l’Europe et par REPowerEU sont respectées, « le besoin en aimants sera multiplié par 12 pour la production de voitures électriques d’ici 2035 et par 6 d’ici 2030 pour la construction d’éoliennes ». Un tel engouement cache un risque de pénurie, « il n’y a pas assez de mines dans le monde, et une mine découverte aujourd’hui a besoin d’une quinzaine d’années de préparation avant d’être ouverte ».



