«Dans l'aéro, la crise va participer au rajeunissement des équipes», pour le directeur de l’Isae-Supaero

Malgré la crise qui touche l’aéronautique, la filière intéresse toujours les jeunes, assure Olivier Lesbre, directeur général de l’Isae-Supaero. L’école d’ingénieurs introduit de plus en plus les enjeux environnementaux dans sa formation.


 

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Olivier Lesbre sur le site web, le directeur général de l’ISAE SUPAERO
L'Isae-Supaero sensibilise de plus en plus les étudiants aux enjeux environnementaux, assure Olivier Lesbre, directeur général de l'établissement.

Crise du secteur aéronautique, aviation-bashing, transition énergétique à marche forcée… Si la période actuelle secoue l’industrie aéronautique, elle oblige également l’offre de formation à s’adapter. C’est le cas de l’Isae-Supaero, l’école d’ingénieurs emblématique du secteur d’où sortent chaque année quelque 700 diplômés. Bonne nouvelle : malgré la crise, les étudiants se bousculent toujours pour y entrer, assure Olivier Lesbre, directeur général de l’établissement.

Reste que l’Isae-Supaero s’efforce de rester dans la course et doit s’adapter à une génération d’étudiants bien plus soucieux de réduire l’empreinte environnementale du secteur que leurs aïeux. En témoigne l’outil de modélisation Cast, développé par l’un de ses doctorants, permettant de mesurer l’impact de l’avion sur le climat en prenant en compte divers scénarios. Du civil au spatial, l’Isae-Supaero déploie cette thématique aussi bien dans des projets de recherche que l’enseignement.

Constatez-vous une moindre attractivité de l’école vis-à-vis des jeunes ?

Certains ont craint que les jeunes se détournent du secteur, y compris les plus brillants. La bonne nouvelle, c’est que ce n’est pas le cas. En 2020, nous étions en cinquième position dans les préférences des étudiants à l'issue des concours, comme les années précédentes. Cela veut dire que l’Isae-Supaero est toujours autant plébiscité. Nous avons même eu plus de candidats venant de l’étranger en 2020, en augmentation de 20%. L’aéronautique fait toujours rêver les jeunes.

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Trouveront-ils pour autant des débouchés ?

Par rapport à la pyramide des âges dans la filière, elle ne tombe pas si mal dans la mesure où beaucoup de gens vont partir en retraite. Cela va participer au rajeunissement des équipes au sein de l’industrie.

Comment prenez-vous en compte les enjeux environnementaux, désormais au premier plan ?

La sensibilité à la thématique du réchauffement climatique est devenue bien plus importante en quelques années. Cela fait près de 10 ans que nous avons créé des modules de formation sur ces sujets, avec le soutien des industriels. Mais il y a encore 5 ou 6 ans, les élèves n’étaient pas nombreux à en faire la demande. La situation a basculé depuis deux ans. Certains étudiants qui nous rejoignent se demandent s’il est une bonne chose de continuer à faire des avions. Nous leur répondons qu’ils peuvent être ceux qui vont inventer l’aviation décarbonée.

Olivier Lesbre sur le site web, le directeur général de l’ISAE SUPAEROGuittet Pascal
Olivier Lesbre sur le site web, le directeur général de l’ISAE SUPAERO Olivier Lesbre sur le site web, le directeur général de l’ISAE SUPAERO (Guittet Pascal/Guittet Pascal)

Que faites-vous pour répondre à cette nouvelle appétence ?

Nous sommes en train de renforcer notre offre de formation en matière d’aviation décarbonée. Nous venons d’achever Horizons, la nouvelle version de notre stratégie de développement durable, à l'issue d'une réflexion de plus d'un an. Nous avons décidé notamment d'intégrer un module "introduction aux enjeux environnementaux" au tronc commun de la formation ingénieur, et non plus seulement en option. C’est en place depuis la rentrée 2020. Et l’offre va s’enrichir progressivement. Une majeure «énergie transport environnement» de 140 heures est désormais proposée en troisième année.

L’hydrogène fait-il partie des technologies étudiées ?

Nous n’avons pas attendu les annonces d'Airbus en septembre pour nous intéresser à l’hydrogène. Nous menons par exemple depuis longtemps des recherches sur les réservoirs cryogéniques, et nous travaillons depuis deux ans sur le projet Mermoz de drone à hydrogène liquide avec l’entreprise Delair, qui sera capable de traverser l’Atlantique sans émettre de CO2 d’ici 2024.

Le profil des ingénieurs aéronautiques est-il en train d’évoluer ?

Notre objectif est aussi de faire des ingénieurs des acteurs du débat de la transition énergétique. Ils doivent avoir une culture scientifique complète à ce sujet, qui dépasse le strict cadre du secteur aéronautique. Ils doivent aussi savoir défendre leurs idées : c'est pourquoi le module de formation orienté « aviation et climat » se conclut avec des débats menés au sein de l’Ecole. Nos étudiants sont en train d’élargir leurs horizons. La crise actuelle rend plus intéressante la perspective de faire des études chez nous.

Propos recueillis par Olivier James

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