Comme le rapporte l’enquête de Pierre-Henri Girard-Claudon pour L’Usine nouvelle, rien n’est simple au pays du « steak végétal ». De rebondissements en rebondissements depuis juin 2022, la nouvelle mouture « prévisible » du décret français n° 2024-144 du 26 février 2024 « relatif à l'utilisation de certaines dénominations employées pour désigner des denrées comportant des protéines végétales » semble ajouter une nouvelle couche d’incertitudes alors que se tient le Salon international de l'agriculture (SIA) du 24 février au 3 mars 2024 à Paris. Patron de La Vie, une start-up spécialisée dans la charcuterie végétale, Nicolas Schweitzer déplore que le texte ne s’applique qu’aux alternatives végétales produites sur le sol français.
Très remonté, Nicolas Schweitzer « dénonce l’absurdité d’un décret soutenu par les lobbies de l’élevage intensif et de la viande industrielle qui vise à freiner le développement rapide et nécessaire des alternatives végétales en France. » Ce décret est « en total décalage avec les ambitions du pays en matière de réindustrialisation et de climat. Sous couvert de transparence pour les consommateurs, cette décision freine la transition écologique et met en péril une industrie locale en plein essor. Avec ses atouts agricoles et culinaires, la France a pourtant toutes les ressources pour devenir un acteur incontournable des protéines végétales ! », résume Nicolas Schweitzer qui regrette, après la saisine du Conseil d’État par Protéines France en septembre 2023, que la France cède au lobby de la viande sans attendre la décision de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Selon Nicolas Schweitzer, le français est « une langue vivante » qui doit permettre d’évoquer des recettes et un « patrimoine culinaire » fait de « steaks », « jambons », « bacon » ou de « lardons » pour dire « adieu à la viande » à l’heure de la transition écologique. « Les consommateurs sont-ils pris pour des jambons ? » : telle est la question.



