Emballages Magazine : Quelle est la stratégie de décarbonation de Verallia ?
Pierre-Henri Desportes : Elle repose sur trois axes. D’abord, le recyclage. Pour cela, nous travaillons à augmenter l’introduction de calcin. Pour y parvenir, il faut améliorer la récolte du verre, et nous travaillons main dans la main avec l’administration et Citeo pour la maximiser chez les particuliers et aussi dans les cafés, hôtels, restaurants et les industriels. Quand il y a un bon réseau de bennes, les Français y déposent leur verre. Il faut donc s’assurer du maillage le plus dense possible, dans les campagnes et les villes, pour que les gens n’aient pas à faire des dizaines de kilomètres. Le premier critère qui favorise le recyclage, c’est la proximité de la benne.
Ensuite, il faut trier le verre, enlever tout ce qui n’est pas recyclable et trier par couleur. En France, nous avons la chance d’avoir un réseau de récolte dense, mais où tous les verres sont récoltés dans la même benne sans dissociation de couleur. On ne changera pas cela, l’investissement serait trop important pour le pays. C’est pourquoi nous avons investi ces dernières années dans nos deux usines de traitement du calcin pour s’équiper de machines de tri du verre après la récolte. Nous sommes désormais capables d’obtenir 20% de verre blanc à partir d’une masse indéfinie récoltée dans les bennes. Cette introduction de calcin est importante, car à chaque fois qu’on l’augmente de 10% dans un four, on baisse de 5% les émissions de CO2.
Autre objectif du recyclage, la circularité. À chaque tonne de verre recyclé introduite dans le four, c’est une tonne de matière vierge qu’on ne ponctionne pas dans l’environnement. Cette matière est infiniment recyclable. Et c’est la différence avec les autres matières. Quand vous recyclez du verre dans un four, il régénère ses qualités physiques à l’identique, et cela quel que soit le nombre de cycles.

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Le deuxième axe de votre stratégie, c’est la technologie des fours. Un four électrique est en construction à Cognac, un autre, hybride, en Espagne, où en sont les chantiers ?
Pour le four électrique, on prévoit un démarrage début du deuxième trimestre 2024. L’armature est faite, les réfractaires sont en train d’être posés. C’est un projet à 50 millions d’euros qui a commencé il y a plus d’un an. Il entrera en service au début du deuxième trimestre 2024. Les équipes sont engagées et ont compris l’enjeu de décarboner leur industrie. Les clients sont avec nous et sont volontaires, les acteurs du Cognac comprennent l’intérêt d’apporter sur le marché des produits décarbonés.
Nous construisons ce premier four électrique alimentaire au monde pour le verre blanc, car l’essentiel de l’énergie que nous utilisons est lié au processus de fusion. Verallia s’est lancé dans une stratégie forte pour changer les technologies des fours, passer du gazo-intensif à l’électro-intensif, c’est-à-dire d’un mix de 80% de gaz et 20% d’électricité à 100% d’électricité. De plus, grâce au nucléaire, nous avons la chance en France d’avoir une énergie produite très décarbonée, cela va nous permettre avec cette nouvelle technologie de produire du verre blanc avec 50% d’émission de carbone en moins.
Deuxième technologie, pour les verres foncés, on utilise des fours hybrides : 80% d’électricité et 20% d’énergie apportée par dessus. Ces 20% d’énergie nous travaillons à les décarboner. Cela pourra être du biofioul, du biogaz, de l’hydrogène ou d’autres énergies neutres. Grâce à ce type de four, les émissions de CO2 liées à la production de bouteilles en verre sont réduites de 40%. Le premier four, installé en Espagne à Saragosse, démarrera en 2025. Et le second four du groupe, le premier conçu et réalisé par Verallia, sera à Saint-Romain-le-Puy (Loire) et démarrera début 2026.
Un four verrier à une espérance de vie comprise entre dix et vingt ans. Dès que les fours arriveront en fin de vie, nous les remplacerons au fur et à mesure par ces nouvelles technologies. Dans quinze ans, l’ensemble de nos fours seront 100% électriques et hybrides. C’est un engagement fort pour le groupe. Pourrait-on produire sans ces nouvelles technologies ? Oui. Mais nous avons l’intime conviction que si nous ne démarrons pas aujourd’hui, dans quinze ans, ce qui est acceptable à l’heure actuelle, ne le sera plus. Si nous reconstruisons un four classique, fonctionnant au gaz, nous ne sommes pas sûr de pouvoir l’exploiter jusqu’au bout dans une décennie, pour des raisons d’acceptabilités environnementales et sociétales.
Vous misez aussi sur l’écoconception, comment cela se traduit-il ?
Oui, c’est le troisième axe de la stratégie de décarbonation de Verallia. Nous travaillons notamment à alléger le poids du verre au maximum. Nous avons deux types de clients. Ceux pour qui nous développons des flacons uniques, là le défi est d’alléger tout en gardant leur signature. Et pour le marché des bouteilles standard, champagne, cidres, vins… nous avons développé la gamme Ecova qui compte déjà 100 références allégées et nous prévoyons, d’ici à 2025, 90 nouvelles références allégées. Cela représentera un quart de la gamme qui sera allégée.
« le second four hybride du groupe, le premier conçu et réalisé par Verallia, sera à Saint-Romain-le-Puy (Loire) et démarrera début 2026. »
Ensuite, la bouteille qui émet moins de carbone, c’est la bouteille qui n’est pas produite, c’est pourquoi un des axes forts concerne le réemploi. Nous sommes persuadés que c’est l’un des leviers de réduction de CO2. On s’est engagé en juin dernier avec Citeo sur le développement et la livraison de pots et de bouteilles standard réemployables à grande échelle. Nous allons plus loin avec Bout’ à Bout’, start-up nantaise qui dispose de la plus grosse capacité de lavage en France, et dans laquelle nous avons pris des parts. Cela nous permet de mettre concrètement les mains dans la réalité du réemploi. Ce que l’on va chercher, c’est une compréhension des points de blocage.
Quel est l’intérêt pour Verallia d’investir dans une entreprise telle que Bout’ à Bout’ ? Pourrait-il y avoir des investissements similaires dans d’autres entreprises du même type dans d’autres régions de France ?
La décarbonation passe par des nouvelles technologies de four, mais nous ne nous interdisons pas d’aider au développement d’autres alternatives. Le réemploi, c’est quatre fois moins de CO2 émis et tout autant d’énergie économisée. C’est aussi pour cela que nous nous positionnons sur ce secteur. Il y a une trentaine d'initiatives sur le territoire, nous les suivons, nous discutons. À ce stade, nous construisons l’avenir avec Bout’ à Bout’. Il y aura vraisemblablement une structuration du marché dans les années à venir. Doit-on devenir à cette phase des récolteurs et des laveurs de bouteilles ? Non. Notre métier est de concevoir, de produire et de livrer des contenants en verre. A-t-on vocation à aider au développement du réemploi ? Oui. Notre volonté est que des acteurs industriels se structurent : nous collaborons étroitement avec Bout’ à Bout' dans ce sens. En tant que producteurs d’emballages en verre, le plus grand défi pour notre industrie est de réduire nos émissions de CO2. Nous devons faire plus et agir au-delà de nos activités « traditionnelles ». Nous devons explorer de nouvelles opportunités pour renforcer et favoriser l’économie circulaire du verre. Le réemploi représente une opportunité pour baisser significativement les émissions de CO2 par rapport à l’usage unique des emballages en verre.
Comment percevez-vous le marché du réemploi en France sur le plan économique, au moment où l’on voit plusieurs acteurs, engagés notamment dans la restauration, en difficulté ?
Nous croyons au réemploi. Nous pensons que cela va se développer, car cela fait sens du point de vue écologique et sociétal. Nos voisins allemands montrent que des marchés sont viables. Outre-Rhin, environ 50% des emballages en verre consommés sont réemployés. Cela concerne le vin, la bière, l’eau, les jus de fruit… Si les Allemands le font, c’est que cela fonctionne. Est-ce qu’en France cela sera simple ? Non, comme toute transformation de société, cela sera compliqué. C’est pour cela que nous accompagnons l’écosystème pour accélérer et ne pas rester spectateur de la transformation.
Mais, une question peut se poser, qui dit réemploi des bouteilles dit moins de bouteilles produites. Nous sommes persuadés que le réemploi est un moyen pour aider la pénétration du verre dans le marché de l’emballage. Sur certains marchés, de nombreux produits sont contenus dans des bouteilles en verre. Par exemple, en Angleterre, 30% du marché du lait est contenu dans du verre. En France, c’est insignifiant.
« Je ne pense pas que la personnalisation unitaire soit à long terme un marché significatif »
Ce matériau a de nombreux avantages pour l’environnement, il est recyclable à l’infini. Le verre est également inerte, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de migration du contenant dans le contenu. C’est très important pour les consommateurs, à l’heure où nous parlons de plus en plus de santé alimentaire. Son défaut est qu’il émet du CO2. Charge à nous d’avancer vers la décarbonation. C’est ce que nous faisons avec les nouvelles technologies de four, l’augmentation de l’introduction de calcin et l’écoconception.
Nous y voyons un moyen de faire converger une volonté écologique et une capacité économique. Notre conviction est que, avec la convergence entre ces deux aspects, cela va marcher.
Faudrait-il imposer des contraintes plus strictes aux enseignes et prestataires ?
Le point clé est la facilité. C’est-à-dire, pouvoir apporter les bouteilles, pots et flacons dans un point de collecte proche de chez soi, notamment dans les magasins. C’est la même chose que pour le recyclage, le premier facteur de taux de collecte c’est le maillage territorial des bennes à verre. En Allemagne, le maillage des points de collecte pour le réemploi est organisé essentiellement dans les points de distribution (supermarchés et même petites épiceries), c’est un facteur capital qui a très nettement contribué à faire du réemploi un succès. Et les Français sont de bonne volonté, ils ont envie de bien faire, cependant ils n’utiliseront pas leur voiture pour déposer la bouteille à des dizaines de kilomètres de chez eux. Mais près de chez eux, en faisant leurs courses par exemple, alors là, oui, ils le feront.
J’entends aussi l’aspect fiduciaire de la consigne et du réemploi. Ce n’est pas le plus important. De l’argent est-il donné en contrepartie du dépôt du verre dans les bennes pour recyclage ? Non. Pourtant, les gens le font et 80% du verre est recyclé en France. Parce que c’est simple.
Comment améliorer le réemploi et quels outils privilégiez-vous ? Êtes-vous pour la généralisation des étiquettes des wash’up sur les emballages, par exemple ?
Je suis pour tout ce qui favorise le réemploi. Soyons clair, il y a encore du travail. Notamment la collecte, nous devons continuer à renforcer les bouteilles sur les éléments critiques, améliorer le bouchage, il faut travailler la disponibilité. Le réemploi n’est pas une menace, c’est une vraie opportunité pour le verre.
Le verrier américain O-I a dévoilé sa solution de décor ultrapersonnalisable, Expression signature…
La personnalisation à outrance, comme une tendance, va rester un marché de niche. Chez Verallia, nous avons une volonté d’optimisation économique et écologique. Il faut être capable d’apporter de la valeur ajoutée et des facteurs de différenciation à la bouteille. Je ne pense pas que la personnalisation unitaire soit, à long terme, un marché significatif.
Nous travaillons beaucoup sur l’impact écologique du décor, notamment la suppression des émaux métalliques en sérigraphie qui demande une très forte température de recuisson donc une plus grande émission de CO2, un traitement des effluents avec des pollutions. Nous travaillons donc à une substitution par des éléments organiques, car cela nous semble être le sens de l’histoire. Concernant le satinage, c’est-à-dire un décapage à l’acide fluorhydrique, nous travaillons avec l’administration pour être capable d’utiliser ces effluents dans l’épandage et réduire par cela la génération de déchets.



