Coup d'envoi à Toulouse pour les biocarburants durables dans le transport aérien français

Elisabeth Borne et Jean-Baptiste Djebarri, respectivement ministre de la Transition écologique et solidaire et secrétaire d'Etat en charge des Transports ont choisi le Delivery Center d'Airbus à Toulouse (Haute-Garonne), le 27 janvier, pour donner le coup d'envoi au lancement d'un nouvel appel à manifestation d'intérêt sur le développement de biocarburants durables aéronautiques en France.

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Pacte aéronautique hybride
"50 % de biocarburants dans les avions en 2050" : c'est l'objectif de la feuille de route nationale, dévoilée le 27 janvier chez Airbus.

La ministre de la Transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne et son secrétaire d'Etat aux transports, Jean-Baptiste Djebarri ont choisi très symboliquement le Delivery Center d'Airbus à Colomiers, dans l'agglomération toulousaine (Haute-Garonne), lundi 27 janvier, pour présenter la feuille de route de l'Etat et le lancement du nouvel appel à manifestation d'intérêt (AMI) pour accompagner le développement en France de biocarburants durables dans le transport aérien.

L'officialisation de projets évoqués dès la clôture des Assises du transport aérien en janvier 2019. L'ambition est d'accélérer la transition énergétique du transport aérien, mais aussi de jeter les bases de nouvelles filières industrielles en France.

5 % de biocarburants dans le transport aérien d'ici 2030

Pour atteindre les engagements énoncés dans le cadre de la COP21, à savoir plafonner les émissions nettes de CO2 de l'industrie aéronautique à partir de 2020 et de les réduire de moitié d'ici 2050 par rapport à 2005, le gouvernement a ainsi présenté sa feuille de route et elle passe dès maintenant par un développement progressif des biocarburants aéronautiques. Une trajectoire précise et à court terme a été fixée : permettre la substitution dès 2025 de 2 % du kérosène fossile par des biocarburants durables. Atteindre 5 % en 2030. "Cela peut paraître peu, mais c'est le début d'une dynamique", a déclaré Elisabeth Borne.

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L'objectif à plus long terme est de 50 % à l'horizon de 2050 et s'accompagne du double engagement de favoriser le déploiement de filières de biocarburants d'aviation produits en France et durables. "Nous devons nous assurer que ces biocarburants de nouvelles générations n'auront pas d'impact sur la déforestation et qu'ils n'entreront pas en concurrence avec la production agricole", a tenu à insister la ministre. Cette dynamique en direction des biocarburants ne se fera pas pour autant au détriment des travaux déjà engagés pour aller vers des avions hybrides ou vers l'utilisation de l'hydrogène. Mais ces projets nécessitent de nouvelles ruptures technologiques qui prendront encore du temps. "Préparer ce long terme ne doit pas nous empêcher d'agir sur le court terme", a par ailleurs souligné Elisabeth Borne.

Des candidatures à remettre avant fin juin 2020

Dans la continuité de la présentation de sa feuille de route, le gouvernement a donc aussi lancé un appel à manifestation d'intérêt pour identifier des acteurs privés innovants et leurs projets d'investissement dans des unités de production de biocarburants à destination de l'aéronautique. Les candidats peuvent être des utilisateurs qui auront fait le choix d'investir dans une unité pour leurs propres besoins, des entreprises qui investissent dans une installation en vue de commercialiser des biocarburants ou des groupements d'entreprises s'associant pour co-investir dans un outil de production. Ils ont jusqu'au 30 juin 2020 pour se manifester.

Airbus, Air France, Safran, Suez et Total déjà dans les starting blocks

Cette démarche s'inscrit dans la continuité d'un groupe de travail réunissant l'Etat, l'avionneur européen Airbus et quatre autres partenaires industriels, Air France, Safran, Suez et Total, tous signataires en décembre 2017 de l'Engagement pour la croissance verte (ECV). Ils en sont tous convaincus : en complément des efforts déjà réalisés dans la conception même des appareils, des moteurs, mais aussi des systèmes de navigation et dans la formation des pilotes, l'utilisation à grande échelle de biocarburants permettrait d'accélérer dès maintenant la réduction des émissions de CO2. La faisabilité technologique a été démontrée jusqu'à des taux de substitution pouvant aller jusqu'à 50 %. Plusieurs sources (huiles usagées recyclées, déchets forestiers, valorisation de la partie fermentescible d'ordures ménagères...) ont obtenu leurs certifications aéronautiques.

Depuis 2016, Airbus propose à ses clients de tester du biofuel pour le vol de livraison de leurs nouveaux appareils au départ de Toulouse, Hambourg et à partir du site d'Alabama aux Etats-Unis. Dans l'effet, seuls neuf clients ont choisi cette option pour un peu plus de 70 vols. Le biocarburant utilisé, livré par Air BP, est produit en Finlande par Neste. L'avionneur vient tout juste de décider d'utiliser 18 % de biocarburants pour ses Beluga. Il n'en reste pas moins que les biocarburants ne représentent qu'à peine 0,1 % des carburants utilisés par le transport aérien avec un frein économique bien réel : les biocarburants restent quatre à cinq fois plus chers que le kérosène. "Une meilleure disponibilité des produits avec le développement de filières de production et d'approvisionnement devraient contribuer à faire baisser les prix", souligne pour sa part Marc Hamy, vice-président d'Airbus en charge de l'environnement. L’AMI devrait aussi permettre d’identifier de nouveaux partenaires.

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