« Nous sommes maintenant capables de valoriser à 99% les pales d'éoliennes », affirme Jérôme Bailly, directeur innovation de Suez

Lors de son Innovation Day, mardi 20 juin, Suez a réaffirmé le rôle clé de l'innovation dans un groupe en première ligne sur la préservation des ressources et présenté un panel de solutions concernant les déchets et l'eau. Interrogé en marge de l'événement, Jérôme Bailly, directeur innovation du groupe, en présente les grands axes d'innovation.
Image d'illustration de l'article
Jérôme Bailly, directeur innovation du groupe Suez, et Sabrina Soussan, PDG.

Industrie et Technologies - Quelles sont les spécificités de l'innovation de Suez ?

Jérôme Bailly - L’innovation fait partie de l’ADN de Suez et nous prévoyons d’ici à 2027 d’augmenter de 50% les moyens alloués à la R&D et à l’innovation recentrée sur nos deux métiers, les déchets et l’eau. Et selon moi, nous avons quatre points différenciants par rapport à nos concurrents. Le premier est que nos innovateurs ont également un côté opérationnel, c’est-à-dire qu’ils sont aussi sur le terrain et connaissent les clients, les contrats et les problématiques. Cela donne en fait une innovation très alignée avec les besoins des clients.

Le deuxième point est que nous savons faire de l’engineering : nous savons construire et exploiter. Ainsi, lorsque nous avons des contrats qui intègrent de l’engineering, on est particulièrement bien placé. Le troisième point c’est le data & digital. On parle beaucoup d’intelligence artificielle générative, mais la clé du data & digital, ce sont les données. Et nous, nous avons des historiques de données métiers absolument fantastiques, aussi bien en France qu’en Europe, qui intéressent les start-up du domaine. Enfin, le dernier point, c’est notre innovation soft, qui contrairement à l’innovation hard (qui touche les technologies), concerne les modifications de comportement.  

Quels sont vos développements en matière de recyclage de matériaux complexes ?  

En termes de composites et de matériaux complexes, nous travaillons au recyclage de trois grandes familles : les batteries de voiture, les pales d’éolienne que nous sommes maintenant capables de valoriser à 99% et les panneaux photovoltaïques - la technologie sur laquelle nous travaillons permet d'en décoller les différentes couches pour améliorer leur recyclabilité. Par ailleurs, toujours dans le domaine des plastiques, nous venons d’annoncer un accord d’exclusivité avec l’entreprise allemande Pyrum Innovations AG pour construire la première usine de recyclage de pneus au Royaume-Uni. A partir de la pyrolyse des pneus, on fait du noir du carbone et des huiles. 

Du côté de la gestion de l’eau, où se placent vos efforts ? 

Pour la gestion de l’eau, il y a la question du stress hydrique qui nous amène à trouver de nouvelles solutions de dessalement ou de réutilisation mais aussi de recharge et de dépollution des nappes [voir encadré]. Nous travaillons aussi à éviter les fuites grâce à des capteurs intelligents capables de détecter en temps réel les fuites, et qui nous ont permis d’économiser entre 2020 et 2022 près de 65 millions de mètres cubes d’eau. Enfin, il y a le sujet des micropolluants, qui fait beaucoup de bruit, mais qui ne nous inquiète pas trop car nous savons les traiter. Mais c’est un sujet important car nous souhaitons orienter le consommateur vers l’usage de l’eau du robinet comme eau de boisson. 

Vous avez aussi annoncé la multiplication par 4 du budget alloué au soutien à la décarbonation. Par quoi cela passe-t-il ? 

Cela passe, pour les déchets, par le Waste-to-X. L’idée est de collecter les papiers et les cartons de faible qualité, et de décomposer la cellulose qu’ils contiennent pour produire du sirop de sucre non alimentaires, qui pourrait être utilisés pour les biocarburants ou la chimie, notamment dans l’industrie du luxe qui cherche à faire du biosourcé. Du côté de la gestion de l’eau, nous travaillons par exemple à la valorisation des boues [issues des eaux usées, ndlr] dont nous savons maintenant extraire l’azote et le phosphore. L’objectif : produire des engrais biogéniques et non d’origine fossile.

Réalimenter en eau les nappes phréatiques : un enjeu d’actualité

« Le stockage de l’eau est la réponse aux problèmes de stress hydrique », attaque d'emblée Alexandre Duzan, lead expert des ressources en eau chez Suez. Pour cela, l’idée développée chez Suez est de recharger les nappes grâce à l’eau excédentaire en hiver qui est stockée dans des bassins. Elle s’infiltre ensuite à travers le sol pour recharger la nappe. Pour la récupérer en période de sécheresse, « on utilise des forages », indique l’expert qui ajoute : « chez Suez nous sommes vraiment leaders et pionniers dans ce domaine-là ». Ce type de solution permet aussi de lutter contre des problèmes d’intrusion d’eau salée liée à la remontée des mers et océans, notamment à Hyère-les-Palmiers avec le projet Aquarenova. « En période de stress hydrique, l’eau de mer est plus haute que l’eau de la nappe, et l’eau de mer rentre dans le sol - jusqu’à 3 kilomètres dans les terres, raconte Alexandre Duzan. Nous avons proposé à la collectivité d’installer un petit bassin qui se remplit l’hiver grâce à un fleuve côtier ». Grâce à ce bassin, on vient contrebalancer le manque de pluie, pour reconstituer la masse d’eau et rester à un niveau supérieur à celui de la mer. 
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs