Accompagner l'industrialisation des technologies de rupture dans le domaine du traitement et de l'enrichissement du biogaz. Voilà l’objectif de Solidia Biogaz, plateforme de R&D dédiée à la valorisation du biogaz inaugurée le 14 mars par Teréga, opérateur d'infrastructures gazière dans le Sud-Ouest de la France, l'INSA Toulouse et la PME haut-garonnaise Cler Verts, spécialisée dans la collecte et la valorisation de déchets organiques (bois, déchets végétaux et biodéchets).
Installé à Bélesta-en-Lauragais, sur le site de Cler Verts, cet outil original de valorisation poursuit une première initiative associant Cler Verts et l'INSA Toulouse portant sur les procédés de méthanisation et la valorisation des digestats. Solidia Biogaz s'intéresse aux technologies de traitement et d'enrichissement du biogaz en biométhane destiné à être injecté dans les réseaux de transport et de distribution. Le projet a mobilisé 2,4 millions d'euros, dont 1,4 million de la Région Occitanie.
Un site dédié à l’accueil de démonstrateurs semi-industriels
« Ce site d'expérimentation est ouvert à tous les acteurs du biogaz engagés dans des projets de technologies innovantes, afin de leur permettre de réaliser des études à échelle réelle via des démonstrateurs semi-industriels de TRL 6 ou 7 », explique Sébastien Pommier, ingénieur de recherche à l'INSA Toulouse, au CRITT Génie des Procédés et Technologies Environnementales et à Toulouse Biotechnology Institute (TBI). Porteur du projet, l'Insa Toulouse est l’exploitant de la plateforme.
Aménagée sur un terrain de 6 000 m2, la plateforme propose un environnement expérimental mutualisé conçu pour accueillir des pilotes semi-industriels. Le site est alimenté en biogaz brut par l'usine de méthanisation de Cler Verts. Un compresseur assure un débit constant pouvant aller jusqu'à 40 Nm3/h (Normo mètre cube par heure), dans un réseau pressurisé à 10 bars. Un électrolyseur implanté sur site propose de l'hydrogène. Air comprimé et azote sont disponibles. Bureaux, salle de réunions et espace de stockage de matériels complètent le dispositif. « Les installations répondent à toutes les exigences de sécurité et de qualité de la filière », souligne Cécile Boesinger, responsable Recherche et Innovation chez Teréga. Solidia Biogaz peut accueillir simultanément jusqu'à 6 pilotes de taille semi-industrielle. Pour l'heure, deux premiers projets sont accueillis sur le site.
Methamag et DéMetha : deux projets déjà en place
Porté par Teréga et l' Insa Toulouse, le projet Methamag cible une nouvelle voie industrielle de production de méthane à partir de CO2, par induction magnétique. L'un des avantages de cette technologie est le démarrage quasi instantané de la réaction (de l'ordre de la milliseconde). Un autre intérêt est sa performance énergétique. « Cela en fait une voie particulièrement adaptée pour le stockage des énergies renouvelables intermittentes », précise Bruno Chaudret, directeur de recherche à l'Insa Toulouse. Dans la foulée d'un pilote de laboratoire, Methamag va bénéficier des installations de Solidia Biogaz pour un premier changement d’échelle.
De son côté, DéMétha travaille sur un procédé de méthanation biologique, basé sur une biotechnologie brevetée par la société toulousaine Enosis et TBI, mobilisant des consortiums de micro-organismes. « Notre solution permet de booster la production de biométhane contenu dans le biogaz en recyclant le CO2 et sans mobiliser davantage de biomasse », insiste Vincent Guerré, président et fondateur d'Enosis. Créée en 2014, la startup, qui emploie actuellement 7 personnes, a levé 3 millions d’euros en fonds propres en fin d'année 2022 auprès d’Industrya, d'UI Investissement et de la Banque des Territoires, dans le cadre du programme Territoires d’innovation de France 2030, pour accompagner les premières étapes d'industrialisation de sa solution.
Avec Solidia Biogaz, Enosis prévoit un démonstrateur d'une capacité de 5 Nm3/h de biogaz enrichi. L'objectif est de valider les performances du procédé de méthanation biologique en environnement réel (à partir du biogaz brut de Cler Verts) et de s'assurer de la qualité du méthane produit. « Nous préparons déjà l'étape suivante, avec un démonstrateur à l'échelle industrielle », confie Vincent Guerré. DéMétha associe déjà Teréga et Trifyl, un syndicat mixte de traitement des déchets implanté dans le Tarn. La mise en œuvre d'un démonstrateur industriel sur le site de la nouvelle unité de méthanisation de Trifyl, à Labessière-Candeil, est actuellement en réflexion.



