Face aux turbulences, le secteur aérien fomente une riposte collective

Alors que les incidents causés par des turbulences se sont multipliés à bord des avions ces derniers mois, des compagnies aériennes militent pour une action commune afin de réduire ce risque. Les parades existent mais nécessitent à la fois des équipements et un partage de données à grande échelle. L’aéro-post, la chronique aéro-spatial de L'Usine Nouvelle.

Réservé aux abonnés
Avion ciel
Et si les phénomènes de turbulences à bord se multipliaient ces prochaines années? Pour y faire face, les acteurs du transport aérien commencent à s'organiser.

Tir groupé face aux turbulences ! C’est le mot d’ordre que se sont donnés des responsables de compagnies aériennes asiatiques, basées notamment au Japon, à Singapour et en Corée du Sud. Et pour se faire entendre, ils comptent profiter de la 14e Conférence de la navigation aérienne de l’OACI (Organisation de l’aviation civile internationale), qui se tient du 26 août au 6 septembre 2024 à Montréal (Canada). L’initiative, dont Reuters a eu vent lundi 26 août, pourrait-elle aboutir à une vaste action collective contre les méfaits du dieu Eole ?

Si le secteur aérien gronde, c’est que les derniers mois ont été marqués par plusieurs incidents, virant parfois à la catastrophe. En mai dernier, un vol de Singapore Airlines s’est soldé par un mort – dû à un arrêt cardiaque – et une vingtaine de blessés en raison d’intenses secousses. D’autres compagnies ont connu des mésaventures similaires, entraînant frayeurs et contusions, telles que Qatar Airways et Air Europa. L’an dernier, les turbulences ont par ailleurs été responsables de 40% des accidents dans l’aviation commerciale, selon le dernier rapport annuel de l’OACI.

Un plan d'attaque attendu pour 2025

Certes, le phénomène ne date pas d’aujourd’hui. Mais le dérèglement climatique est soupçonné d’en amplifier fâcheusement la fréquence et l’intensité. En 2019 déjà, une étude de la revue Nature révélait que le cisaillement du vent – des changements soudains de vitesse ou de direction du vent –  avait augmenté de 15% au-dessus de l'Atlantique Nord depuis 1979. Des conclusions corroborées par les travaux menés dans le cadre du programme ICCA (pour Impact du changement climatique sur l'aviation), rassemblant de grands acteurs français de l’aéronautique et de la météorologie. Lesquels mettaient aussi en évidence le risque d’intensification de phénomènes tels que le givre et la foudre. Or, contre ces éléments déchaînés, les acteurs de l’aérien peuvent agir.

D’abord en menant des recherches conjointes visant à mieux comprendre l’apparition des phénomènes météorologiques intempestifs, à grands renforts de modélisation numérique. Du côté des avionneurs, entre ailes actives et censeurs laser, des solutions pourraient à termes être déployées. Une modernisation des équipements du contrôle aérien permettrait aussi aux pilotes de pouvoir davantage anticiper les zones à éviter.

Surtout, c’est l’échange d’informations qui va devoir être amélioré, entre pays, mais aussi, pourquoi pas, entre compagnies aériennes et au niveau des avions. L'OACI pourrait acter un plan d’attaque l’an prochain, à l’occasion de son assemblée triennale. Nul doute que les compagnies aérienne veilleront à ce que l'organisation ne fasse pas que brasser de l'air.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.