Greenerwave comptait sur 15 millions d’euros pour continuer à grandir… et les a obtenus, à l’euro près. Ce jeudi 1er février 2024, la deeptech tricolore annonce de façon officielle sa levée de fonds de série A auprès du Fonds Innovation Défense.
Mieux encore, ses surfaces intelligentes reconfigurables ont un proche avenir commercial : l’opérateur satellite Intelsat, qui a participé à ce tour de table, a signifié son intention d’acquérir de telles antennes « intelligentes » dans un délai d’un an environ.
Cofondateur et directeur général de Greenerwave, Geoffroy Lerosey exprime son contentement : « C’est un beau tour de table, qui valorise le caractère disruptif de notre technologie. »
La technologie en question est le fruit des recherches de Geoffroy Lerosey et de Mathias Fink, conduites au sein de l’Institut Langevin. Ce sont des métasurfaces planes et statiques, qui permettent de contrôler électroniquement la réflexion ou l’émission d’une onde électromagnétique, en l’occurrence de la focaliser dans la direction souhaitée.
A sa création en 2016, Greenerwave a tenté d’évangéliser les opérateurs télécoms, ses métasurfaces ayant du potentiel pour améliorer la qualité des communications sans fil, en intérieur comme en extérieur. « Il s’est révélé qu’on était bien trop en avance », raconte Geoffroy Lerosey.
Réorientation payante vers les satcoms
Cette activité initiale n’est pas délaissée pour autant. Selon Geoffroy Lerosey, les métasurfaces dans les télécoms restent un « sujet chaud », quoique au stade de la r&d. La deeptech apporte sa contribution aux projets européens Rise-6G et Converge, notamment.
« On espère bien se positionner sur la 5G dans la bande millimétrique (26 GHz en France, ndlr), qui est notre spécialité, ainsi que sur les plus basses fréquences », complète-t-il.
En quête d’une application avec un temps de commercialisation plus court, Greenerwave s’est orienté en parallèle vers les communications par satellite, dès 2018.
Cinq ans plus tard, la jeune pousse faisait part de ses progrès dans ce secteur d’activité. Le « coup d’accélérateur sur la bande Ku (10 à 15 GHz, ndlr) qui représente 60 à 70% de l’ensemble des satcoms », dixit Geoffroy Lerosey, est payant aujourd’hui.
Passive, donc frugale, et peu onéreuse du fait de la simplicité de sa partie électronique, la technologie de Greenerwave permet de « transformer une source stupide branchée sur une antenne parabolique en une source intelligente, pilotée en temps, qui peut pointer vers n’importe quelle direction », déclare-t-il.
Des antennes équipées de métasurfaces sont particulièrement adaptées aux constellations de satellites en orbite basse, envoyés là-haut pour assurer des services de connectivité haut débit et temps réel : elles sont capables de « suivre » leur mouvement orbital rapide.
« De plus en plus de clients finaux demandent des services de satellites géostationnaires et aussi en orbite basse, de manière à bénéficier de redondances ou d’un meilleur débit », explique Geoffroy Lerosey.
Vers des métasurfaces à bord des avions
Par ailleurs, du fait de leurs qualités, ces antennes conviennent aux satcoms mobiles, à bord de tracteurs, de navires, d’avions… Outre Intelsat, l’industriel Safran – souscripteur de la levée de fonds au travers de Safran Corporate Ventures – a aussi signé une lettre d’intention.
« Ils conçoivent des moyens de connectivité pour les avions commerciaux, développe Geoffroy Lerosey. Et au-dessus des océans, faute de stations de base au sol, il faut du air-to-sat. Mais c’est un projet à plus long terme, car des antennes certifiées ad hoc sont requises. »
Parmi les concurrents potentiels de Greenerwave avec des approches comparables, Geoffroy Lerosey mentionne Kymeta, qui propose des « surfaces émissives pilotées par cristaux liquides », ainsi que Pivotal Commware, centré sur les télécoms.
La Chine est également active dans ce domaine, selon lui, avec ses équipementiers télécoms ZTE et Huawei en tête de liste. « Ils conçoivent des choses ressemblantes », indique Geoffroy Lerosey. Qui reste serein néanmoins, évoquant un « portefeuille de brevets » censément protecteur.



