La France et l’Italie s’allient dans les lanceurs... sans l’Allemagne

La France et l’Italie ont décidé de créer un groupe de travail dans le domaine des lanceurs de nouvelle génération. L’Allemagne, un des tous premiers pays à financer l’Agence spatiale européenne, n’y est pas (encore) associée.

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Ariane6
Les Italiens et les Français veulent maximiser les synergies entre les lanceurs Ariane 6 et Vega C, aussi dans le domaine de la propulsion solide que dans la propulsion liquide.

La France et l’Italie ont décidé de resserrer leurs liens dans le domaine spatial. Bruno Le Maire et Giancarlo Giorgetti, ministres français et italien en charge de l’Economie, ont annoncé un nouvel accord dans le domaine des lanceurs à l’occasion d’une rencontre à Rome le 19 mars. Les deux pays se fixent un double objectif : travailler conjointement pour faire face aux conséquences de la crise sanitaire sur le secteur des lanceurs et construire une stratégie commune pour les lanceurs de nouvelle génération.

L’Allemagne ne s’est pas associée à cette initiative. Cela a de quoi surprendre puisque c’est l’un des tous premiers pays à financer l’Agence spatiale européenne et que son industrie contribue significativement à la production des éléments de la fusée Ariane. Par ailleurs, en février dernier, Bruno Le Maire avait évoqué une coordination entre les trois pays. "On a lancé des travaux avec l’Allemagne et l’Italie avec l’idée de définir une feuille de route européenne", avait alors précisé le ministre français de l'Economie, avançant même qu'un document commun serait rendu public en juin au plus tard. Si la déclaration franco-italienne n’avance aucun élément d’explication quant à cette absence, elle appelle les autres pays de l’Union Européenne et les états membres de l’Agence spatiale européenne à les rejoindre.

Des programmes en situation de crise

La France et l’Italie tirent la sonnette d’alarme concernant les deux lanceurs Ariane 6 et VegaC qui ont respectivement pour maître d’œuvre industriel ArianeGroup et l’industriel italien Avio. Selon eux, "les conditions économiques d’exploitation de ces lanceurs en fin de développement, se sont sensiblement détériorées comparées aux hypothèses réalisées au moment du lancement de ces programmes en 2014. Les deux partenaires appellent l’ESA et ses Etats membres à étudier rapidement des mesures pour consolider le modèle d’exploitation de ces deux lanceurs qui vont garantir l’autonomie d’accès à l’espace de l’Europe", soulignent-ils dans leur déclaration commune.

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L’initiative intervient en effet alors que l’Europe des lanceurs a été fragilisée par deux échecs sur ses deux programmes emblématiques de son renouveau. D’une part, le programme Ariane 6 a été décalé de plus d’un an du fait des retards de développement en partie liés à la crise du Covid-19. Le premier vol qui était prévu fin 2020 a été repoussé au deuxième trimestre 2022. D’autre part, la fusée Vega avait subi en novembre 2020 son deuxième échec, explosant après quelques minutes de vol. Dans le même temps, le concurrent américain Space X multiplie les lancements à la fois pour construire sa constellation de satellites en vue de commercialiser des accès Internet à travers le globe, et pour amener des astronautes à la Station spatiale internationale. 

Une commande de 10 Vega C pour Avio

La France et l’Italie veulent capitaliser technologiquement dans le domaine de la propulsion solide.  Aujourd’hui Vega C et Ariane 6 ont été conçues avec de fortes synergies dans le domaine des boosters de ce type. Ils souhaitent établir des synergies similaires dans le domaine de la propulsion liquide sur la base des moteurs Prometheus et Vega M10 Lox-Méthane en cours de développement et qui équiperont respectivement Ariane 6 et Vega C. Ils préconisent un partage des tâches industrielles équilibrées entre la France, l’Italie et… l’Allemagne.

Par ailleurs, Arianespace a annoncé, le jour même, la signature avec l’industriel Avio un accord pour démarrer la production d’un lot de 10 nouvelles fusées Vega C qui voleront à partir de 2023. "Plus que jamais, Vega s’impose comme le deuxième pilier, avec Ariane, de l’autonomie d’accès à l’espace de l’Europe", a déclaré à cette occasion Stéphane Israël, président exécutif d’Arianespace.

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