Trois ans de retard mais enfin sur le pas de tir. La fusée de Blue Origin – société de Jeff Bezos, le fondateur milliardaire d’Amazon – est prête à décoller depuis Cap Canaveral en Floride. Après un report de deux jours dû à la météo, le lanceur New Glenn (en hommage à John Glenn, premier astronaute américain en orbite) bénéficiera d’une fenêtre de tir confortable de trois heures qui s'ouvrira le 12 janvier prochain à 1h00 heure locale (7h00, heure de Paris).
À son bord, la fusée de 98 mètres de haut embarque un prototype du Pathfinder, une plateforme spatiale également faite-maison. Cette dernière doit être capable à terme de naviguer d’une orbite à l’autre afin d’apporter des services de différentes natures (cargo, ravitaillement, communications…). La mission NG-1 prévue pour durer six heures doit permettre de tester les éléments critiques du lanceur et les communications avec l’infrastructure sol. Le feu vert pour ce vol de certification a été obtenu après un essai réussi le 27 décembre 2024 qui a mis en œuvre l’ensemble du lanceur.
Apprendre rapidement quitte à échouer
À travers ce vol, Blue Origin vise un exploit que même SpaceX n’avait pas même imaginé : récupérer dès le premier essai le premier étage du lanceur sur une barge située au large dans l’Atlantique, à environ 1000 kilomètres des côtes. «C'est notre premier vol et nous nous y sommes préparés rigoureusement, a déclaré Jarrett Jones, senior vice-président pour New Glenn dans un communiqué diffusé le 6 janvier. L’objectif est de tester le plus rapidement possible pour apprendre du terrain. «Quel que soit le nombre d’essais au sol ou de simulations, rien ne remplace un vol réel. Il est temps de voler. Quoi qu’il arrive, nous apprendrons, ajusterons et appliquerons ces connaissances à notre prochain lancement».
Le modèle industriel intégré de Blue Origin ressemble plus à celui de Space X que d’ArianeGroup. D’une part, sa fusée est réutilisable grâce à ses moteurs BE-4 et BE-3U à poussée variable fabriqués en interne qui propulsent respectivement les premiers et les seconds étages du New Glenn. Le premier étage pourrait être réutilisé 25 fois au minimum.

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La société de Jeff Bezos mise sur la grande capacité de son lanceur pour se détacher de la concurrence. La coiffe haute d’environ 7 mètres de haut du New Glenn offrirait à ses clients un volume deux fois plus important que les autres lanceurs et des possibilités nouvelles d’agencement de leurs satellites, selon Blue Origin.
Les 7 moteurs BE-4 du premier étage et les 3 moteurs du second étage permettent de transporter jusqu’à 45 tonnes en orbite basse et 13 tonnes en orbite géostationnaire. À titre de comparaison, Ariane 6 et Falcon 9 ont une capacité d’emport d’une vingtaine de tonnes environ en orbite basse, soit moitié moins. Enfin, le lanceur de Blue Origin a été conçu dès l’origine pour le vol habité.
Un chemin encore long pour rattraper SpaceX
Toutefois, le chemin sera long pour rattraper Space X qui a plusieurs longueurs d’avance. Totalement rodée, Falcon 9 effectue quasiment deux vols par semaine avec une fiabilité impressionnante. Sa disponibilité lui a même permis de récupérer des lancements pour le compte de l’agence spatiale européenne (ESA) quand ses lanceurs (Ariane 6, Vega) n’étaient pas encore prêts ou cloués au sol pour des raisons techniques.
Le New Glenn n’est pas le seul à vouloir concurrencer la fusée d’Elon Musk. Après des années de crise, l’Europe spatiale a retrouvé l’an dernier son autonomie d’accès à l’espace. D’une part, Ariane 6 a effectué son vol inaugural en juillet dernier et doit effectuer son premier lancement commercial en février prochain. D’autre part, la fusée européenne de plus petite capacité, Vega C, a réussi son retour en vol en décembre dernier.
Encore dans les starting-blocks, Blue Origin a déjà du pain sur la planche… grâce à sa maison mère. En 2022, Amazon a commandé 27 lanceurs New Glenn (dont 15 en option) pour mettre en orbite une partie des plus de 3000 satellites de la constellation Kuiper qui concurrencera à terme celle de Starlink opérée par Space X. La société indique avoir d’autres clients à satisfaire : la NASA, AST SpaceMobile ainsi que plusieurs opérateurs de télécommunications par satellites. Parti en retard, nul doute que Jeff Bezos mise sur un remake spatial de la fable du lièvre et de la tortue. Blue Origine s’y prépare activement. La société compte déjà plusieurs fusées New Glenn en production.



