Le français Soler veut produire aux Etats-Unis un carbone plus durable pour la métallurgie

Le champenois Soler annonce son projet de construire aux Etats-Unis une usine de production de biocarbone, un dérivé du charbon de bois. Ce carbone, obtenu par pyrolyse à partir de résidus forestiers, pourrait consister une alternative durable aux ressources fossiles consommées par l’industrie métallurgique.

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Bioraffinerie de charbon de bois de Soler à Lacanau (Gironde).
Soler a mis en service une unité de production de charbon de bois fin 2021 à Lacanau (Gironde).

L’entreprise Soler a bâti sa prospérité en relocalisant sur le sol français la production de charbon de bois, un combustible qu’elle fabrique selon des critères éco-responsables. En l’espace de dix ans, cette PME champenoise a mobilisé, via sa filiale Carbonex, un total de 110 millions d’euros en recherche-et-développement et dans la construction de trois unités de production, deux à Gyé-sur-Seine (Aube), au sud de Troyes et une à Lacanau (Gironde). Cette dernière a porté les capacités de production à 50 000 tonnes par an à sa mise en service fin 2021.

La société familiale de 170 salariés pour un chiffre d’affaires de 34 millions d’euros en 2022 fonde son modèle économique sur deux piliers. Tout d’abord, la fabrication de biocarbone à partir de bois d’éclaircie issus de l’entretien des forêts situées dans un rayon de 60 kilomètres autour de ses sites, mais aussi à partir de produits connexes de scieries. Soler y ajoute la valorisation de ses résidus : les bois de qualité insuffisante et les gaz résiduels issus de son procédé de pyrolyse sont convertis en chaleur pour le séchage des bois et le chauffage, ainsi qu’en électricité verte à raison de 50 gigawattheures par an, soit l’équivalent de la consommation d’environ 20 000 foyers. Enfin, le résidu solide appelé "biochar" est employé en agriculture pour la fertilisation des sols et dans le bâtiment comme substitut au clinker pour la production de ciments bas carbone.

Carbone pour l’industrie du silicium

Les trois cofondateurs de l’entreprise en 1993, les frères Pierre, Philippe et Jean Soler-My, entendent franchir un cap supplémentaire en construisant une quatrième usine, aux Etats-Unis cette fois, avec l’objectif de produire du biocarbone pour l’industrie. Pierre Soler-My, président de la société, explique que «le biocarbone est un produit quasi identique au charbon de bois si on excepte une ultime étape de traitement destinée à le rendre exploitable dans l’industrie. Tous deux sont obtenus par pyrolyse, une opération consistant à porter des résidus de bois à 450°C dans une atmosphère pauvre en oxygène». Soler positionne son biocarbone comme une alternative aux ressources fossiles (coke de pétrole, charbon bitumineux, houille) utilisées notamment dans les procédés de fabrication de silicium dit "métallurgique" par réduction de la silice par le carbone dans des fours électriques. «L’emploi du biocarbone comme réducteur va contribuer à abaisser considérablement les émissions de CO2 des industries métallurgiques (silicium, acier et ferro-alliages)» complète le dirigeant.

Biocarbone fabriqué à la bioraffinerie de Soler a? LacanauSoler/Thomas Lekdorf
Biocarbone fabriqué à la bioraffinerie de Soler a? Lacanau Biocarbone fabriqué à la bioraffinerie de Soler a? Lacanau (Thomas Lekdorf)

Le biocarbone pourrait contribuer à verdir les procédés de fabrication de silicium métallurgique. ©Soler/Thomas Lekdorf

Selon l’industriel, une tonne de biocarbone permettrait d’éviter l’émission de 2,5 à 2,8 tonnes de CO2. L’entreprise détentrice de six brevets annonce d’ailleurs avoir déjà commercialisé plusieurs milliers de tonnes de biocarbone fabriquées dans ses unités françaises auprès d’industriels européens du silicium.

Mise en service en 2025

L’entreprise Soler est actuellement en phase de négociation pour implanter son usine aux Etats-Unis, un pays qui mobilise via son "Inflation reduction act" 400 milliards de dollars de fonds publics pour atteindre ses objectifs de transition climatiques en 2030. Plusieurs états de la chaîne des Appalaches, à l’est, seraient sur les rangs pour accueillir l’unité d’une capacité de 80 000 tonnes par an. «Nous avons décidé d’implanter cette usine aux Etats-Unis, car les autorisations administratives peuvent y être obtenues en l’espace de six mois, contre deux à trois ans sur le Vieux continent. Par ailleurs, notre quatrième frère, Alexandre, vit outre-Atlantique», détaille le président de Soler. L’entreprise situe son plan d’investissement aux Etats-Unis dans une fourchette allant de 50 à 120 millions d’euros «les montants étant susceptibles de varier en fonction de la technologie de récupération des gaz de pyrolyse qui sera mise en œuvre», précise le dirigeant. Celui-ci table sur une mise en service de cette quatrième usine à l’horizon 2025 avec un effectif d’une centaine de salariés. Une concrétisation qui ferait du biocarbone le nouveau carburant "vert" du développement de Soler.

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