Après la nanoélectrique et les batteries, place à l’hydrogène. La Commission européenne a autorisé vendredi 15 juillet un nouveau projet important d'intérêt européen commun (Piiec) intitulé «Hy2Tech», dont l’objectif est de soutenir la recherche et l'innovation ainsi que le premier déploiement industriel de l'hydrogène. Il s’agit du quatrième Piiec européen, qui se multiplient ces derniers temps pour (re)lancer des filières technologiques en Europe. «Les États membres fourniront un financement public pouvant aller jusqu'à 5,4 milliards d'euros, qui devraient mobiliser 8,8 milliards d'euros supplémentaires d'investissements privés», indique le communiqué de presse de la Commission européenne selon qui ce projet «devrait contribuer au développement d'importantes avancées technologiques, y compris de nouveaux matériaux d'électrodes à haute efficience, des piles à combustible plus performantes, des technologies de transport innovantes, parmi lesquelles des technologies de mobilité hydrogène déployées pour la première fois».
Dans le cadre de ce Piiec, 41 projets ont été approuvés et sont portés par un total de 35 entreprises. «Il s'agit à la fois de grands acteurs industriels bien connus, comme Symbio, Arkema, Daimler Truck et Ansaldo, mais aussi de petites et moyennes entreprises et de start-up, comme Advent, H2B2 et McPhy», a expliqué la commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager lors d’une conférence de presse vendredi 15 juillet. L’exécutif européen chiffre à 20 000 le nombre d’emplois directs qui devraient être créés, en raison notamment de collaboration des entreprises sélectionnées «avec plus de 300 partenaires indirects dans toute l'Europe, notamment des universités et des organismes de recherche».
«Seuls les projets réellement innovants sont soutenus»
Sur les vingt-deux États membres qui avaient fait part de leur intention de participer à ce projet, quinze seront finalement de la partie. Dont la France. La Commission européenne a validé dix des quinze projets prénotifiés en mars par le gouvernement français (voir notre carte). Les cinq projets restants pourraient être approuvés prochainement, lors d’une seconde vague d’annonces. La raison derrière ces approbations morcelées : d'un point de vue juridique, le Piiec hydrogène est divisé en deux grands volets. Le premier, annoncé vendredi 15 juillet, concerne les projets de R&D axés sur l’innovation. Le second portera sur la décarbonation de l’industrie par l’hydrogène. Contactée par L’Usine Nouvelle, la Direction générale des entreprises (DGE) explique que la seconde «vague d’annonces est encore à l’instruction par la Commission européenne et devrait être validée dans les prochains mois». Ce sera même «dès août, voire en septembre», croit savoir une source proche du dossier.
Commission européenne Crédit : Commission européenne
Dans le détail, le Piiec «Hy2Tech» annoncé vendredi par la Commission européenne est structuré en quatre domaines technologiques : la production d'hydrogène, les piles à combustible, le stockage, le transport et la distribution de l'hydrogène et les applications pour les utilisateurs finaux. «Seuls les projets réellement innovants sont soutenus, et seulement ceux qui, sans soutien public, ne verraient pas le jour», a affirmé Margrethe Vestager. Sur les 41 projets validés, dix vont être financés sur le territoire français.
Dix projets français retenus
Parmi les grosses annonces, on notera celle de la société spécialisée dans les systèmes hydrogène pour la mobilité Symbio, propriété à parts égales de Faurecia et Michelin, dont le projet «Hymotive» prévoit d’accélérer la production de masse de ses systèmes de piles à combustible de dernière génération à Saint-Fons (Rhône), grâce à la construction de sa première gigafactory, baptisée «SymphonHy». L'équipementier automobile Faurecia investit également à Allenjoie (Doubs) pour augmenter ses capacités de production de réservoirs.
De son côté, McPhy va pouvoir construire une usine d'électrolyseurs alcalins à Belfort. «La décision finale d’investissement sera prise par McPhy prochainement après confirmation définitive par les autorités françaises du montant de l’aide publique et la contractualisation des termes de la mise à disposition de cette aide avec Bpifrance»,explique l’entreprise dans un communiqué rendu public lundi 18 juillet.
Un projet de production de réservoirs pour la mobilité hydrogène porté par Plastic Omnium va voir le jour dans les Hauts-de-France tandis qu’Elogen va produire des électrolyseurs à Vendôme (Loir-et-Cher). Selon un communiqué publié lundi 18 juillet, le projet d’Elogen consiste également «à accroître l’intensité de sa R&D pour développer des stacks (réacteurs dans lesquels se produit l’électrolyse) innovants d’électrolyseurs à membranes échangeuses de protons».
Parmi les autres projets retenus, l’ingénieriste et équipementier belge John Cockerill va produire des électrolyseurs alcalins de technologie d'origine chinoise à Aspach-Michelbach (Haut-Rhin), Genvia, une coentreprise entre Schlumberger et le CEA, va construire une gigafactory d'électrolyseurs à haute température à Béziers (Hérault) tandis que la coentreprise entre Renault et PlugPower Hyvia va renforcer sa présence à Flins-sur-Seine (Yvelines).
Le Piiec «Hy2Tech» concerne également Alstom, qui réalise les chaînes de traction de ses trains hydrogène à Tarbes (Hautes-Pyrénées). Enfin, le groupe chimique français Arkema pourrait investir dans trois lieux de production de composants pour réservoirs et piles à combustibles en Normandie, en Auvergne-Rhône-Alpes ainsi qu'en Nouvelle-Aquitaine, expliquait en mars le ministère de l’Economie.



