L’économie de guerre voulue par le président Macron au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie s’apprête à franchir un nouveau cap. Le ministère des Armées se dit désormais prêt à solliciter des industriels des secteurs civils pour encore gagner en vitesse et en volume de production de systèmes d’armes. «Le but, c'est de pouvoir faire des accélérations dans l'acquisition de matériel capable d'être produit en masse, a précisé le délégué général à l’armement Emmanuel Chiva, à l’occasion d’une rencontre avec les journalistes le 30 janvier. On ne peut pas se permettre de rester sur la manière historique dont on fonctionnait avec nos industriels de la défense. En 2025, il y aura des projets qui verront le jour avec la collaboration de l'industrie civile.»
C’est un tournant historique. Jusqu’ici, le ministère des Armées n’avaient eu recours à des industriels civils que durant la Première et la Seconde Guerre mondiale. L’initiative répond au besoin de produire vite et massivement pour équiper les armées en cas de conflit de haute intensité, comme en Ukraine. Un effort dont les industriels de la défense ne sont pas capables à eux seuls. Même si certains ont réalisé des efforts considérables, comme KNDS France, souligne la direction générale de l'armement (DGA), qui a multiplié sa production d’obus de 155 mm par 60. Désormais, produire vite et en masse fait partie des critères des appels d’offres du ministère.
Quatre secteurs sont principalement ciblés : l’automobile, la chimie, l’agrochimie et l’énergie, ainsi que des industries qui produisent des biens techniques en masse. La DGA les a sondés et ils se seraient montrés intéressés... sans toutefois vouloir que leur nom soit rendu public
Bénéficier de nouveaux process de fabrication
La DGA estime que les industriels civils ont des compétences et des capacités utiles à l’effort industriel de guerre du pays. Ainsi de la filière auto, qui pourrait se positionner pour produire des drones militaires en masse. «Les acteurs de l’automobile ont l'habitude de travailler avec des process de fabrication que nos industriels de l'armement ne connaissent pas et que nos petits acteurs ne connaissent pas non plus, parce que ça leur demanderait des investissements complètement prodigieux», explique Emmanuel Chiva.

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La démarche a d’ailleurs déjà été engagée fin 2025, avec le lancement d’un appel à idées pour concevoir et produire des munitions téléopérées longue distance à plusieurs milliers d’unités en quelques mois. La compétition a été ouverte à des acteurs civils. Dans un premier temps, il s’agira de livrer un millier de drones d'entraînement low-cost dès cette année, destinés à être utilisés dans le cadre de l’exercice militaire à grande échelle Orion, programmé en 2026.
La chimie devrait elle aussi être mobilisée pour son savoir-faire dans le domaine pyrotechnique nécessaire à la fabrication des poudres et des bombes. L'occasion, pour les grands donneurs d'ordres de la défense, de diversifier leurs sources d’approvisionnement. Un sujet brulant pour la DGA, comme le montrent les difficultés rencontrées par la société Vencorex, en Isère, dont les sels industriels servent à la confection du carburant des missiles nucléaires et des boosters d’Ariane 6. De quoi fragiliser ArianeGroup aussi bien sur ses activités civiles que militaires si la situation perdurait.
Le ministère lorgne également les acteurs de l'énergie. Certains acteurs ont proposé leur expertise pour permettre de régler des problèmes énergétiques dans un contexte militaire et la mise en place de contrôles qualité pour analyser l'efficience ou l'optimisation d’une chaîne de production.
Pour attirer ces nouveaux venus, la DGA s'engage à développer une démarche gagnant-gagnant avec les fournisseurs grâce à une approche design-to-cost, à une simplification des procédures, une réduction de ses délais d'achat et à une révision de ses exigences «au juste besoin» pour éviter les surcoûts... L'économie de guerre change de braquet.



