Portrait

Les cinq défis qui attendent Josef Aschbacher, le futur patron de l’Agence spatiale européenne

Josef Aschbacher, Autrichien de 58 ans, va succéder le 1er juillet 2021à Jan Wörner à la tête de l’agence spatiale européenne (ESA). Remettre d’équerre le programme Ariane 6, soutenir les industriels à l’heure du Covid-19, répondre aux ambitions spatiales de l’Union Européenne… Les défis ne manquent pas.

 

Réservé aux abonnés
Joseph Aschbacher
L'Autrichien Josef Aschbacher prendra ses fonctions à la tête de l’agence spatiale européenne le 1er juillet 2021.

Un solide connaisseur du domaine avec trente ans d’expérience dans le secteur spatial. A l’issue du conseil qui s’est tenu le 16 et 17 décembre, les 22 membres de l’agence spatiale européenne (ESA) ont désigné comme nouveau directeur général Joseph Aschbacher, soit l’actuel directeur des programmes d’observation de la Terre de l’agence. Il succédera à l’Allemand Jan Wörner, le 1er juillet 2021 à la tête de cette institution créée en 1975.

La nomination de cet Autrichien de 58 ans met donc un terme à la règle de l’alternance entre Français et Allemands qui prévalait ces dernières années. La candidature française, incarnée par Jean-Yves Le Gall, patron du CNES, avait peu de chances d’aboutir sachant que la stratégie spatiale de l’Union Européenne est déjà sous la telle d’un commissaire français, Thierry Breton en charge du marché intérieur. Joseph Aschbacher aura sur son bureau cinq dossiers prioritaires.

1 - Remettre d’équerre l’activité des lanceurs européens

Sur ce front, les mauvaises nouvelles se sont accumulées ces derniers mois. Le programme Ariane 6 accuse plus d’un an de retard avec un vol inaugural repoussé en 2022. La faute au Covid-19 mais également à des défis technologiques sous-estimés. Bonne nouvelle toutefois, le conseil de l’ESA vient de voter une enveloppe additionnelle de 218 millions d’euros pour le programme.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Par ailleurs, la fusée Vega, sous la responsabilité du maître d’œuvre industriel italien Avio, a subi un échec le 17 novembre dernier, le deuxième en trois tirs. La commission d’enquête ad-hoc doit rendre public des premiers éléments de son analyse le 18 décembre. Le futur DG pourra se satisfaire des 759 millions d’euros récemment engagés par l’agence et le CNES pour la modernisation du centre spatial guyanais.

2  - Aider les industriels du spatial à traverser la crise du Covid

Comme les autres secteurs de l’économie, le secteur spatial qui compte 40.000 salariés en Europe, a pâti du confinement et du ralentissement de l’activité économique. Il faudra amplifier les efforts déjà engagés. L’agence a commencé à déployer des outils pour dématérialiser ses procédures d’achat et réduire ses délais de paiement, notamment vis à vis des petits fournisseurs.

L'agence cherche à soutenir l’activité industrielle des fabricants et de leurs sous-traitants en multipliant les commandes. Début décembre, elle a ainsi passé des contrats pour plus 1,5 milliard d’euros auprès de Thales Alenia Space et Airbus pour des satellites d’observation de la Terre (missions CHIME, CIMR et LSTM).

3 - Trouver le bon positionnement par rapport à l’Union Européenne

L’ESA doit à la fois être l’agence spatiale des 22 pays qui la composent, dont certains ne sont pas des pays membres de l’Union européenne (UE) comme la Suisse, la Norvège et bientôt le Royaume-Uni, mais également l’agence en charge de mener les projets spatiaux de l’UE. “La relation avec l’Union Européenne va définir le futur de l’agence”, a reconnu Joseph Aschbacher à l'issue de sa nomination. C’est d’autant plus vrai que l’UE veut s’imposer dans le concert des grandes puissances spatiales aux côtés des Etats-Unis, de la Chine, de la Russie...

L’Union européenne a financé des programmes emblématiques comme la constellation de géolocalisation Galileo ou encore le programme d’observation de la Terre et de suivi climatique Copernicus. Comment vont se répartir à long terme les responsabilités entre les deux entités ? Joseph Aschbacher a l’avantage de bien connaître les deux maisons de l’intérieur. De 1994 à 2001, il a travaillé pour la Commission au centre de recherche à Ispra en Italie.

4 - Être au rendez-vous du retour sur la Lune

La NASA compte revenir sur la Lune en 2024 et mise également sur les technologies européennes à travers son partenariat de haut niveau avec l’ESA. Thales Alenia Space doit apporter des technologies clés comme le système de communication qui permettra de guider depuis la future station spatiale lunaire, les rovers scientifiques. Pour sa part, Airbus doit livrer le module de service européen qui fournira la propulsion, l'énergie, l'air et l'eau aux astronautes qui prendront place à bord du futur vaisseau spatial de la NASA.

5 - Faire émerger une constellation européenne de satellites

Demain, l'Internet viendra également depuis l'Espace surtout pour les habitants et les entreprises éloignées des réseaux terrestres.  Aujourd’hui, l’Europe est cantonnée au rôle de spectateur alors que Starlink (projet porté par Elon Musk) et OneWeb (porté par le Royaume-Uni et l’industriel indien Bharti) déploient leur constellation. Or le Vieux continent maîtrise les savoir-faire nécessaires pour proposer un projet concurrent que ce soit pour produire des mini-satellites, les lancer et les opérer depuis le sol. 

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.