Après la descente aux enfers de 2020 et la lente remontée en 2021, l’année 2022 sera-t-elle celle de la reconquête pour la filière aéronautique ? C’est le scénario qu’a esquissé jeudi 6 janvier le nouveau président du Gifas, le groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales, Guillaume Faury. A tel point que les entreprises du secteur devraient embaucher en France entre 10 000 et 15 00 personnes en 2022, selon les représentants de la filière. Un niveau très supérieur à celui atteint en 2020 et 2021, avec entre 6 000 et 7 000 recrutements annuels, et similaire à celui qui a prévalu entre 2016 et 2018.
« La filière est en train d’embaucher, a insisté Guillaume Faury. Nous avons passé le point bas et sommes de nouveau en train de recruter et de former en attirant de nouvelles compétences. » Quelques signaux viennent déjà appuyer ces propos. Au tout début de l’année, Safran a fait savoir qu’il comptait recruter 12 000 personnes dans le monde en 2022, dont 3 000 en France. Quelques jours plus tard, le nouveau patron d’Airbus Atlantic confiait à L’Usine Nouvelle qu’il allait embaucher entre 700 et 800 personnes en France cette année. Le groupe Airbus devrait aussi sortir du bois dans les prochaines semaines sur la question du recrutement.
Pas d'hémorragie des effectifs
Contrairement à ce qui s’est passé aux Etats-Unis, l’hémorragie sociale a été assez limitée en France. « L’un des enjeux majeurs de la crise liée à la pandémie a été celui de la gestion de l’emploi, qu’il a fallu protéger tout en s’adaptant à la situation, a affirmé Guillaume Faury. Le chiffre d’affaires de la filière a baissé de 28% en 2020, mais les effectifs n’ont diminué que de 4% ». Et le dirigeant de souligner le rôle des aides de l’Etat, ainsi que la résilience des acteurs de la filière. Au final, les effectifs sont passés de 202 000 en 2019, à 194 000 emplois en 2020 pour les 410 sociétés dénombrées par le Gifas.

- 99.36+4.37
13 Avril 2026
Pétrole Brent contrat à terme échéance rapprochée$ USD/baril
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
Si les effectifs ont encore baissé de 4% durant la première moitié de 2021, ils sont repartis à la hausse depuis la deuxième partie de l’année. Les données chiffrées seront précisées dans les prochains mois. Les besoins n’atteindront pas ceux de 2019, année record avec 19 000 recrutements, mais ils témoignent d’un réel retour à la croissance et d'un besoin de main-d’œuvre pour la filière, des compagnons aux cols blancs.
Une folle remontée des cadences
Comment expliquer un tel contraste entre l’avalanche des annonces de réductions d’effectifs depuis bientôt deux ans et ce besoin de recruter ? Parce que les segments de la défense et du spatial ont tenu bon pendant la crise, mais surtout parce que l’aviation commerciale, qui entraîne avec elle la plus grande partie de la filière, reprend des couleurs. Alors qu’Airbus avait dû réduire les cadences de production de son programme phare, l’A320, de 60 appareils par mois avant-crise à 40 courant 2020, le retour au niveau de 2019 devrait intervenir cette année et l’objectif d’en produire 65 pour l’été 2023 reste d’actualité.
Les commandes engrangées par Airbus en 2021 confortent en outre les ambitions du groupe d’aller encore au-delà. L’avionneur avait évoqué l’an dernier la possibilité 75 A320 par mois en 2025. « Le travail sur la faisabilité de dépasser le seuil de 65 avions par mois a commencé l’année dernière, a précisé Guillaume Faury. Pour avoir un scénario suffisamment déterminé à l’avance sur la période 2024-2025, il serait bien qu’au milieu de l’année 2022, nous ayons conclu ces études pour être en mesure de donner des informations claires à nos fournisseurs. Si ce n’est pas fait à ce moment-là, cela signifie que les étapes de montée en cadence au-delà de 65 appareils par mois se feront plus tard. »
Où sont les femmes?
Mais la filière pourrait bien être freinée dans son nouvel élan, non seulement en raison des tensions sur le marché des matières premières, mais aussi à cause des difficultés à recruter. Une problématique loin d’être nouvelle au sein du secteur, mais qui semble se renforcer sur fond d'enjeux climatiques. « Le premier enjeu des PME aujourd’hui, c’est le recrutement, a appuyé Christophe Cador, président du comité Aéro-PME au sein du Gifas. Tout l’enjeu est de rester attractif auprès des jeunes et de réamorcer la pompe après les baisses d’effectifs. »
Entre des actions de sensibilisation au sein des lycées, une communication plus offensive, la création de centres de formation pour des métiers spécifiques et la volonté de faire revenir au bercail des intérimaires en leur proposant des CDI, les acteurs de la filière aéronautique vont s’efforcer de regonfler leurs effectifs. « La filière est prête à former des profils qui ne seraient pas forcément aujourd’hui tournés vers l’aéronautique, a poursuivi Christophe Cador. La filière accueille les personnes sans formation particulière. » Une offensive qui vise en particulier les femmes, qui ne représentent encore que 30% des embauches au sein de la filière.



