Au quartier général de la branche digitale d’Engie, à Paris, c’est dans une ambiance de start-up que sont conçus les outils numériques des futures smart cities. Dans des locaux lumineux et ouverts, « propices aux échanges » selon ses occupants, spécialistes de la donnée, codeurs et architectes réseaux planchent sur des logiciels capables de capter et digérer les flux d’information générés par les réseaux urbains. Créé en 2016 pour valoriser les données produites par l’énergéticien, Engie Digital a étendu son activité à d’autres secteurs. C’est désormais sur de nombreuses facettes des villes que travaillent les 200 experts du QG parisien. « Il y a une explosion des données dans les villes, car avec le développement de l’internet des objets, tout dispositif physique peut se mettre à communiquer, commente Olivier Sala, le directeur général. Cet afflux de données dans un monde de plus en plus complexe est un formidable terrain de jeu pour nos logiciels, qui se nourrissent de complexité. » Ces outils à destination des collectivités ont vocation à être interopérables pour compléter l’offre de services. De quoi faire miroiter un urbanisme optimisé grâce au numérique.
Livin’ : la gestion en temps réel des infrastructures
Éclairage public, caméras de sécurité, régulation du trafic, bornes de recharge électrique, qualité de l’air… Autant de paramètres surveillés par le logiciel Livin’. En récoltant les données obtenues au moyen de capteurs LoRa et en se connectant directement aux interfaces de programmation (API) des fournisseurs de services, la plate-forme offre une vision globale en temps réel de la ville. « Livin’ permet aux métiers de communiquer entre eux, indique Vincent Vandenberge, son responsable. Si des capteurs détectent une pollution atmosphérique, notre outil envoie automatiquement des messages d’alerte ou contrôle des systèmes de gestion du trafic. » Déjà en service dans plusieurs villes, le logiciel est principalement utilisé pour la surveillance de la qualité de l’air et la fluidification du trafic. Il sera déployé en 2020 à Livourne (Italie) afin de gérer toutes les fonctionnalités des équipements urbains, une première.
Smart Institutions : un campus plus sobre en énergie
Véritable laboratoire géant de la ville intelligente, Smart Institutions a été déployé sur le campus de l’Université d’État de l’Ohio pour exploiter et optimiser l’ensemble de ses infrastructures de production et de distribution d’énergie (vapeur, froid, gaz, électricité). « Le site accueille 100 000 personnes par jour, réparties dans 485 bâtiments », détaille Pierre-Henri Pelletreau, le responsable de l’activité B to B d’Engie Digital. Au total, 12 000 capteurs surveillent les réseaux et identifient les habitudes de consommation énergétique. Pour ce projet, Engie s’est associé à l’éditeur de logiciels d’intelligence artificielle C3.ai. Leur dispositif doit permettre de réduire d’au moins 25 % la consommation énergétique du campus au cours des dix ans à venir.
Siradel : le jumeau numérique pour aider à la décision
Cette société rennaise acquise par Engie en 2016 propose un jumeau numérique – une réplique dynamique et évolutive – de la ville. Il associe différentes données : celles issues d’images satellites et celles obtenues par les capteurs et lidars de véhicules ayant parcouru le territoire urbain. Résultat : une modélisation précise de la ville sur laquelle se juxtaposent des couches d’informations publiques et privées. Des algorithmes les digèrent et simulent leur évolution. « La représentation en 3D de la ville permet par exemple d’évaluer l’impact d’une déviation du trafic routier sur le niveau sonore urbain ou l’évolution de la pollution de l’air en fonction du nombre de véhicules électriques mis en circulation, précise Sylvie Carré Le Paih, chargée de la communication de Siradel. C’est un véritable outil d’aide à la décision pour les collectivités. »
Nemo : l’intelligence dans les réseaux thermiques
Engie Digital a conclu un partenariat avec Ottawa (Canada) afin de surveiller ses réseaux de chaleur et de froid. Son logiciel Nemo tire parti des données disponibles pour modéliser les flux, repérer les défaillances et réaliser des économies d’énergie. « Le défi est de taille pour une telle ville, qui possède quatre réseaux indépendants et cinq sites de production de chaleur et de froid », explique Igor Rocca, le responsable de Nemo. Grâce à cet outil, la ville compte réduire de 40 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 et, à terme, réaliser 85 % d’économies d’énergie.
Everon : la mobilité électrique optimisée
Avec l’essor de la mobilité électrique, les métropoles doivent apprendre à corréler les informations de leur réseau électrique à celles des flux de la mobilité. La plate-forme logicielle Everon, lancée en 2018, permet de surveiller les bornes de recharge électrique déployées en ville. Elle optimise leur gestion en fonction des habitudes de déplacement. Reposant sur une architecture ouverte, le logiciel peut traiter n’importe quelle station de recharge et intégrer plusieurs réseaux. ?
Trois questions à...

Yves le Gélard, Chief digital officer d’Engie
Quel est le rôle de la donnée dans vos outils numériques ?
Elle constitue l’élément essentiel des nouvelles offres de service aux collectivités. Le machine learning est aujourd’hui une technologie très bien maîtrisée, mais sa performance dépend des données dont elle dispose. Il y a une relation nouvelle entre la quantité des données et la qualité des services qui en découlent. Les Gafa ont compris cela dix ans avant tout le monde.
L’opinion publique manifeste une certaine défiance par rapport à cette exploitation des données…
C’est vrai. Les collectivités y sont très sensibles. Dans nos consultations sur les dossiers liés à la smart city, l’ouverture des données est un sujet central. À aucun moment les informations que nous collectons ne peuvent être considérées comme notre propriété.
Certains logiciels d’Engie Digital utilisent aussi des données issues des collectivités. Comment légitimer cette pratique auprès des habitants ?
Croiser les sources de données est un enjeu majeur pour offrir des services de qualité. Mais il faut le faire en étant transparent sur les informations qui sont captées et en quoi elles sont utiles à la population. Avec leur connaissance métier, nos datascientists peuvent se limiter aux jeux de données les plus pertinents pour améliorer les services.



