En préambule du bilan annuel de l’Ifpen sur les tendances et projets à venir liés à la transition écologique, Pierre-Franck Chevet, PDG de l’institut, a tenu a rappelé la place unique de la France dans la recherche mondiale. En effet, d’après un classement élaboré par l’Agence internationale de l’énergie (IEA) et cité par Pierre-Franck Chevet, le CEA, l’Ifpen et le CNRS figurent parmi les 7 organismes ayant déposé le plus de brevets liés à la transition énergétique entre 2000 et 2019. Entre 2011 et 2020, ces trois mêmes organismes ont été les plus grands déposants de brevets liés aux technologies hydrogène, d’après une étude menée par l’Office européen des brevets, citée par le PDG de l’Ifpen. « Nous avons en France une capacité de développement de solutions innovantes pour la transition énergétique, au stade de la recherche, absolument hors normes », se félicite-t-il.
L’Ifpen opère sa mue
Au sein de l’Ifpen, anciennement appelé l’institut français du pétrole, ces huit dernières années ont par ailleurs été le théâtre de changements radicaux. En 2016, 62 % des parts d’activités de recherche et industrielles de l’institut étaient consacrées aux hydrocarbures, pour seulement 38 % liées aux nouvelles technologies d’énergie. En 2024, 79 % des activités de l’institut concernent désormais ces nouvelles technologies. Restent 21 % des activités de l’Ifpen qui sont encore dédiés aux hydrocarbures, alors que 2024 fut l’année la plus chaude jamais enregistrée, avec un réchauffement climatique dépassant pour la première fois 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle. « Ce genre de tournant, opéré en moins d’une décennie, n’a pas été facile. Nous assumons ces 21 % d’activité, très rentables, liés au gaz et au pétrole, justifie Pierre-Franck Chevet. C’est le profit dégagé de ces activités qui nous permet d’augmenter la croissance de nos activités liées à la transition écologique ».
Investissements dans le secteur de l’énergie et coût de l’inaction climatique
Dans le monde, plus de 3000 milliards de dollars ont été investis en 2024 dans le secteur de l’énergie, dont plus de 2000 milliards dans les technologies bas-carbone, d’après l’Ifpen. Si les investissements dans ces technologies ont quasiment doublé entre 2015 et 2024, portés notamment par la Chine, les États-Unis et l’Union européenne, ceux dirigés vers les énergies fossiles sont passés d’environ 900 milliards de dollars en 2020 à près de 1200 milliards en 2024, toujours d’après les résultats présentés par l’institut.
D’après l’Ifpen, la production d’électricité en Europe provient désormais à 46 % de sources renouvelables, soit un bond d’environ 10 % par rapport à 2019. « L’année 2024 fut également la première année où l’électricité produite par l’éolien et le solaire en Europe (30 %) a dépassé celle produite par énergies fossiles (27 %) », se réjouit Mickaële Le Ravalec, directrice économie et veille de l’Ifpen.
L’Ifpen a également présenté les résultats d’une étude récente, à paraître dans Nature, de chercheurs ayant calculé le coût de l’inaction climatique sur l’économie mondiale. Si aucune action n’est prise pour tenter de réduire à zéro les émissions de CO2, et que le réchauffement climatique atteint 4,8°C en 2100, le coût des dommages – liées aux pertes de biodiversité, de productions agricoles et à l’augmentation du nombre de catastrophes sanitaires et météorologiques – est estimé à environ 60 % du PIB actuel mondial, d’après l’étude présentée par Pierre-Franck Chevet. Toujours d’après les résultats de l’étude, limiter le réchauffement climatique à 2°C permettrait de réduire ce taux à 20 %.
Des technologies pour répondre aux enjeux de transition énergétique et de décarbonation
Fin 2024, l’Ifpen a annoncé les débuts des démarches vers la création d’une usine à Saint-Saulve (Hauts-de-France) de synthèse de matières actives de cathodes (CAM) à partir du recyclage de batteries. « Cette usine, dont le début de production est prévu pour 2028, pour couvrir environ 13 % de la demande française de ce type de matériau pour batteries », explique Pierre-Franck Chevet. L’Ifpen est par ailleurs engagé dans le développement du recyclage des plastiques et a participé au lancement en 2023 d’une unité industrielle, fruit d’une collaboration entre sa filiale Axens et Jeplan, entreprise japonaise de recyclage de bouteilles en plastique, capable de recycler jusqu’à 80 000 tonnes de polytéréphtalate d’éthylène (PET) chaque année.



