Pour l’industrie nucléaire, le drone va-t-il passer de la menace à l’opportunité ? C’est l’ambition d’Azur Drones qui a annoncé, jeudi 4 février, une expérimentation en cours sur le site d’Orano à la Hague (Manche). Depuis le mois de janvier, l’entreprise basée à Merignac (Gironde) teste un drone autonome pour assurer la surveillance de ce site de 300 hectares dédié au traitement des combustibles nucléaires usés. Une première.
Alors que des survols de sites nucléaires par des drones s’étaient multipliés au mitan des années 2010, Azur Drones cherche à démontrer la pertinence de ces engins pour assurer la sécurité des implantations industrielles sensibles. "L’expérimentation de notre drone sur un tel site en France démontre que notre solution est arrivée à maturité, soutien Hugues d’Alès, directeur général adjoint d’Azur Drones. La crise sanitaire provoque d’ailleurs une appétence pour notre offre de la part de nombreux industriels."
Le drone en renfort
Le système Skeyetech a en effet peu à voir avec les premières utilisations des drones sur sites industriels, apparues début 2010. Le drone est hébergé dans une station d’accueil d’où il s’envole pour assurer ses missions. Pas de télépilote en vue : l’engin effectue des trajectoires prédéfinies, l’opérateur n’ayant qu’à scruter les images captées pour s’assurer qu’aucun événement anormal ne se déroule. "Notre solution ne nécessite pas de formation de télépilotage et offre des gains de temps considérable pour assurer les rondes", argue Hugues d’Alès.
Le drone autonome vient en renfort des équipes dédiées à la sécurité du site. Il fournit de jour comme de nuit des renseignements qui complètent la seule surveillance humaine, via ses capteurs optiques et thermiques. Un premier bilan de cette expérimentation devrait être effectué d’ici la fin de cette année. Les dirigeants d’Azur Drones ont bon espoir que Skeyetech aura donné satisfaction et qu’Orano cherchera à en faire un usage plus étendu encore.
Virage dans la sécurité
Avec Skeyetech, Azur Drones n’en est pas à son coup d’essai. Loin s’en faut. Le droniste français de 55 salariés a déployé sa solution sur une quinzaine de sites, dont le port de Dunkerque et des implantations de grands industriels de l’énergie comme RTE et Engie. "Au total, elle est utilisée par environ 150 opérateurs et cumule 10 000 heures de vols autonomes", glisse Hugues d’Alès. Azur Drones a reçu en 2019 l’agrément de la part de la Direction générale de l'Aviation civile (DGAC) pour déployer son drone sur des sites sensibles.
L’annonce tombe à pic pour Azur Drones qui, comme les autres dronistes français, n'a pas connu ces dernières années le rythme de croissance espéré. Le marché des drones de loisirs ayant été peu à peu phagocyté par les entreprises asiatiques, les acteurs français ont jeté leur dévolu sur les usages professionnels et en particulier touchant à la surveillance et à la sécurité. Un marché refuge dans le lequel ils peuvent espérer apporter leur valeur ajoutée. Azur Drones a assuré un recentrage sur la sécurité avec le rachat de Skeyetch en 2017 et a abandonné dans la foulée la surveillance maritime.
Cap vers l'IA et l'international
L’expérimentation avec Orano va servir de vitrine à Azur Drones. "Nous sommes 100% français", tient à souligner Hugues d’Alès. Des propos qui font écho à ceux d’Henri Seydoux, le patron de Parrot, pointant récemment du doigt les risques d’espionnage liés à l’utilisation des drones du chinois DJI. La solution d’Azur Drones est bien « made in France » : outre le site d’assemblage de Mérignac, l’entreprise possède un pôle d’ingénierie à Nantes (Loire-Atlantique) ainsi qu’un bureau commercial à Paris. Ce qui n’empêche pas le droniste d’avoir des visées à l’international et au Moyen-Orient en particulier, comme en témoigne son implantation à Dubaï.
Prochaine étape pour Skeyetech ? Offrir la possibilité d’une automatisation de la reconnaissance de situation anormale. Ce qui permettrait d’alerter directement les opérateurs. Une possibilité qui reposera pour partie sur l’utilisation de l’intelligence artificielle. Autre piste que pourrait vouloir explorer Azur Drones : la reconnaissance faciale, dans les pays où cette fonction serait autorisée. Azur Drones va d’ailleurs s’atteler dans les prochaines années à multiplier les contrats à l’international.



