Imperva, la pépite «made in Israel» bientôt dans le giron de Thales

Le groupe tricolore Thales a annoncé le 25 juillet son intention de mettre la main sur Imperva, champion de la cybersécurité. Aujourd'hui américaine, la société a été fondée en Israël, où elle conserve une grande partie de sa R&D.

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Imperva Israel
Le siège israélien de la société Imperva s'est trouvé sur le parcours de plusieurs manifestations contre la réforme de la justice du gouvernement.

Ce n’est pas tous les jours qu’un leader français de la défense débourse plus de 3,5 milliards de dollars pour s’offrir une cyber expertise israélienne… Cet improbable scénario s’est pourtant réalisé en début de semaine avec l’annonce par le géant tricolore Thales du rachat du spécialiste de la cyber sécurité Imperva, né dans l’Etat hébreu. Une particularité quelque peu passée sous les radars, dans le communiqué officiel publié mardi 25 juillet autour de la transaction. La firme Imperva est en effet devenue officiellement américaine depuis 2011, lors de son introduction à la Bourse de New York et de son déménagement outre-Atlantique ; et a fortiori huit ans plus tard, via son rachat, pour 2,1 milliards de dollars, par le fonds Thoma Bravo, qui vient donc de réaliser une excellente affaire.

Mais le fait est notoire. Connue principalement pour ses technologies WAF (pare-feu d’applications web) et sécurité des bases de données, Imperva a été créée en 2002 à Tel-Aviv, par Shlomo Kramer, cador du secteur high tech israélien pour avoir co-fondé l’inventeur du pare-feu Check Point (avant de lancer Cato Networks ou d’investir dans la solution antifraude Trusteer, cédée en 2014 pour 630 millions de dollars à IBM…), Mickey Boodaei (co-fondateur de Trusteer) et Amichai Shulman (créateur de la cyber start-up Nokod Security). Ce trio de serial entrepreneurs à succès n’est plus impliqué dans Imperva, dont ils ne détiennent plus d'actions.

Pour autant, et même si sa propriété intellectuelle a elle aussi été transférée aux Etats-Unis, le groupe reste considéré jusqu’à ce jour comme l’une des success stories de la valley israélienne, dont l’écosystème cyber se classe au second rang mondial du secteur derrière les États-Unis. Typiquement, Imperva emploie toujours dans son centre de R&D de Tel Aviv et de Rehovot, près de 500 chercheurs ou ingénieurs sur un effectif total de 1 400.

Des liens étroits entre Thales et Israël

Bien qu'elle soit désormais basée à San Mateo, en Californie, la société aux 500 millions de dollars de chiffre d'affaires annuel conserve donc tout naturellement des liens plus qu’étroits avec Israël. Un pays avec lequel Thales est depuis longtemps très actif. Le groupe y possède une succursale, fournit depuis quinze ans des équipements pour la modernisation des chemins de fer israéliens, et travaille de concert avec les groupes d’aérospatial et de défense de l’Etat hébreu, qu’il s’agisse d’Elbit (leader mondial dans les drones) ou d’Israel Aerospace Industries (IAI).

Sachant que Thales avait déjà pratiqué l’expertise cyber israélienne, comme en témoigne la signature par le groupe français fin 2018 d’un partenariat stratégique avec Verint Systems pour créer une solution contre les cybermenaces pour les gouvernements, les entreprises et les infrastructures critiques en Europe. Autant dire que le rachat d’Imperva, lui aussi qualifié de stratégique par le géant hexagonal, a été largement salué par la sphère économique franco-israélienne, et suscite de nombreuses réactions à Tel-Aviv.

« Il s’agit de l’union de deux monstres qui permettra de faire jouer les complémentarités », glisse un acteur du cyber écosystème israélien. Présenté par Thales comme « un actif rare », Imperva va permettre au groupe français « très présent sur le VPN et l’authentification », de se renforcer dans la sécurisation des applications comme celle des API. « Il pourra aussi bénéficier d’un réseau de partenaires très bien formés sur le plan technico-commercial, pour vendre la solution », glisse un autre observateur, émettant toutefois quelques réserves vis-à-vis de la capacité de Thales à conserver ces revendeurs.

Les pépites israéliennes visent l'étranger

En Israël, une autre pensée a traversé les observateurs à l’annonce de ce « mega deal », portant sur une « pépite » locale ayant choisi depuis près de dix ans de s’expatrier aux Etats-Unis. Désormais, cette démarche est en effet envisagée par un nombre croissant d’entreprises informatiques israéliennes. Selon une étude de Start-up Nation Central publiée fin juillet, 29% des entreprises du secteur IT interrogées auraient l'intention de se « relocaliser », et 70% des entreprises sondées indiquent avoir pris des mesures actives pour examiner les implications juridiques et financières d’un tel changement.

Plus tôt, l'Innovation Authority du ministère des Sciences avait révélé que 80 % des nouvelles entreprises israéliennes créées depuis début 2023 l'avaient fait à l'étranger, la plupart dans le Delaware, aux États-Unis. Le tout, dans le contexte actuel du mouvement de contestation contre la réforme judiciaire initiée par le gouvernement israélien, qui depuis janvier a fait descendre dans la rue les hauts gradés militaires comme le gratin high tech…

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