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Le plan de Coca-Cola pour décarboner ses emballages

Coca-Cola European Partners est revenu sur les grandes lignes de sa stratégie de décarbonation, lors de la visite de son site de Grigny (Essonne). Pour atteindre son objectif européen - réduire de 30% ses émissions de gaz à effet de serre - le géant des boissons a annoncé 250 millions d’euros d’investissements dans des projets européens, dont une partie consacrée au renouvellement de ses emballages.

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Coca-Cola
Annoncé en décembre 2020, le plan climat de la filiale européenne de Coca-Cola vise à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 30% en 2030. Objectif prioritaire, la transformation de ses emballages.

Des bouteilles en plastique contenant un liquide orange circulent à grande vitesse. D’autres, transparentes, s’amassent sur un convoyeur voisin. Les meilleurs jours, jusqu’à 220 000 contenants des marques Coca-Coca, Fanta, Sprite et Monster sont produites chaque heure sur le site de Grigny (Essonne). L’usine est l’une des plus importantes en volume, parmi les cinq que Coca-Cola European Partners (CCEP), l’embouteilleur européen, compte en France.

Parmi les quatre lignes, trois sont dédiées à l’embouteillage en bouteilles plastique - du polyéthylène téréphtalate (PET) et son équivalent recyclé (rPET) - et une en canettes. "Régulièrement, on modifie les machines pour aller dans le sens du plan climat", indique Richard Beller, dans la grande salle vitrée qui surplombe l’atelier. Le directeur du site fait allusion aux réglages des deux presses à injection qui produisent les préformes, ces éprouvettes qui, une fois soufflées, deviendront l’un des cinq formats de bouteilles.

Les préformes de bouteilles Sprite, Coca-Cola, Fanta sont produites sur le site de Grigny (Essonne)Laurent Rousselle
Les préformes de bouteilles Sprite, Coca-Cola, Fanta sont produites sur le site de Grigny (Essonne) Les préformes de bouteilles Sprite, Coca-Cola, Fanta sont produites sur le site de Grigny (Essonne)

Ces préformes en PET deviendront des bouteilles de Coca-Cola, de Fanta ou de Sprite.

Des emballages 100% circulaire en 2030

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D’ici 2030, CCEP s’est engagé à réduire de 30% ses émissions de gaz à effet de serre (GES) sur l’ensemble de ses activités en Europe (par rapport à 2019). Avec cet objectif, l’industriel promet de s’inscrire dans une trajectoire qui contribuera à limiter le réchauffement climatique de 1,5°. Dans la droite ligne de l’accord de Paris de 2015, le plan est soutenu financièrement par un investissement d’un montant de 250 millions d’euros sur les trois prochaines années. Parmi les projets de décarbonation, la majorité concernent les emballages qui représentent 53% des émissions carbone du groupe.

Un emballage qui pèse lourd dans la facture carbone

Eco-conception, bouchons attachés, procédés à adapter… Les chantiers sont nombreux en Europe. "Structurellement, c’est ce qui va faire baisser nos émissions", assure Arnaud Rolland, responsable RSE de la filiale européenne, qui n'oublie pas pour autant les sujets liés à la transition énergétique des usines, ni les leviers que représentent le gain chez ses fournisseurs stratégiques, le transport de marchandises, les machines réfrigérées…

Ligne d'embouteillage de Fanta sur le site Coca-Cola à Grigny (Essonne)Laurent Rousselle
Ligne d'embouteillage de Fanta sur le site Coca-Cola à Grigny (Essonne) Ligne d'embouteillage de Fanta sur le site Coca-Cola à Grigny (Essonne)

En manque de plastique recyclé

Parmi les six grands sujets financés par le plan climat de l'industriel, produire des emballages 100% circulaires fait figure de priorité. L’embouteilleur prévoit 50% de rPET dans ses bouteilles en 2023 (contre 30 % actuellement) et vise le 100% pour 2030. Encore faut-il que la matière soit au rendez-vous. Coca-Cola, comme bon nombre de ses concurrents, en manque. La faute à la collecte en France, considère le groupe, où un peu moins de six bouteilles sur dix sont recyclées. D'autres évoquent la ruée vers cette matière recyclée qui n'a longtemps intéressé que quelques pionniers, rendant les usines de recyclage difficiles à rentabiliser.

Sécuriser ses approvisionnements avec Infineo

Pour sécuriser ses approvisionnements, l’industriel a renouvelé l’an dernier, pour une période de cinq ans, son contrat de fourniture en rPET avec Plastipak, dans le cadre de la co-entreprise Infineo. L’usine située à Beaune (Côte-d'Or) est la plus importante unité européenne de production de rPET. Elle livre environ 10 000 tonnes de cette précieuse matière à Coca-Cola, sur les 48 000 tonnes qu’elle produit.

Les deux autres usines en France qui disposent d'un agrément contact alimentaire sur le rPET produisent autour de 55 000 tonnes supplémentaires (40 000 chez France Plastiques Recyclage à Limay, dans les Yvelines, et 14 000 chez Roxpet à Lesquin dans le Nord). Pour autant, les volumes demeurent insuffisants pour répondre à la demande.

Le recyclage chimique est l’autre solution pour obtenir ce plastique recyclé de grade alimentaire.« Toutes les études montrent qu’à quantité équivalente, le rPET émet 70% de carbone en moins que du plastique vierge »

CuRe technology et Ioniqa, deux sources de rPET aux Pays-Bas

Pour y parvenir, CCEP a passé un accord l'an dernier avec CuRe Technology, une entreprises néerlandaise qui a développé une technologie de dépolymérisation. Ce partenariat est le second aux Pays-Bas, après celui avec Ioniqa, autre acteur du recyclage chimique.

Malgré la guerre aux emballages plastiques jetables menée par la France et l'Europe, les bouteilles en plastique ne semblent pas près de disparaître. La solution plastique 100% recyclé revendique d'ailleurs l’empreinte carbone la plus faible de toutes les solutions d’emballage. "Plusieurs études ont montré qu’elle est équivalente à celle d’une bouteille verre consignée", informe le directeur RSE.

Une canette aluminium à décarboner

L’incorporation de recyclé ne se limite pas au plastique. Les canettes sont également concernées. Elles représentent le "best seller" de la marque en France, avec 56% des ventes (devant le plastique 28 % et le verre 16%). Aujourd’hui, elles comportent 40% d’aluminium d’origine recyclée. "On doit progresser vers le 100%", précise Arnaud Rolland, qui rappelle l’impact direct de cet aluminium recyclé: "environ 90% d’émission carbone en moins".

La France, qui était le dernier pays à utiliser des canettes en acier, se convertit cette année à l’aluminium. Ce choix accompagnera la généralisation des "slick can", les canettes allongées, dans la grande distribution. Plus légères que les versions en acier, elles seront encore optimisées, annonce CCEP, qui vise des gains en sobriété matière sur l’ensemble de ses emballages.

Stockage de canettes vides Coca-cola, Fanta, Sprite et Monster, sur le site de Grigny (Essonne)Laurent Rousselle
Stockage de canettes vides Coca-cola, Fanta, Sprite et Monster, sur le site de Grigny (Essonne) Stockage de canettes vides Coca-cola, Fanta, Sprite et Monster, sur le site de Grigny (Essonne)

Des petits lots de canettes sans film généralisés fin mars

Le suremballage est également pris en compte. CCEP généralise le « Keel Clip » en France à la fin mars. Ce couvercle en carton remplacera les films de regroupement pour les petits lots. Des étuis en carton sont quant à eux prévus pour les lots plus importants. Le film n’est en revanche pas près de disparaître des bouteilles en plastique. "Il n’existe pas encore de solution industrielle pour le substituer", assure Arnaud Rolland. Il existe, en revanche, de plus en plus de films recyclés.

Consigne verre et fontaine, l’avenir est au vrac

Des investissements sont également prévus pour financer des projets "sans emballage". Le fabricant de boissons, qui a défendu âprement et défend encore la consigne de bouteilles plastiques pour recyclage, compte aussi sur le développement du réemploi de l’emballage en verre. "On sait que ça va se développer dans les mois et les années à venir", assure le représentant de la marque de boissons. Carrefour, fer de lance de la e-plateforme Loop qui propose depuis deux ans des produits en emballages consignés, et Monoprix sont les premiers à avoir investi ce champ.

Un changement de paradigme lié à la disparition annoncée, à long terme, des plastiques à usage uniques. "Cela va prendre des années de construire des alternatives aux bouteilles", reconnaît Arnaud Rolland, qui assure que le modèle devra évoluer vers plus de vente en vrac et de self-service.

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