Entretien

«Il a fallu repenser le modèle du fast-food, basé sur le jetable», explique Benjamin Peri (Pyxo)

Pyxo a aidé McDonald’s à convertir ses 1500 restaurants français aux contenants réutilisables afin de se mettre en conformité avec la loi Agec. Benjamin Peri, l’un des deux cofondateurs de la start-up parisienne, nous explique sa démarche et ses difficultés.

Réservé aux abonnés
Pyxo Benjamin Peri et François des Beauvais
Benjamin Peri (à gauche) a fondé Pyxo en 2018 avec François des Beauvais.

Emballages Magazine : Le marché ne manque pas d’experts, souvent plus réputés que vous et revendiquant une plus longue expérience. Pourquoi pensez-vous que McDonald’s vous a choisi ?  

Benjamin Peri : Il est vrai que nous n’existons que depuis 2018 et que les concurrents commencent à être nombreux sur le marché. Certains sont spécialisés dans le lavage, quand d’autres sont issus de l’univers de l’emballage. Il y a ceux qui sont plus proches de l’industrie et ceux qui ont davantage d’expérience dans la restauration ou l’événementiel. Notre expertise porte sur l’ensemble de ces métiers. McDonald’s a sans doute apprécié cette vision globale. Nous sommes intervenus sur le choix de ses contenants, en apportant des réponses sur la traçabilité grâce à la RFID, mais aussi sur des aspects plus opérationnels liés au lavage, à l’implantation des machines dans les magasins, à la formation du personnel, à la gestion des stocks. Enfin, il a fallu informer les consommateurs et c’est sûrement ce qui nous a pris le plus de temps. L’enseigne ne voulait pas pénaliser ses clients. Elle voulait aussi profiter de cette transition nécessaire pour améliorer ses services.  

Comment avez-vous répondu à cette exigence ? 

Il est important de comprendre l’ampleur de la tâche. Il a fallu complètement repenser le modèle du fast-food, basé sur le jetable. Passer à la vaisselle réutilisable implique de nombreuses contraintes, logistiques, d’organisation, et des coûts supplémentaires. Sans oublier le marketing et l’expérience consommateur. C’est loin d’être simple, même pour une grande enseigne. Un premier défi a consisté à trouver les bons emballages. Nous l’avons relevé en choisissant des contenants pratiques, mais qui restent iconiques. Le cornet à frites, rouge, avec le logo de la marque, saute tout de suite aux yeux. Mais il y a aussi la tasse à café, le verre transparent.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices
McDonald's cornet frites
McDonald's cornet frites McDonald's cornet frites

"La RFID nous permet un comptage précis"

Justement, la question des vols et des pertes est prégnante. Quel est le constat quelques jours après l’implantation du réutilisable dans les 1500 magasins de l’enseigne ? 

La presse évoque souvent cette question qui, il est vrai, existe bel et bien. Dans la réalité, d’après les retours que nous avons, ces disparitions ne sont pas si massives. La RFID nous permet un comptage précis. Et nous sommes loin des situations alarmantes rapportées ici et là. Quoi qu’il en soit, cela prouve bien qu’il faut insister sur l’éducation des consommateurs, avec des panneaux d’information dans les magasins et un effort sur la signalétique. La question n’est pas seulement de faire comprendre au consommateur que le gobelet ne doit plus quitter le restaurant, mais qu’il faut aussi éviter de le jeter à la poubelle. Nous sommes confiants. Ces habitudes rentreront dans les mœurs.

Une autre critique concerne le choix du plastique. Zero Waste France et certains consommateurs se demandent s’il n’aurait pas été plus écologique d’utiliser du verre ou de la céramique.  

Le choix du plastique n’est pas anodin. Nous avons opté pour des polymères résistants comme le polypropylène et le Tritan, car les produits vont subir plusieurs cycles de lavage. De plus, utiliser le verre aurait causé deux types de problèmes : de sécurité tout d’abord, sachant que les restaurants sont souvent remplis d’enfants et qu’il suffit d’un rien pour qu’un contenant tombe, générant un potentiel accident en salle ; et opérationnels, car si la casse se produit en cuisine, il faut alors tout arrêter pendant cinq heures afin de nettoyer. On ne peut, évidemment, prendre ce genre de risque.

"Nous sommes persuadés que la consigne s'imposera"

La loi Agec ne concerne pour le moment que la vente sur place. Avez-vous été sollicités pour la vente à emporter ?   

Avec McDonald’s, pour le moment, notre prestation ne se limite qu’à la vente sur place. Mais nous intervenons pour d’autres enseignes sur ce sujet, comme en témoigne l’expérience menée pour Sushi Shop qui nous a demandé de tester la consigne pour réemploi dans la vente à emporter sur un certain nombre d'établissements à Bordeaux et à Nantes. L’expérience s’est révélée concluante. Nous sommes persuadés que la consigne s’imposera, parce que les volumes de déchets générés par la vente à emporter sont considérables. Certains pays, comme l’Allemagne, le Portugal ou les Pays-Bas, ont déjà commencé à légiférer sur le sujet, pénalisant lourdement les emballages jetables. La France pourrait bientôt suivre.

Propos recueillis par Tiziano Polito

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.