Décidément l’acide polylactique (PLA) fait parler de lui ces derniers temps en France. Deux usines devaient voir le jour pour produire dans l’Hexagone ce polyester compostable issu de ressources renouvelables telles que le maïs et le blé, l’une à Grandpuits, en Seine-et-Marne, portée par le français TotalEnergies et le néerlandais Corbion, l’autre à Port-Jérôme, en Seine-Maritime, sur initiative du belge Futerro. Deux usines, dimensionnées pour produire, respectivement 100 000 et 75 000 tonnes de PLA, et impliquant, chacune, un investissement de 500 millions d’euros ! Le premier programme est arrêté. TotalEnergies évoque la décision de son partenaire Corbion « de mettre fin au projet de production de bioplastiques en raison de la hausse des coûts ».
Discipline
Corbion, pour sa part, confirme, dans un communiqué de trois lignes publié concomitamment, qu’après une étude plus approfondie du dossier d'investissement, il abandonne le projet pour faire preuve de « discipline » en matière d'allocation de capital. Les coûts relatifs à la construction de l’usine semblent donc condamner la collaboration entre les deux groupes.
Pour rappel, Corbion est l’un des leaders mondiaux de la production d’acide lactique, le monomère qui, après avoir été polymérisé, devient du PLA, un plastique dont les applications vont principalement vers l’emballage (barquettes, pots, bouteilles, revêtements…) mais qui peut aussi servir à fabriquer des filaments pour l’impression 3D ainsi que des jouets, des gobelets et certains produits de consommation durable. Afin que l’usine de PLA puisse voir le jour, il faudrait que TotalEnergies s’adosse à un autre fournisseur d’acide lactique de taille. À condition qu’il veuille effectivement poursuivre sur cette voie...
Greenwashing
L’actualité de l’usine TotalEnergies de Grandpuits (Seine-et-Marne) a été mouvementée ces derniers mois, à commencer par l’opposition de la CGT au projet de reconversion dans les bioplastiques, qualifié par la centrale syndicale de « greenwashing ». Des grèves avaient suivi, bloquant l’usine pendant plusieurs jours. Pourtant, tout avait commencé de la meilleure façon qui soit. En 2016, le groupe pétrochimique avait fait son entrée remarquée sur le marché des bioplastiques en scellant une alliance avec Corbion, via la création de la co-entreprise TotalEnergies Corbion PLA. Quatre ans plus tard, le site de Grandpuits, en pleine reconversion, se préparait à accueillir cette unité de production de PLA. Les choses semblaient même avoir pris une tournure définitive, en 2021, depuis l’attribution, par Total Corbion PLA du contrat de conception technique des équipements à l'ingénieriste NextChem, filiale de l’italien Maire Tecnimont, pour un démarrage effectif en 2024. Il n’en sera rien finalement.

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Transport aérien
Le groupe pétrochimique semble maintenant vouloir jeter son dévolu sur les SAF, l’acronyme de « Sustainable aviation fuels », qui englobe toute une série de carburants « durables » pour le transport aérien, fabriqués à partir d'hydrogène et de CO2 et provenant de résidus agricoles, de graisses et d'huile de cuisson usagée, de biomasse non alimentaire. Grandpuits « sera un site majeur en France pour la production de carburant aérien durable pour répondre aux objectifs européens d'utiliser plus de SAF dans le transport aérien », a déclaré, en l’occurrence, Bernard Pinatel, directeur général de la branche raffinage-chimie de TotalEnergies. Aucun licenciement n’a été annoncé même si les syndicats dénoncent "un leurre". Suite à l’arrêt de l’usine de PLA, la production de SAF de Grandpuits devrait passer de 210 000 à 285 000 tonnes annuelles. Cela pourrait répondre, en partie, aux prévisions de hausse du marché alors que l'Union européenne s’est accordée avec les pays membres afin que les avions au départ du continent utilisent 2% de ces carburants au minimum dès 2025, puis 6% en 2030 et jusqu'à 70% d'ici 2050.
Directive SUP
L’Union européenne, en revanche, ne semble pas favoriser les bioplastiques comme le PLA dans le cadre des réglementations qui ont vu le jour, la directive sur les plastiques à usage unique (SUP) en particulier, entrée en vigueur en 2021, qui se propose de réduire progressivement l’emploi des plastiques mais ne fait aucune distinction entre les polymères conventionnels - issus du pétrole - et ceux d’origine renouvelable, compostables ou pas. En France, le cadre n’est guère plus incitatif à vouloir considérer la réglementation, la position de Citeo - qui veut interdire le PLA dès 2025 - ou encore les récents avis de l’Ademe. Cela a sans doute pesé, aussi, dans le choix de Corbion.



