L’Union européenne se dote de sa propre agence spatiale

Le Parlement et le Conseil européen ont adopté le nouveau règlement spatial qui prévoit la création d’une nouvelle agence spatiale de l’Union européenne. De quoi mettre en péril l’existence de l’agence spatiale européenne ? Pas sûr.

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L’Union européenne veut s’imposer comme une véritable puissance spatiale à part entière, à la fois concurrente et partenaire des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie.

L’Union européenne (UE) aura bientôt sa propre agence spatiale, l’EUSPA (European Union Agency for the Space Programme). Le Conseil et le Parlement européens ont adopté le 27 avril le nouveau règlement sur l’espace qui prévoit la création de cette future agence. Si l’annonce a été faite par simple communiqué de presse, sa portée marque une véritable accélération de la politique spatiale européenne.

L’EUSPA aura la responsabilité de tous les grands programmes spatiaux de l’UE : Galileo et EGNOS pour la géolocalisation, Copernicus pour l’observation de la Terre, GovSatCom pour les communications sécurisées, SSA pour la surveillance de l’espace, SST pour le suivi des objets en orbite spatiaux, la météorologie… La nouvelle agence sera créée à partir d’une agence existante, la GSA, forte d’environ 200 personnes et responsable jusque maintenant du programme Galileo qui a franchi la barre des 2 milliards d’utilisateurs.

Un budget spatial de 14,9 milliards d'euros

Cette évolution semblait inéluctable tant l’espace a pris une dimension incontournable pour la vie des citoyens, des entreprises et des Etats européens. Le point de départ de cette ambition spatiale remonte à 2009 avec l’adoption du traité de Lisbonne confiant à l’Union Européenne les prérogatives d’élaborer une politique spatiale européenne.

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La montée en puissance était déjà entrée dans les faits avec l’adoption du budget le plus élevé jamais alloué pour les programmes spatiaux soit  de 14,88 milliards d’euros sur la période 2021-2027. L’UE s'est déjà également préoccupée de l'innovation dans ce domaine en mettant sur pied le fond d’investissement Cassini dédié aux start-up du spatial doté de 1 milliard d’euros pour faire émerger les futurs Space X européens.

Des finalités différentes

La création de cette agence soulève évidemment des interrogations concernant l’agence spatiale européenne, l’ESA. Est-elle remise en cause ? Y-a-t-il de la place pour deux agences spatiales européennes en Europe ? Aujourd’hui, l’existence de l’ESA, créée en 1975, ne paraît pas menacée ni à court ni à moyen terme. Pour plusieurs raisons. Primo, les pays membres de l’UE et de l’ESA ne sont pas exactement les mêmes. L’ESA compte notamment parmi ses membres le Royaume-Uni, la Norvège et le Canada et la Suisse qui ne font pas partie de l’UE. D’autre part, les deux entités ont des finalités différentes. A travers le financement des 22 pays membres, cette organisation internationale a plutôt vocation à développer la recherche et le développement des technologies spatiales. Ses 2200 salariés sont majoritairement des scientifiques, des ingénieurs, des spécialistes des technologies de l'information…

De son côté, l’UE veut s’imposer comme une véritable puissance spatiale, à la fois concurrent et partenaire des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie. Elle agit plutôt comme un opérateur une fois l’infrastructure spatiale opérationnelle. C’est le cas dans Galileo où l’ESA a agi à la manière d’un prestataire technique pour le compte de l’UE en menant la sélection des industriels fabricants les satellites, en définissant l’architecture de la constellation…

Les lanceurs, un domaine partagé ?

Les trois partenaires, l’UE, l’EUSPA et l’ESA ne feront pas l’économie d’une remise à plat du rôle de chacun. Le périmètre d’activités, les modes d’interaction devront être clairement définis. "L’impulsion politique, les sujets stratégiques et de sécurité, les grands programmes qui ont trait à la souveraineté sont maintenant du côté de l’Union", souligne un bon connaisseur de l’industrie spatiale européenne. Avec un élément financier central : l’UE pèse pour près de 25% des revenus de l'ESA.  

Des frictions seront inévitables. La plus évidente concerne le domaine sensible des lanceurs. L’ESA a aujourd’hui la haute main sur les grands programmes de lanceurs européens Ariane et Vega. En sera-t-il de même demain ? L’UE a des prétentions certaines dans ce domaine. Son nouveau règlement spatial défend en effet le principe d’une autonomie d’accès à l’espace, indissociable de la question des lanceurs. Par ailleurs, le commissaire Thierry Breton empiète déjà sur ce terrain, militant pour la création d’une grande alliance dans le domaine des lanceurs.

Les défis ne manquent pas

Les industriels, fabricants de satellites et de lanceurs, seront également impactés par l’arrivée de cette nouvelle agence. Avec l’ESA, le principe du juste retour géographique prévaut. Pour chaque programme, chaque pays était certain de recevoir une charge industrielle correspondant au montant de son investissement dans ce programme. L’UE procède par la mise en concurrence systématique des industriels.

Pour faire véritablement décoller l’Europe spatiale, l’Union européenne, sa nouvelle agence et l’ESA devront trouver une gouvernance efficace. Les défis ne manquent, que ce soit dans le domaine des lanceurs du futur, réutilisables ou non, des constellations géantes capables d’apporter l’Internet sur toute la surface du globe, de l’exploration spatiale avec la Lune et Mars en ligne de mire…

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