[Les pionniers de l’avion vert] Blue Spirit Aero, quand un ex-Dassault parie sur les petits avions à hydrogène

Nation aéronautique, la France a tout ce qu’il faut pour être aux avant-postes de la transition énergétique du transport aérien. Mais les projets tricolores d’avions décarbonés ferraillent avec une rude concurrence internationale. Zoom sur Blue Spirit Aero, qui a l’ambition de lancer un aéronef à hydrogène de 4 places équipé de 12 piles à combustible.

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Blue Spirit Aero
Blue Spirit Aero est l'un des rares acteurs à miser directement sur l'hydrogène. Son projet d'aéronef compile pas moins de 12 piles à combustible...

Il ne faut pas se fier à la jeunesse de l’entreprise, car son dirigeant, lui, a de la bouteille. Créée en 2020, la start-up Blue Spirit Aero fait un pari osé : mettre en service un aéronef à voilure fixe de 4 places 100% hydrogène dès 2026. Mais cette jeune pousse, basée à Rueil Malmaison et qui compte en tout et pour tout 5 salariés, est portée par un homme d’expérience : Olivier Savin, un ingénieur issu de SupAero passé chez Honeywell, General Electric et enfin chez Dassault Aviation, où il a été plus de 17 années durant responsable de plusieurs projets innovants.

"J’ai mûri depuis des années le projet de développer un avion à hydrogène, basé sur l’utilisation de piles à combustible", assure le dirigeant. L’aéronef ne repose donc pas sur un effet d’aubaine, même si l’hydrogène est depuis plus d’un an été sous les feux de la rampe grâce à Airbus. C'est bien sur des compétences acquises de longue date par son fondateur que compte Blue Spirit Aero. Parmi la petite dizaine de projets tricolores de petits avions décarbonés, la start-up est l’un des seuls acteurs à miser sur le tout hydrogène.

Une usine de production déjà envisagée

L’avion n’existe pas encore, mais son principe de fonctionnement est clairement défini : il sera équipé de 12 piles à combustible, chacune approvisionnée par une bouteille d'hydrogène et alimentant un moteur électrique. Soit 12 systèmes propulsifs indépendants, 12 pods identiques. "Ce niveau de redondance garantira un haut niveau de fiabilité et de sécurité", appuie Olivier Savin.

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Si le nom de l’appareil n’est pas encore connu, ses caractéristiques techniques sont déjà évaluées avec précision. Une charge utile de 360 kilos, une distance de décollage de 300 mètres, une vitesse de croisière de 230 km/h et un rayon d’action maximal de 700 km. Le premier vol devrait être effectué fin 2024. "L’idée, ensuite, sera de s’atteler à une version 6 places plus adaptée au transport régional, typiquement entre petites villes", précise Olivier Savin.

Mais avant de se lancer dans une autre version, Blue Spirit Aero va surtout devoir se pencher sur l’industrialisation de son premier appareil. Le choix est arrêté : l’assemblage sera réalisé à Toulouse, au niveau du site en pleine reconversion de Francazal, qui accueille déjà plusieurs start-up de l’aéro et concentrera dans les prochaines années de nombreuses expertises autour de l’hydrogène. La capacité de production visée est d’environ 120 appareils par an à horizon 2030.

Une première levée de fonds en cours

Plutôt que de vouloir faire cavalier seul, Blue Spirit Aero a commencé à nouer des partenariats pour se donner les moyens techniques de réussir. La start-up s’est notamment tournée vers le centre français de recherche aérospatiale (Onera) pour la partie simulation et optimisation aérodynamique, le français Pragma Industries pour la technologie de la pile à combustible et Aura Aéro, une autre start-up de l’avion décarboné, pour la partie mise en œuvre et intégration de l’aéronef.

Côté financement, la très jeune start-up a été aidée à hauteur de 120 000 euros par Bpifrance  – qui lui a octroyé le label Deep Tech –, ainsi que par la région Occitanie au travers de plusieurs subventions pour un montant total de 680 000 euros. "Une première levée de fonds est en cours, qui sera bouclée début 2022, et un deuxième tour de table est déjà prévu pour 2023", prévoit Olivier Savin. Le dirigeant, qui prévoit d’embaucher une dizaine de personnes en 2022, ne sera pas non plus contre un coup de pouce provenant du nouveau plan France 2030.

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