"Les premiers kilos de CO2 ont été capturés en avril" se félicite Hugo Lucas, co-fondateur de Revcoo

Geler le carbone des fumées d'usines pour le capturer. En avril dernier, la start-up française de capture de CO2 industriel par cryogénie Revcoo a annoncé le lancement d’une levée de fonds de série A de 20 millions d’euros. Un premier pilote industriel a été démarré récemment, et la jeune pousse ambitionne désormais une industrialisation à partir de 2028. Co-fondateur de Revcoo, Hugo Lucas décrit pour Industrie & Technologies le chemin parcouru par son entreprise et les innovations qu'elle porte.

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
Hugo Lucas, co-fondateur de Revcoo.

Pouvez-vous décrire la technologie de capture de CO2 industriel développée par Revcoo ?

Notre technologie, baptisée CarbonCloud, consiste en un contact direct entre un réfrigérant cryogénique, comme de l’azote liquide, et la fumée à traiter. Cela nous permet de récupérer du CO2 sous forme de glace. L’avantage de cette technique, comparée à des échanges de chaleur via des fluides caloporteurs ou autres intermédiaires, est la transmission de la totalité de l’énergie du réfrigérant. Ce qui nous permet d’obtenir un rendement extrêmement élevé.

Quels ont été les obstacles à surmonter pour développer de votre technologie ?

Ce contact direct n’est généralement pas effectué car peu maîtrisé. N’étant pas ingénieur thermodynamique de formation, je n’avais pas cet a priori là aux débuts de Revcoo. La clé de ce contact direct entre réfrigérant et CO2 est une buse de pulvérisation que nous avons conçue. Elle nous permet de maîtriser, via la taille d’orifice et la pression du gaz, le phénomène de contact direct. Cette technologie est le fruit d’un an et demi de R&D et d’itérations : Revcoo a été fondée en 2019 et nous avons déposé le brevet concernant la buse en juillet 2020.

Aussi, le CO2 glacé obtenu est en fait partie d’un mélange (d’oxygène et d’azote, par exemple) qu’il nous faut séparer. Nous avons développé un cyclone, dérivé de ceux utilisés pour la séparation de poussières, pour l’utiliser dans des conditions cryogéniques. C’est un système qui créé un vortex et sépare les éléments solides, comme le CO2 de notre mélange, des éléments gazeux. Nous avons également breveté cette technologie.

Le CO2 est aujourd’hui transporté et souvent utilisé sous forme liquide. Comment effectuez-vous la fusion de votre CO2 ?

Le CO2 n’existe pas sous forme liquide à pression atmosphérique ; pour l’obtenir, il faut se placer à une pression supérieure à 5 bars. Nous avons développé une technologie, aujourd’hui confidentielle, de fusion du CO2 en continu, en faisant monter en pression notre CO2 sous forme solide pour effectuer sa fusion.

Revcoo pilote industrielRevcoo
Revcoo pilote industriel Revcoo pilote industriel

Quels sont les caps majeurs récemment franchis par Revcoo ?Quels sont vos prochains objectifs ?

Il y a tout d’abord l’installation de notre pilote industriel, sur un site de production de chaux à Avesnes-sur-Helpe (Nord). Ce pilote a pour objectif de démontrer la viabilité de la technologie de Revcoo sur un environnement réel, et surtout sur un cycle complet. En 2021 et sur le même site, nous avions déjà installé un prototype preuve de concept..

Notre pilote est désormais capable de fonctionner en continu et de manière 100 % automatisée. Les premiers kilos de CO2 ont été capturés en avril dernier. Nous cherchons désormais à monter en régime pour atteindre 2 tonnes de CO2 capturées par jour.

En parallèle, nous avons lancé une levée de fonds en mars dernier, pour un montant de 20 millions d’euros. Cette levée de fonds a vocation à être clôturée à l’automne 2025 et a pour objectif d’une part de produire la première unité industrielle à horizon fin 2027 et d’autre part de développer Revcoo, en termes de structures et de personnel pour être capable, à partir de 2028, de produire 2 machines par an capables de traiter chaque année 100 000 tonnes de CO2. Pour donner un ordre de grandeur, cela représente la production de dioxyde de carbone d’une petite cimenterie ou d’un incinérateur, par exemple.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.