Les quatre raisons du choix de la France pour la première usine d’engrais bas carbone de FertigHy

La société espagnole FertigHy, consortium des entreprises EIT InnoEnergy, Siemens, InVivo ou encore Heineken, a annoncé, lundi 13 mai 2024, construire sa première usine d'engrais azotés à faible émission de carbone à Languevoisin (Somme). Une destination jugée «stratégique», avec un investissement de 1,3 milliards d’euros à la clé.

Réservé aux abonnés
Nitrate d'ammonium engrais
Grands consommateurs d'engrais azotés les Hauts-de-France sont un choix d'implantation «stratégique» pour FertigHy.

Une position au cœur de l’Europe

FertigHy choisit finalement la France. Après avoir envisagé un temps l’Espagne, le consortium regroupant la société d’investissement européenne EIT InnoEnergy, l’énergéticien espagnol RIC Energy, l’industriel allemand Siemens, la coopérative agricole française InVivo, l’ingénieriste italien Maire ou encore le géant néerlandais de la bière Heineken, s’apprête à implanter une usine d’engrais azotés bas carbone à Languevoisin (Somme). Le projet a été annoncé le 13 mai 2024 lors du 7e sommet Choose France. L’investissement de 1,3 milliard d’euros vise à produire 500000 tonnes d’engrais azotés ammonitrate 27 (ou CAN27) par an à l’horizon 2030. Un produit très utilisé dans les grandes cultures.

Et au-delà de s’implanter «dans une région grande consommatrice d’engrais», le PDG de FertigHy Jose Antonio de las Heras Alonso justifie le choix des Hauts-de-France par sa position centrale en Europe : «Nous sommes très bien situés pour approvisionner les autres marchés européens, la proximité de l'Allemagne, du Benelux, du Royaume-Uni». Les potentiels lieux d’implantation pour l’usine devaient aussi être dotés «d’une façade maritime compétitive». Se situant à 150 km à vol d’oiseau du port de Dunkerque, la commune retenue pour le site industriel de 20 hectares s'avère être un bon point de départ vers l’exportation. Il va à terme générer 250 emplois directs dans la région.

Diminuer la dépendance à la Russie

L’idée : sourcer les matières premières à l’échelle locale. «Pour faire des engrais azotés, nous utilisons de l’électricité produite localement, de l’eau pour l’électrolyse et du calcaire qui s’achète dans la région», détaille Jose Antonio de las Heras Alonso. Un procédé de fabrication qui dévie de la méthode habituelle, le traditionnel gaz naturel étant remplacé par une autre source d’énergie. Grâce à ces réserves d’hydrocarbures, la Russie reste encore aujourd’hui le premier exportateur mondial d’engrais azotés selon l'agence alimentaire des Nations Unies (FAO).

Et l’agriculture française dépend largement de l’étranger. Selon le rapport du 4 avril 2024 du Commissariat à la planification écologique, «la France importait en 2022 plus de 80 % de ses engrais (toutes catégories confondues), dont une large part provient de pays en dehors de l’Union européenne. Dans L’Opinion, le 29 mars 2024, le spécialiste de la géopolitique de l'agriculture Sébastien Abis déplorait que «pour l’azote, nous importons encore 25% de nos besoins de Biélorussie et surtout de Russie».

Un réseau électrique bas carbone

Au lieu de suivre la recette traditionnelle qui consiste à combiner l'azote de l'air et l'hydrogène extrait du gaz naturel, le fertilisant bas carbone s’obtient grâce à de l'hydrogène issu de l'électrolyse de l'eau. Un procédé qui ne rejette pas de CO2. Mais encore faut-il s’assurer d’avoir un réseau électrique qui ne soit pas trop émetteur. «La France dispose d'une matrice énergétique à très faible émission de carbone et nous avons également un accès clair à l'interconnexion électrique», souligne le PDG de FertigHy. Car l’usine aura besoin de 200 mégawatts de puissance pour fonctionner. Et obtenir des garanties sur la disponibilité électrique a aussi fait pencher la balance en faveur de la France.

Surtout que l’Union européenne met la pression pour accélérer le déploiement d'industries plus vertueuses sur son sol. À partir de 2034, les importateurs d'engrais azotés devront acquitter des taxes vertes selon les règles du mécanisme européen d'ajustement carbone aux frontières. Cela va augmenter mécaniquement les prix, indique le patron. Mais pour éviter ce surcoût, «introduire sur le marché des engrais à faible teneur en carbone est une bonne opportunité», avoue Jose Antonio de las Heras Alonso. Et dans cette course, FertigHy ne sera pas seul, puisque son concurrent norvégien Yara a déjà fait savoir qu’il comptait atteindre 30% d’engrais azotés en décarboné en 2030.

Des subventions publiques

«Ce projet est sans aucun doute une opportunité unique pour la France et son agriculture. Il représente un pas supplémentaire vers la décarbonation de l'industrie et renforce la souveraineté de l'Europe dans ce secteur», argue, dans un communiqué, Roland Lescure, le ministre délégué chargé de l'Industrie. Et l’État va soutenir financièrement cette usine.

Le projet est encore en cours d'élaboration mais, l’usine de FertigHy devrait être éligible à des aides publiques sous forme de subventions. Elles concerneront les investissements matériels et de production dans le cadre du régime d'aide régionale lié aux emplois créés. Un mécanisme de subvention dédié à la production d'hydrogène à faible teneur en carbone utilisé dans l'industrie et une subvention orientée vers la décarbonisation de l'industrie, basée sur la réduction des émissions de CO2 réalisée par le projet sont aussi évoqués.

Mais avant de réaliser les premières commandes, le site industriel devra encore passer par un certain nombre d’étapes. «La feuille de route pour l’usine est de six ans avec trois temps de développement», annonce le PDG de FertigHy. Jusqu’à fin 2026, le projet passera par une phase d’ingénierie avec au bout l’obtention d’un permis de construire. La construction durera ensuite 3 ans pour «une date d’exploitation commerciale début 2030». L’objectif : couvrir 15% de la consommation française d’engrais azotés.

Abonnés
Le baromètre des investissements industriels en France
Nouvelles usines, agrandissement de sites industriels existants, projets liés à la décarbonation… Retrouvez dans notre baromètre exclusif toutes les opérations classées par région, par secteur industriel, par date d’annonce et de livraison.
Je découvreOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs