Boudée par les services de l'Etat en raison de la réputation sulfureuse de son co-organisateur Avisa Partners, accusé d'avoir mené des opérations d'influence douteuses dans les médias, l'édition 2023 du Forum International de la Cybersécurité (FIC) a du plomb dans l'aile. Le salon, principal rendez-vous du secteur à l'échelle européenne, devrait néanmoins continuer à attirer les grands groupes et les pépites de la sécurité informatique. Parmi ces dernières, Dust Mobile devrait se retrouver sous le feu des projecteurs, car elle recevra le prix du jury de la start-up FIC.
De multiples applications
Basée à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), cette entreprise a été fondée en 2017 par Jean-Michel Henrard. Après une carrière de près de 15 ans chez Fujitsu, Alstom, Airbus Defence & Space et Thales, ce passionné des télécommunications et de la défense a compris que l'augmentation de la surface d'attaque des réseaux mobiles engendrerait rapidement des risques cyber accrus. Une intuition qui ne cesse depuis de se confirmer. «L'année dernière, des escrocs ont envoyé de faux SMS de l'Assurance maladie à plus de 400 000 personnes en utilisant un IMSI-catcher (un appareil capable de simuler le signal d'une antenne-relais afin que les smartphones aux alentours s'y connectent, de manière à aspirer leurs données, ndlr)», cite en exemple le dirigeant.
Pour lutter contre ces menaces dévastatrices, Dust Mobile préconise... une carte SIM. Développée pendant trois ans et fabriquée par le géant Thales dans l'une de ses usines tricolores, ce modèle se distingue de ses semblables par les multiples couches de protections dont elle dispose. Une technologie qui défendrait les terminaux équipés contre les fuites de données, la géolocalisation à distance, les interceptions d'appels, les attaques par déni de service et autres techniques employées par les hackers de tous horizons.
La majorité des clients de la start-up utilisent cette carte SIM pour leur smartphone, que Jean-Michel Henrard considère comme le «talon d'Achille des organisations», mais cette puce est compatible avec n'importe quel objet connecté (routeurs, clés 4G, ordinateurs portables, drones etc). «Nous fournissons un outil fondamental, mais ce sont nos clients qui se montrent les plus créatifs quant à son champ d'application», remarque-t-il. Plusieurs industriels auraient même déjà fait appel à sa société pour sécuriser leurs chaînes de production. La détection, les alertes et diverses contre-mesures sont proposées, afin d'inscrire cette solution dans une «chaîne de traitement de la cybersécurité».
12 millions d'euros levés en novembre
Mais la réponse de Dust Mobile ne s'arrête pas là. Contrairement à ses principaux rivaux (parmi lesquels l'israélien FirstPoint et un groupe américain), la pépite ne se contente pas de concevoir des cartes SIM blindées, mais se présente également comme un véritable opérateur mobile agréé. «Nous couvrons aujourd'hui 737 réseaux à travers le globe», précise le dirigeant, ce qui permet à ses clients de bénéficier d'une connexion presque partout dans le monde, en fonction de l'abonnement choisi. Les données des communications sont d'autant plus sécurisées que l'entreprise possède son propre cœur de réseau, installé en France, où elles sont toutes acheminées afin notamment de vérifier qu'elles n'ont pas été compromises.
Le jury du FIC n'est pas le seul à avoir été séduit par les promesses de Dust Mobile. L'entreprise compte déjà des centaines de clients tenus secrets, pour moitié issus du public et pour moitié issus du privé. Parmi ces derniers, on retrouve plusieurs membres des Comex du CAC40 et divers employés d'infrastructures critiques, dans le secteur de l'énergie, de la santé, du transport ou de la banque par exemple. La start-up a également réussi à convaincre les investisseurs : elle a levé 12 millions d'euros en novembre 2022. Un tour de table auquel ont participé, entre autres, Tikehau Ace Capital et le Fonds innovation défense, géré par Bpifrance et financé par le ministère des Armées.
Cet argent frais devrait avant tout aider l'entreprise à accompagner sa croissance exponentielle, alors qu'elle «double [son] activité à chaque trimestre», indique Jean-Michel Henrard. La prochaine étape consistera à se renforcer en Europe (où sont pour l'instant basés 50% de ses clients), avec Allemagne, l'Espagne et le Royaume-Uni en ligne de mire, puis à continuer la conquête à l'international. Le prix du FIC lui permettra peut-être aussi d'attirer de nouveaux talents et de remplir ainsi son objectif de 40 employés à la fin de l'année, contre une vingtaine aujourd'hui.



