Le concept du consortium Pharma-Recharge séduit de plus en plus

Presque un an après le lancement de l'expérience par cinq marques de produits dermo-cosmétiques, les résultats semblent encourageants. Reportage dans la pharmacie pilote du projet, au cœur de Paris.

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pharma recharge à la pharmacie Carré Opéra à Paris
Le concept Pharma-Recharge propose aux clients quinze produits dermo-cosmétiques de cinq marques différentes.

« Mais c’est génial ! », s’exclame une cliente de la pharmacie Carré Opéra. Ce sur quoi elle s’extasie n’est pas une énième crème miracle, mais le mobilier du concept Pharma-Recharge : une installation qui propose aux clients de s’approvisionner en quinze produits cosmétiques de cinq laboratoires différents, à savoir Pierre Fabre, Expanscience, Garancia, La Rosée cosmétiques et Bioderma, et, surtout, de revenir avec les flacons pour les recharger. Selon les mots de Pierre Moatti, directeur de la pharmacie pilote du test, l'expérience est un succès.

Son fonctionnement est simple. Les consommateurs font face à un meuble en bois où chaque produit est affiché en image. Grâce à un écran tactile, ils choisissent celui qu’ils souhaitent. Si c’est la première fois, ils se munissent d’un flacon en verre d’une contenance de 480 ml, l’insèrent à l’endroit prévu et le remplissage s'effectue automatiquement. Une étiquette avec un code-barres est imprimée afin que les clients sachent ce que la bouteille contient et la date du remplissage, permettant ainsi la traçabilité. S’il s’agit d’une recharge, les clients doivent venir en boutique avec leur flacon nettoyé au préalable, scanner l’étiquette, insérer la bouteille sous la buse de remplissage et le tour est joué.

Éveiller les consciences

Il y a quelques années, la pharmacie avait accueilli un système de vrac, mais cela n’avait pas fonctionné, « car les marques n’étaient pas connues et les prix pas intéressants ». Cependant, Pierre Moatti croit depuis longtemps au « zéro déchet » et aux « initiatives positives pour la planète », qui, disons-le, sont assez rares dans le milieu pharmaceutique. Alors, quand le consortium l’approche et lui propose d’être la pharmacie pilote pour accueillir et tester la première expérience Pharma-Recharge, il n’hésite pas. « Eux savent faire des produits, nous, nous savons les vendre », commente le directeur qui parle d’un « partenariat mené dans une bonne entente ». Et depuis son lancement en juin 2023, les ventes sont satisfaisantes : une centaine de flacons neufs et réutilisés chaque mois. Économiquement, il admet que c’est faible : « Mais nous le savions. On le fait parce qu'on est engagé et parce qu'on y croit, pas pour l’argent.» Pour lui, l’essentiel est ailleurs. Le gain est surtout pour les clients, les produits coûtent 15 à 20% moins cher qu'un article similaire.

La pharmacie est installée dans un quartier très touristique de Paris, entre les grands magasins que sont les Galeries Lafayette et le Printemps. « Néanmoins les clients de la Pharma-Recharge sont essentiellement français. Mais les étrangers posent beaucoup de questions à son propos, cela les intrigue », se réjouit Pierre Moatti, qui se félicite d’éveiller les consciences. « Les gens ne voient pas forcément l’installation, mais quand on les sensibilise et qu'on leur explique, cela accroche », explique le directeur, agréablement surpris que le concept n’attire pas uniquement les jeunes. « Il faut donner du sens à ses achats et par conséquent à son comportement. Et la Pharma-Recharge, c'est le genre de chose qui marque, qu’importe l’âge. »

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Mais les clients reviennent-ils pour recharger leurs flacons ? Selon Pierre Moatti, neuf clients sur dix reviennent avec une bouteille propre. La propreté est d’ailleurs un enjeu majeur. Les risques bactériologiques sont « extrêmement faibles, les bonbonnes contenant les formules ne sont jamais ouvertes à l’air libre et nous nettoyons tous les jours le meuble et, surtout, les endroits recevant les flacons et où du liquide peut se répandre. »

Élargir à tout le territoire

Après plus de six mois de tests dans la pharmacie du centre de Paris, le consortium Pharma-Recharge a élargi l’essai à quatre autres pharmacies, à Wissembourg (Bas-Rhin), Schiltigheim (Bas-Rhin), Montfermeil (Seine-Saint-Denis), et enfin à Cugnaux en Haute-Garonne. En testant ce mobilier hors de Paris, « l’idée est d’étudier l’accueil réservé au concept par les populations ayant une sensibilité plus forte aux enjeux environnementaux et aux nouveaux modes de consommation », explique le consortium. Notamment dans la région Grand Est, en raison de sa proximité avec l’Allemagne, pays plus familier de la recharge et de la consigne, ou encore dans les zones comme la Seine-Saint-Denis et l’agglomération de Toulouse, « présentant une plus grande variété sociologique (jeunes ménages, retraités, vacanciers) ».

La gamme de quinze produits proposés aujourd’hui va-t-elle être renforcée ? « On pourrait imaginer du dentifrice », pense tout haut Pierre Moatti. Mais pour l’instant, l’hypothèse ne semble pas être envisagée par le consortium. D’autant plus que, techniquement parlant, en termes de viscosité, certains produits ne sont pas appropriés.

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