En s’associant dans l’IA et le big data, Thales et Atos surfent sur le virage numérique des armées

A travers leur nouvelle société commune Athea, Thales et Atos vont développer une plate-forme souveraine associant traitement de données massives et intelligence artificielle pour les secteurs de la défense et de la sécurité.

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En cas d'agression, la France n'exclut plus de faire appels aux armes numériques pour neutraliser ou détruire des cibles.
Les militaires sont convaincus que la supériorité sur le champ de bataille proviendra notamment de la maîtrise des technologies numériques.

Plutôt que des fabricants d’avions de combat, de frégates, de chars… les fournisseurs des armées seront-ils demain des groupes informatiques et de hautes technologies ? A l’instar d’Athea, la nouvelle société dévoilée le 27 mai par les groupes Thales et Atos, ses deux actionnaires à 50/50. Leur ambition : développer une plate-forme informatique souveraine associant traitement de données massives et intelligence artificielle pour les secteurs de la défense, du renseignement et de la sécurité intérieure.

"La joint-venture fournit une solution qui sera déployée, hébergée et opérée depuis les datacenters des clients. Des démonstrateurs existent d’ores et déjà en vue d’une mise en service opérationnelle de la plate-forme en 2022", ont précisé à l’Usine Nouvelle les deux partenaires. A moyen terme, les effectifs seront d’une cinquantaine de salariés principalement composés d’experts en informatique (ingénieurs, architectes, développeurs, data scientists, data engineers, intégrateurs) avec déjà une vingtaine de collaborateurs issus des deux maisons-mères à fin 2021.

Une arme numérique redoutable

Cette société commune rapproche deux acteurs aux expertises qui se veulent complémentaires. Partenaire clé des armées, Thales fournit l’avionique du Rafale, des radios militaires, les radars des frégates mais également des plates-formes numériques mettant en œuvre le big data et l’IA, la sécurité des systèmes d’information … Le groupe informatique Atos a développé une expertise reconnue et appliquée dans le secteur civil en matière d’intelligence artificielle, de big data et de cybersécurité.

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La nouvelle société Athea devra répondre aux défis des armées en matière d’IA et de traitement massif des données. Les militaires sont convaincus que la supériorité sur le champ de bataille proviendra de la maîtrise des technologies numériques. "L’intelligence artificielle est une arme redoutable en ce sens qu’elle a le pouvoir de décupler la force de frappe de toutes les autres. Elle a cette puissance de pouvoir s’immiscer dans tous les systèmes d’armes pour les mobiliser avec cent fois plus d’efficacité, avait rappelé Florence Parly, la ministre des Armées lors de son déplacement à la base aérienne de Creil (Oise), le 10 mai dernier. Ce qui comptera prochainement, ce ne sera plus uniquement le nombre de chars d’assaut, de missiles ou de moyens de surveillance dont on dispose, mais la façon dont on coordonne leur emploi, dont on optimise leur déploiement sur une zone définie".

La maîtrise des technologies de big data est également devenue indispensable. Que ce soit pour exploiter quotidiennement des Teraoctets de données des images provenant des satellites d’observation, ou des données de fonctionnement des aéronefs ou des navires afin de prévenir les pannes avant qu’elles ne surviennent.

Un cloud de combat pour les aéronefs militaires du futur

La numérisation des armées est en pleine accélération. Les grands programmes d’armement font largement appel aux technologies informatiques. Le futur avion de combat européen, qui remplacera à l’horizon 2040 le Rafale français ainsi que les Eurofighter allemands et espagnols, s’appuiera ainsi sur un cloud de combat afin de fluidifier les échanges avec des satellites, des troupes au sol, des drones… Les nouveaux véhicules blindés du programme Scorpion de l’armée de Terre sont désormais interconnectés à travers un système d’information et de communication unique pour partager les informations remontées par leurs capteurs afin d’identifier et de neutraliser l’ennemi plus rapidement. 

Les services de renseignements militaires n’échappent pas à cette tendance. Au-delà de la collecte et du stockage des données, ils auront besoin de la puissance numérique pour les structurer, les analyser, les corréler afin d’en extraire un renseignement qui pourra faire la différence sur le champ de bataille.

Un demi milliard d'euros à investir dans l'IA militaire

Dans cette aventure commune, Atos et Thales partent déjà lancés. Depuis 2018, ils ont participé à la phase de démonstration du programme "ARTEMIS", la solution souveraine de traitement massif des données et d’algorithmes d’intelligence artificielle adaptée aux besoins de la défense. Athea sera justement chargée de préparer la phase d’industrialisation du projet. 

Ambitionnant de fédérer un écosystème, cette société compte nouer des partenariats avec de nombreux acteurs : start-up, PME, grands groupes, organismes de recherche… Le ministère des Armées travaille déjà avec l’Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique), le CNRS (Centre national de la recherche scientifique), le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) afin notamment d’explorer les possibilités de l’intelligence artificielle dans des domaines aussi variés que la lutte anti-sous-marine ou la cyberprotection de nos objets connectés.

Athea se positionne sur un marché en fort développement. Sur la période 2019-2025, les armées françaises ont prévu de consacrer plus d’un demi-milliard d’euros au développement de solutions à base d’intelligence artificielle.

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