La BnF, gardienne éternelle du patrimoine français

Au cœur des quatre tours du site François-Mitterrand, la Bibliothèque nationale de France (BnF) œuvre inlassablement à la préservation du patrimoine national. Des milliers de boîtes en polypropylène (PP) et en carton sont fabriquées chaque année pour protéger livres, manuscrits, jeux vidéo et même costumes de théâtre, tandis que des serveurs stockent désormais le contenu numérique. Une plongée dans les entrailles d'une institution où chaque détail compte pour la postérité.

Réservé aux abonnés
BnF François-Mitterrand
Les quatre tours du site François-Mitterrand de la BnF sont des lieux de stockage. A l’intérieur des centaines de milliers de documents sont conservés dans des boites. Les lieux de consultations sont situés sous le bâtiment.

Quand on demande à Laurent Martin, expert en reliure, matériaux et conditionnements de conservation à la Bibliothèque nationale de France (BnF), de résumer la mission de l’institution pour laquelle il travaille, il répond d’emblée « conserver le patrimoine de la Nation pour l’éternité.». Et la mission est titanesque. Tel Sisyphe éternellement obligé de remonter sa pierre en haut de la colline, le labeur des conservateurs et des agents de la BnF est sans fin. Ici, tout, absolument tout ce que la France produit est conservé. Quotidiennement, elle reçoit un exemplaire de chaque journal, magazine, livre ou CD paraissant en France. Même le jouet offert avec Pif Gadget est répertorié à la BnF. Tout cela est protégé très simplement, dans des boîtes en carton ou en plastique.

Construit au début des années 1990, contrairement aux Archives nationales, une erreur de conception n’a pas été commise. Toutes les salles de conservations sont plongées dans le noir, aucune fenêtre ne vient perturber leur repos éternel. D’ailleurs, ce lieu vous le connaissez peut-être, ce sont les quatre tours du site François-Mitterrand de la BnF, qui émergent des bords de la Seine à Paris dans le XIIIe arrondissement. À l’intérieur, il n’y a pas de bureaux ou de salles de lecture (elles se situent en rez-de-jardin et au sous-sol), mais plusieurs centaines de pièces de stockage aveugles. L’institution, partagée entre différents sites, renferme des manuscrits, des livres, des périodiques ainsi que quelques œuvres d’art et, plus singulièrement, des jeux vidéo ou encore des costumes de théâtre. Tous les magasins sont soumis à l’hydrorégulation et à l’hygrorégulation, détaille Laurent Martin.« Nous n’avons pas besoin d’utiliser d’outils sophistiqués tels que des capteurs d’humidité et de lumière, ou seulement dans de très rares cas, car nous gérons le climat à l’échelle du bâtiment ».

Atelier de conditionnement

La BnF dit privilégier les boîtes en plastique, plus exactement en polypropylène (PP). D’ailleurs, pour 2023, elle en a acheté entre 12 000 et 15 000 unités. Sur le site François-Mitterrand, pour les emballages en carton, descendons quelques étages, au sous-sol de la tour des Lois, (les trois autres se nomment tours des Nombres, du Temps et des Lettres). Ici se trouve l’atelier de conditionnement, le lieu de fabrication des contenants : car si certains arrivent prêts à l’emploi, d’autres, pour des raisons inhérentes aux objets qu’ils doivent accueillir, sont créés sur place, permettant plus de souplesse et surtout davantage de rapidité. Cet atelier en réalise environ 14 000 par an. Entre les caisses classiques, qui renferment des livres ne demandant pas de protection particulière, et celles, plus sophistiquées, qui préservent des incunables, à savoir des ouvrages imprimés en Europe entre 1450 (invention de l’imprimerie) et le 1er janvier 1501, tout est possible. « Ce sont les conservateurs qui indiquent ce qu’ils souhaitent. On peut employer beaucoup de matières différentes pour élaborer des boîtes, il suffit de respecter les normes de conservation », expose Laurent Martin. En l’espèce, c’est la norme ISO 16245 « relative aux boîtes, sous chemises et autres contenants en matériaux cellulosiques destinés à être utilisés pour la conservation à long terme des documents sur papier ou sur parchemin » qui est scrupuleusement observée.

Boite d'archive fabriquée à la BnF
Boite d'archive fabriquée à la BnF Boite d'archive fabriquée à la BnF (PAILLE, Quentin)

La fabrication est informatisée et automatique. « On écrit les cotes de la boîte et la machine fait le reste », note l’expert. Un collaborateur de l’atelier illustre alors ces propos par le geste : il prend une plaque en carton fin, la dépose sur une table et appuie sur quelques boutons. La machine se met en branle, découpe les contours, extrude un peu de matière pour les encoches et trace les lignes de pliure pour faciliter l’assemblage. En moins d’une dizaine de minutes, la boîte est prête à recevoir un livre. Et les talents de l’atelier ne s’arrêtent pas là. « Il y a quelque temps, nous avons réalisé une grande caisse avec renfort en nid-d’abeilles pour un décor du département des Art du spectacle. Elle montait jusqu’au plafond », s’amuse l’expert en conditionnement, avant d’ajouter que celles qui servent à préserver les costumes s’appellent des cercueils, « parce qu’elles sont rectangulaires, aussi grandes qu’un être humain et reposent à plat ».

Aujourd’hui, la conservation de toute la production intellectuelle française prend une autre dimension. À quelques kilomètres de là, des boîtes d’un autre type sont en train d’envahir la BnF. Connues sous le nom de serveurs, elles conservent tout ce qui est publié sur Internet en France et que l’institution doit collecter. C’est là un défi supplémentaire pour la Bibliothèque, relève Laurent Martin, tant « les ressources de sauvegarde numériques sont exponentielles ».

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
78 - Rambouillet
Date de réponse 30/04/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs