Chronique

[L’aéro-post] Ce que révèle le conflit entre Airbus et Qatar Airways

Le contentieux entre Airbus et Qatar Airways ne cesse de prendre de l’ampleur. Une escalade qui démontre la position de force nouvellement acquise par l’avionneur européen. L'aéro-post, la chronique d'Olivier James, grand reporter aéro-spatial de L'Usine Nouvelle.

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Qatar Airways A350 peinture
Ca ne colle plus entre Airbus et Qatar Airways. En jeu: des défauts de peinture sur certains A350. Entre les deux acteurs, la tension monte.

Le conflit, inédit, prend des allures de feuilleton. Depuis plusieurs mois, Airbus se déchire avec l’un de ses clients les plus prestigieux, Qatar Airways. Et une fois n’est pas coutume dans ce milieu, le contentieux s’effectue au vu et au su de tous. Dernier épisode en date : une vidéo de Qatar Airways exhibant les défauts de peinture de certains de ses A350, à l’origine de la guerre ouverte entre les deux acteurs.

D’un côté, la compagnie aérienne cherche à démontrer que le problème n’a rien de superficiel et qu’il oblige à l’immobilisation de la moitié de sa flotte. De l’autre, Airbus assure que la sécurité des appareils n’est pas en cause et, prenant appui sur l’approbation de l’AESA (Agence européenne de la sécurité aérienne), maintient que les solutions proposées pourraient régler rapidement ces fameux défauts de peinture.

L’initiative médiatique de Qatar Airways fait suite à la décision radicale prise quelques jours auparavant par Airbus d’annuler purement et simplement une commande de 50 A321neo pour le compte de la compagnie aérienne. Du jamais vu pour l’avionneur européen. Si par le passé Airbus a déjà passé à la trappe des commandes, il s’agissait surtout de problèmes de solvabilité de certains clients. «C’est la première fois qu’Airbus agit comme Boeing le faisait, relève un très bon connaisseur du secteur. Airbus a toujours été arrangeant avec ses clients, bien plus que Boeing. D’outsider, le groupe est devenu leader et a désormais la possibilité de pouvoir choisir ses clients.» Une position de force acquise grâce à des choix stratégiques pertinents, tels que l’A320neo et ses différentes versions, tout autant qu’à l’affaiblissement actuel de son grand rival historique, Boeing.

Un risque financier mesuré

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Numéro un mondial incontesté de l’aéronautique civile, Airbus est en mesure de donner de la voix, même auprès de l’une des compagnies aériennes les plus puissantes du monde. D’un point de vue financier, le risque est mesuré. La commande annulée de 50 A321neo pèserait autour de 5 milliards d'euros au prix catalogue. Mais le montant réel est bien inférieur et surtout, Airbus a un carnet de commande rempli, avec plus de 3400 appareils en attente de livraison. Reste le coût que l’affaire pourrait représenter. Qatar Airways réclame 618 millions de dollars (546 millions d'euros) d'indemnités pour les 21 appareils immobilisés.

L’avionneur joue son image sur ce contentieux, et plus précisément celle de son dernier programme, l’A350 : Airbus ne peut se payer le luxe d’une mauvaise publicité avec son long-courrier au moment même où ce segment du transport aérien est à la peine et que les commandes pour cet appareil battent de l’aile. La compagnie de Doha cherche-t-elle de manière déguisée une indemnisation pour réparer ses avions ? Le patron de Qatar Airways, Akbar Al Baker, est réputé pour son exigence extrême. Il avait déjà demandé des comptes à Airbus pour des défauts de peinture de toilettes de l’A350. A l’époque, l'avionneur avait fait profil bas. Désormais, il bombe le torse.

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