En ce début d’année 2021, la filière aéronautique donne à voir une étonnante résistance face à la crise. Très peu de défaillances à signaler, la moitié des quelque 60 000 emplois menacés déjà sauvés… Si la multiplication des plans de réduction des effectifs a bien eu lieu, les départs contraints et forcés sont, eux aussi, limités. Pas de doute : les différentes aides gouvernementales, tels que les Prêts garantis par l’Etats (PGE) et l’activité partielle de longue durée (APLD), ont joué leur rôle d’amortisseurs face à la crise historique à laquelle est confronté le secteur.
"Il peut y avoir un effet pervers à cela", confie Marwan Lahoud, président du directoire d’ACE Management, qui gère le fonds ACE Aéro Partenaires lancé dans le cadre du plan de relance de la filière. Et le dirigeant de prévenir : ces aides pourraient avoir un effet anesthésiant et faire oublier aux dirigeants d’entreprises l’urgente nécessité de se transformer pour absorber la baisse durable d'activité et, à plus long terme, d'améliorer sa compétitivité. "Il n’y a certes pas de catastrophe en vue, ni d’écroulement de la filière, mais il y a de profonds ajustements à effectuer", prévient Marwan Lahoud.
Digitalisation des usines, diversification d’activités, amélioration des performances tous azimuts… Il est urgent pour les acteurs de la filière de se moderniser, laquelle reste encore trop morcelée et constituée de structures artisanales. Avec 136 projets lauréats fin 2020, le fonds de modernisation de 300 millions d’euros sur trois ans dédié au secteur contribuera à cette transformation. Mais les entreprises, sous respirateur artificielle, devront aller plus loin. "Les aides de l’Etat vont se terminer un jour et il faudra reconstruire un modèle économique générant du cash pour rembourser la dette dans un contexte de volumes plus faibles pour plusieurs années au moins", prédit Alain Guillot, directeur associé au sein du cabinet de conseils AlixPartners.
Le retour aux niveaux de production de 2018, année record pour l’aéronautique, n’est pas pour demain. Si Airbus espère pouvoir faire remonter les cadences de production de son A320 durant le second semestre, les nouvelles restrictions qui concernent les voyages en avion ainsi que le risque de résurgence de l’épidémie en Chine (marché le plus porteur pour l’A320) pourraient retarder ses projections. Porte de sortie possible pour éviter l’asphyxie : se regrouper, fusionner entre égaux. En France, la consolidation du secteur peine à se concrétiser. Elle va devenir un enjeu de survie pour nombre d’industriels.



