[ExoMars 2020] Pourquoi l’Europe et la Russie reportent leur mission sur Mars à 2022

L'Agence spatiale européenne et Roscosmos ont été contraints de reporter le décollage de la mission ExoMars à 2022. Cette décision, officialisée le 12 mars, repousse de deux ans le départ du rover qui doit étudier la planète Mars.

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ExoMars mission centre de contrôle à turin, italie
À Turin (Italie), le centre de contrôle de la mission ExoMars comporte une reconstitution de la planète rouge avec un modèle réduit du rover et de sa plate-forme d'atterrissage.

Les inquiétudes au sujet d’ExoMars étaient justifiées. Jeudi 12 mars, l’Agence spatiale européenne (ESA) et la Russie ont annoncé le report du décollage de leur mission vers la planète Mars. Au lieu de partir en été 2020, la mission doit désormais être lancée en 2022.

Problèmes de parachutes et contraintes de la mécanique céleste

Depuis plusieurs semaines, les rumeurs s’étaient intensifiées sur une éventuelle remise en question du calendrier de l’ESA. Dès août 2019, l’agence avait annoncé plusieurs échecs lors des tests des parachutes qui doivent permettre à la mission de se poser sur la surface de la planète rouge. Au 12 mars, ces tests ne sont toujours pas terminés, rendant de plus en plus compliqué un lancement à l’été 2020.

L’ESA et l’agence spatiale russe disposaient de deux options : maintenir un départ en 2020, quitte à presser le programme, ou reporter le décollage à 2022, lorsque les conditions seront à nouveau réunies pour un tel voyage. “Compte tenu de la mécanique céleste, il n’est possible d’atteindre Mars depuis la Terre qu’à la faveur de fenêtres de lancement relativement courtes (dix jours chacune), qui se présentent tous les deux ans seulement”, rappelle l’ESA dans un communiqué.

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Après une analyse des risques, l’Europe et la Russie font donc le choix de la sécurité pour éviter un nouvel échec. Leur dernière tentative en 2016, avec la sonde Schiaparelli, s’était soldée par un crash sur la planète rouge.

Le coronavirus Covid-19 a joué dans la décision

Les problèmes liés aux parachutes étaient rendus public depuis plusieurs mois mais l’ESA révèle maintenant d’autres facteurs qui ont joué dans la décision. “Les directeurs généraux de l’ESA et de Roscosmos se sont entendus sur le fait qu’il fallait soumettre le satellite à de nouveaux essais après intégration du matériel et des logiciels finaux”, indique dans un communiqué l’Agence spatiale européenne.

Autre facteur aggravant : la propagation de l’épidémie de coronavirus Covid-19, requalifiée le 11 mars en pandémie par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). L’épidémie “limite considérablement les possibilités pour nos experts de se rendre sur les sites de nos partenaires”, explique Dmitri Rogozine, directeur général de Roscosmos.

Il est vrai que les États-Unis ont décidé de bloquer l’entrée des voyageurs européens le 11 mars et que l’ESA collabore avec la NASA sur un certain nombre de sujets. Les nouveaux tests sur les parachutes, par exemple, doivent se dérouler en Oregon (États-Unis) avec l’aide du Jet Propulsion Laboratory de l’agence spatiale américaine.

“Nous ne nous accordons aucune marge d’erreur”

L’ESA peut maintenant mener un peu plus sereinement ses tests. Malgré tout, le report risque d’être observé comme un échec symbolique alors que la Chine, les États-Unis et même les Émirats arabes unis projettent de lancer leur mission vers Mars pendant l’été 2020. “Nous voulons nous assurer que nous sommes parfaitement prêts à mener à bien cette mission et nous ne nous accordons aucune marge d’erreur”, assure Jan Wörner, directeur général de l’ESA.

Quelles sont les prochaines étapes pour la mission ExoMars ? Les prochains travaux devraient se concentrer sur les parachutes et le module de transport qui amènera le rover et sa plate-forme d’atterrissage jusqu’à proximité de Mars. “Le robot mobile Rosalind Franklin et ses neuf instruments ont récemment passé avec succès les derniers essais thermiques et sous vide en France”, rappelle l’ESA. Ce rover a la lourde responsabilité de forer le sol martien pour découvrir pour la première fois des traces de vie extra-terrestre actuelle ou passée.

Le nouveau calendrier prévoit un lancement entre août et octobre 2022 pour une arrivée sur Mars entre avril et juillet 2023.

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