Industrie et Technologies - Quelles sont les spécificités de l'innovation de Suez ?
Jérôme Bailly - L’innovation fait partie de l’ADN de Suez et nous prévoyons d’ici à 2027 d’augmenter de 50% les moyens alloués à la R&D et à l’innovation recentrée sur nos deux métiers, les déchets et l’eau. Et selon moi, nous avons quatre points différenciants par rapport à nos concurrents. Le premier est que nos innovateurs ont également un côté opérationnel, c’est-à-dire qu’ils sont aussi sur le terrain et connaissent les clients, les contrats et les problématiques. Cela donne en fait une innovation très alignée avec les besoins des clients.
Le deuxième point est que nous savons faire de l’engineering : nous savons construire et exploiter. Ainsi, lorsque nous avons des contrats qui intègrent de l’engineering, on est particulièrement bien placé. Le troisième point c’est le data & digital. On parle beaucoup d’intelligence artificielle générative, mais la clé du data & digital, ce sont les données. Et nous, nous avons des historiques de données métiers absolument fantastiques, aussi bien en France qu’en Europe, qui intéressent les start-up du domaine. Enfin, le dernier point, c’est notre innovation soft, qui contrairement à l’innovation hard (qui touche les technologies), concerne les modifications de comportement.
Quels sont vos développements en matière de recyclage de matériaux complexes ?
En termes de composites et de matériaux complexes, nous travaillons au recyclage de trois grandes familles : les batteries de voiture, les pales d’éolienne que nous sommes maintenant capables de valoriser à 99% et les panneaux photovoltaïques - la technologie sur laquelle nous travaillons permet d'en décoller les différentes couches pour améliorer leur recyclabilité. Par ailleurs, toujours dans le domaine des plastiques, nous venons d’annoncer un accord d’exclusivité avec l’entreprise allemande Pyrum Innovations AG pour construire la première usine de recyclage de pneus au Royaume-Uni. A partir de la pyrolyse des pneus, on fait du noir du carbone et des huiles.
Du côté de la gestion de l’eau, où se placent vos efforts ?
Pour la gestion de l’eau, il y a la question du stress hydrique qui nous amène à trouver de nouvelles solutions de dessalement ou de réutilisation mais aussi de recharge et de dépollution des nappes [voir encadré]. Nous travaillons aussi à éviter les fuites grâce à des capteurs intelligents capables de détecter en temps réel les fuites, et qui nous ont permis d’économiser entre 2020 et 2022 près de 65 millions de mètres cubes d’eau. Enfin, il y a le sujet des micropolluants, qui fait beaucoup de bruit, mais qui ne nous inquiète pas trop car nous savons les traiter. Mais c’est un sujet important car nous souhaitons orienter le consommateur vers l’usage de l’eau du robinet comme eau de boisson.
Vous avez aussi annoncé la multiplication par 4 du budget alloué au soutien à la décarbonation. Par quoi cela passe-t-il ?
Cela passe, pour les déchets, par le Waste-to-X. L’idée est de collecter les papiers et les cartons de faible qualité, et de décomposer la cellulose qu’ils contiennent pour produire du sirop de sucre non alimentaires, qui pourrait être utilisés pour les biocarburants ou la chimie, notamment dans l’industrie du luxe qui cherche à faire du biosourcé. Du côté de la gestion de l’eau, nous travaillons par exemple à la valorisation des boues [issues des eaux usées, ndlr] dont nous savons maintenant extraire l’azote et le phosphore. L’objectif : produire des engrais biogéniques et non d’origine fossile.



