La taille de son stand, ou plutôt de la table haute faisant office de modeste présentoir, est inversement proportionnelle à la place qu’elle pourrait prendre dans l’industrie européenne de défense ces prochaines années. Car la start-up française Alta Ares, présente au 55e salon de l’aéronautique et de l’espace, est promise à une trajectoire fulgurante dans le pourtant très fermé monde militaire. La jeune pousse, créée en janvier 2024 et basée à Paris, a investi un terrain stratégique : l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) pour détecter, via des images de drones, tout ce qui se trouve sur un champ de bataille.
Dans la lignée de l’américain Anduril et de l’allemand Helsing, Alta Ares cherche ainsi à secouer le milieu de la défense, longtemps caractérisé par des temps longs de développement de produits et un certain retard à l’allumage en matière d’IA. «Thales a très vite entendu parler de nous, sourit Hadrien Canter, fondateur d’Alta Ares. Le groupe a déjà implémenté notre solution dans son système de commandement et de contrôle, appelé C2, conçu pour les unités d'artillerie.» Un intérêt que l'on confirme chez Thales, même s'il ne s'agit à ce stade que d'une expérimentation.
Une solide connaissance du terrain
Le jeune dirigeant de 28 ans assure aussi qu’une quarantaine de dronistes, dont le français Parrot, exploitent son système en Ukraine. Soit des centaines de drones qui opèrent sur le front ukrainien munis de la technologie de la start-up. L’armée française procède aussi à des expérimentations pour tester sa solution, avance également Hadrien Canter. Pas de doute, Alta (pour hauteur) Ares (le dieu de la guerre) veut tirer vers le haut l’industrie de défense. Et peut compter sur les conseils avisés du général Corentin Lancrenon, par ailleurs directeur de la sécurité de la Société Générale.
Le secret d’Alta Ares ? Certes, il y a le développement d’algorithmes, et des composants fournis par l’américain Nvidia pour les faire mouliner, en particulier des cartes graphiques, via le programme Inception qui offre un accès privilégié aux technologies du groupe pour les start-up. Hadrien Canter a en outre fait appel à des talents multiples, dont un ancien cadre d’IBM. Mais surtout, le dirigeant – juriste de formation – et son équipe se basent sur une vraie connaissance du terrain. Il effectue des allers-retours réguliers entre la France et l'Ukraine. «J'étais en lycée ukrainien en 2011, mes parents ayant eu l’idée de m'emmener faire un stage à l'ambassade de France à Kiev, raconte le jeune patron en tenue décontractée, précisant qu’il parle russe et ukrainien. Mes amis du lycée ont fait la révolution de Maïdan en 2014, puis une partie a été mobilisée en 2018 pour se rendre dans l’est de l’Ukraine.»

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En 2022, lors de l’invasion russe en Ukraine, c’est le déclic pour Hadrien Canter, qui n’avait jusqu’alors aucun lien avec le secteur de la défense. «Je faisais de l’humanitaire au début du conflit, et une nuit, alors que je n’arrivais pas à dormir, je vois un opérateur qui fait de la veille sectorielle, qui regarde 15 vidéos à la fois de retransmissions de drones», raconte le dirigeant. Il fait remarquer que l’on peut rater des informations importantes et que l’IA pourrait améliorer l’efficacité du procédé. Le jeune entrepreneur forme une première équipe resserrée de 5 personnes. Ils sont aujourd’hui 17. Avec pour leitmotiv une proximité avec les forces armées, françaises et ukrainiennes à ce stade.
Une envie de secouer le secteur
Très vite, la pépite met au point deux solutions distinctes. D’abord Gamma, une plateforme agnostique qui analyse en temps réel les images captées par les drones. Sans nécessité de connectivité, elle peut être embarquée au sein d’une tablette, directement à bord d’un drone ou au niveau d’un poste de contrôle qui agrège les flux vidéo. L’utilisation peut concerner des missions dite DRI (Détection, Reconnaissance et Notification), autrement dit la distinction précise de tout ce qui se trouve sur un théâtre d’opération, ou bien des missions d’interception de drones. La start-up a en outre mis en place l’outil Ulixes, également à base d’IA. Il s’agit d’une plateforme de machine learning qui permet aux clients d’entraîner leurs propres données pour améliorer l’efficacité de la solution.
Preuve de l’intérêt qu’Alta Ares a déjà suscité, la start-up a remporté en début d’année l’Innovation Challenge 2025 de l’OTAN. De quoi lui ouvrir le champ des possibles. Début mai, elle a annoncé une levée de fonds de 2 millions d’euros, menée par le fonds d’investissement Expansion, et une brochette d’investisseurs tels que Starburst Ventures, Durandal Capital, Apeiron, Better Angle et Kima. Et le jeune patron espère en outre fédérer tout un écosystème apte à bousculer les codes du secteur. «Nous profitons du Bourget pour lancer le club IA de défense, lance non sans plaisir Hadrien Canter. L’idée est de réunir tous les acteurs concernés par cette thématique, telles que les forces armées, les acteurs agiles et tous les acteurs non traditionnels.» La pépite tricolore compte bien peser dans le paysage de la défense française et européenne.



