Quelles sont les raisons ayant poussé à la création de l’Association française pour les émissions négatives, lancée officiellement le 4 avril 2024 ?
Nous sommes une association 1901, fondée par une trentaine de startups françaises dans le domaine de l’élimination du carbone (EDC). L'idée est de favoriser l'émergence d'une filière, car nous pensons qu'il y a besoin que l’élimination du carbone devienne une filière importante. Et cela pour deux raisons : tout d’abord pour atteindre nos objectifs climatiques, pour la neutralité carbone et au-delà. Et ensuite, parce que cela crée aussi une filière industrielle avec des emplois, des entreprises, donc un levier pour la prospérité. Et il y a un mouvement en cours, avec d'autres associations professionnelles un peu du même type en Allemagne, au niveau européen et en Amérique du Nord, qui nous a influencés.
Quelle est la différence entre les technologies d’élimination du carbone et les technologies de capture et stockage du carbone (CCS) ?
L’élimination du carbone désigne des technologies utilisées pour capturer le CO2 dans l’air et le retirer de l’atmosphère. C’est pour cela qu’on parle d’émissions négatives. Cela recouvre toute une série de méthodes, comme le captage du dioxyde de carbone dans l’air qui consiste à isoler le CO2 dans l’air pour le séquestrer, mais aussi la minéralisation du carbone, l’alcalinisation des océans, la reforestation ou encore le biochar. Mais il y a quand même un chevauchement avec le CCS pour certaines technologies, par exemple avec la bioénergie, qui consiste à faire de la capture et du stockage sur du CO2 biogénique (BECCS).
Quels sont les objectifs de l’Afen ?
Nous avons trois objectifs. Le premier est de faire de la sensibilisation, puisque ces émissions négatives font partie de la panoplie des outils de lutte contre le changement climatique, en complément de la décarbonation. Nous voulons donc expliquer au grand public et aux décideurs du monde de l’entreprise qu’il y a un consensus scientifique sur le sujet, reconnu dans les rapports du GIEC de manière explicite. Le deuxième axe consiste à favoriser et catalyser l’émergence de la filière en rédigeant des rapports, en organisant des événements communs pour qu’il y ait un partage d’expériences et un enrichissement mutuel. Enfin, notre troisième objectif repose sur une activité de plaidoyer, notamment auprès des pouvoirs publics pour que des politiques publiques soient mises en place afin de démarrer nos activités.
Quelles sont les ambitions françaises d’élimination du CO2 atmosphérique en tonnes de carbone ?
Aujourd’hui, il n’y en a pas. Cependant, si on regarde la stratégie nationale bas carbone (SNBC), on sait qu’il y a un puits d’à peu près 80 millions de tonnes à horizon 2050 à aller chercher pour compenser les émissions incompressibles, qui sont celles de secteurs comme l’agriculture, les transports lourds et certaines industries. Et cet objectif pourra être augmenté dans la future révision de la SNBC, qui aura lieu cette année. Mais nous, nous appelons à la mise en place d’une stratégie nationale pour l’élimination du carbone, c’est-à-dire qu’il y ait un cap fixé, un objectif séparé dédié à ces technologies avec une feuille de route, et des mécanismes de soutien.
Si la filière est encore embryonnaire en France, qu’en est-il du reste du monde ?
Certains pays sont plus avancés. Par exemple, en Allemagne, le ministère du Climat vient de rédiger une première ébauche de stratégie d’élimination du carbone. D’autres pays sont encore plus moteurs sur la question, comme la Finlande, qui a annoncé son ambition d’être net négatif au-delà de 2040, ou la Suisse, qui a déjà dans ses objectifs nationaux 2050 déterminé des objectifs chiffrés d’élimination du carbone. Enfin, des pays ont déjà mis en place des dispositifs : la Suède a déjà instauré des enchères inversées pour des projets BECCS et le Danemark vient d’annoncer un fonds de 400 millions d’euros de soutien direct à des projets d’EDC. Pour finir, aux Etats-Unis, il y a aussi des incitations fiscales dans l’IRA(Inflation Reduction Act, ndlr) américain, notamment sur le DAC et sur certaines formes de capture de carbone. Donc les choses bougent autour de nous, et nous pensons que la France doit faire sa part.



