Coca-Cola révise à la baisse ses objectifs environnementaux

A son tour, le géant américain des boissons réduit ses ambitions concernant l’intégration de matériaux recyclés et les échéances fixées. Les ONG dénoncent « une masterclass de greenwashing ».

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Coca-Cola embouteillage
Coca-Cola "met à jour" ses ambitions globales de développement durable, avec une réduction des objectifs et le report de l'échéance à 2035.

Comme d’autres grands groupes de biens de consommation avant lui, Unilever, Colgate-Palmolive, PepsiCo…, et au moment où France nature environnement (FNE) attaque en justice l'entreprise pour « greenwashing », pour avoir utilisé des bouteilles en plastique à usage unique lors des JOP de Paris 2024, The Coca-Cola Company annonce une « mise à jour », autrement dit une révision à la baisse, de ses engagements globaux dans le domaine du développement durable. Tout en soulignant que ceux-ci sont « volontaires ». Après avoir repoussé son horizon à 2035, le groupe de boisson d’Atlanta (Etats-Unis) vise désormais, entre autres, un taux d’intégration de 40% de matières recyclées et un taux de collecte de 75% des bouteilles et canettes qu’il commercialise.

De 50% à 40% de matière recyclée

« Cette évolution s’appuie sur les enseignements tirés de décennies de travail sur le développement durable, l’évaluation régulière des progrès et les défis identifiés, explique-t-il dans un communiqué. La réalisation de ces ambitions nécessitera des investissements continus dans l’innovation et les infrastructures, une législation favorable et une collaboration plus poussée avec les partenaires embouteilleurs, les fournisseurs, les gouvernements locaux et la société civile. » Et d’affirmer que ses priorités restent les objectifs et actions destinés à améliorer la sécurité de l’eau dans les zones à risque, à réduire les déchets d’emballages et à diminuer les émissions de gaz à effet de serre, mais d’ici à 2035.

Concrètement, quand l’entreprise voulait atteindre 100% d’emballages primaires de produits de consommation d’ici à 2025, elle indique qu’elle atteint aujourd’hui « plus de 95%, en dehors des gobelets vendus en dehors de son contrôle ». Du côté de l’incorporation de matière recyclée, son objectif global est de 35 à 40% pour le plastique, le verre et l’aluminium, contre 50% d’ici à 2030 auparavant, et entre 30 et 35% pour le seul plastique, au niveau mondial. En 2023, Coca-Cola déclare être parvenu à 27% de matériaux recyclés dans ses emballages primaires, et à 17% pour le polyéthylène téréphtalate recyclé (rPET).

Des principes plus que des chiffres

Par ailleurs, le géant des boissons prévoit de collecter l’équivalent de 70 à 75% du nombre de bouteilles et canettes mises sur le marché chaque année. A l’origine, l’ambition portait sur la collecte et le recyclage d’une bouteille ou d’une canette pour chaque contenant vendu d’ici à 2030, après avoir atteint un taux de collecte de 62% pour le recyclage en 2023. Il justifie ce changement par le défi créé « par les différences de systèmes d’infrastructures, d’environnements réglementaires et de comportements des consommateurs à travers le monde ». Quant au réemploi, alors que Coca-Cola voulait vendre le quart de son volume mondial de boissons dans des bouteilles reremplissables ou consignées en verre ou en plastique – ou, alternativement, via des fontaines avec l'utilisation d'emballages réutilisables – d'ici à 2030, et en était à 14% l’an dernier, les chiffres ont laissé place à une intention générale : « La compagnie entend continuer à investir dans les emballages rechargeables là où l'infrastructure pertinente existe déjà, et prévoit de collaborer avec des partenaires, tant locaux qu'internationaux, pour explorer et améliorer les modèles de collecte, s'appuyer sur ses innovations en matière de conception, investir dans les infrastructures locales et communiquer avec les décideurs politiques. » Ce discours s’accompagne du rappel qu’« une action collective est nécessaire pour soutenir les infrastructures et les politiques de collecte des emballages ».

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Une trajectoire de 1,5 °C

Au chapitre de l’empreinte carbone, The Coca-Cola Company fait état d’une diminution de 8% des émissions de GES de portée 1, 2 et 3 en 2023, loin de l’objectif initial de réduction de 25% d'ici à 2030 par rapport à la référence de 2015. Dès lors, l’entreprise s’engage à réduire ses émissions des scopes 1, 2 et 3 « en fonction d’une trajectoire de 1,5 °C d’ici à 2035, par rapport à 2019 ». Mais cela ne concerne que ses opérations, y compris la fabrication de concentré et l’embouteillage chez les partenaires qui lui appartiennent. Les entreprises acquises récemment, telles que Fairlife et Innocent, sont exclues pour le moment, leur intégration dans cette trajectoire étant programmée « au fil du temps ».

Une « masterclass de greenwashing »

Enfin, le groupe américain prévoit de continuer à rendre compte chaque année de ses progrès en matière de développement durable, S’y ajouteront d’autres projets visant à « évaluer régulièrement ses actions, la dynamique du marché, les apprentissages supplémentaires et les besoins des parties prenantes afin de maintenir ses améliorations et ses priorités commerciales en phase avec ses objectifs 2035 ». « Nous savons que notre parcours sera long et que nous ne pourrons pas y parvenir seuls. Une collaboration continue, des investissements ciblés et des politiques bien adaptées sont essentiels pour contribuer à créer une valeur partagée pour tous », conclut Bea Perez, vice-présidente exécutive et directrice des communications, du développement durable et des partenariats stratégiques chez The Coca-Cola Company. Insuffisant pour convaincre les organisations non gouvernementales (ONG) qui, à l'instar de Break free from plastic, dénoncent « une masterclass de greenwashing » !

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