Tribune

[Avis d'expert] Du linéaire au circulaire, l’industrie doit changer de modèle

2021 sera placée sous le signe de la relance de l’économie et du rebond pour l’industrie. Cette année sera aussi le moment de préparer l’après : les choix que nous ferons peuvent inverser la tendance dans les cinq ans et faire émerger l’économie des 100 prochaines années. Pour Grégory Richa, associé au sein du cabinet OPEO et co-auteur avec l’INEC d’une étude sur l’industrie circulaire à paraître en mars 2021, le temps est venu pour l'industrie de rebattre les cartes et de régénérer ses modèles.

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Grégory Richa est le co-auteur d'une étude sur l'économie circulaire à paraître en mars 2021.

Au cours des dernières années, nombre d’entreprises ont réalisé des vagues d’optimisation pour tendre vers des pratiques plus sobres et vertes. Nécessaires, elles se sont souvent limitées au cœur d’usine. Or nos modes d’exploitation des ressources naturelles et l’usage des produits fabriqués représentent jusqu’à 90 % des empreintes environnementales industrielles. 

Comment continuer à créer de la valeur dans un monde de ressources finies ? Par une transformation, du linéaire au circulaire, de l’ensemble des étapes de nos chaînes de valeur, en sortant du cœur d’usine. Pour cela, un seul chemin : changer les business modèles. En s’engageant dans des business modèles circulaires by design, l’industrie pourrait jusqu’à doubler le potentiel de valeur des produits fabriqués. Axés sur le renouvellement des ressources, l’usage client, la durabilité et le réemploi des produits et des matériaux, ces business modèles sont conçus pour intégrer les enjeux de rareté des ressources, de fragilité de la biodiversité et de bouleversement du climat.

Source d’innovation, la circularité est un vrai levier de création de nouvelles formes de valeur pour les entreprises, quelle que soit leur taille. Certaines l’ont déjà compris ou commencent à réorienter leurs modèles. Voici donc Michelin, qui après s’être lancé dans l’économie de l’usage projette 30 % de son chiffre d’affaires en 2030 sur des modèles économiques liés à la mobilité durable. Citons également SEB qui est désormais capable de réparer ses produits électroménagers pendant 10 ans en s’appuyant sur un réseau de réparateurs représentant 12 000 à 15 000 emplois. CEV à Privas qui a réussi à sauver plus de 150 emplois avec l’adoption d’un nouveau business modèle et la transformation de son outil industriel en une usine de réparation d’onduleurs et de cartes électroniques. Ou encore l’entreprise Valrhona, qui s’engage dans l’agroforesterie, un modèle de culture du cacao qui vise à restaurer les sols et à assurer des revenus durables aux agriculteurs. 

Pour exécuter leurs business modèles, les industriels devront repenser le design de leurs produits et adapter leurs modèles industriels autour de produits devenus plateformes d’usage.

À la clé de cette transformation, une économie multilocale soutenue par un boom de nouvelles compétences, continuité des datas et un 4.0 circulaire. Et une industrie collaborative, créatrice d’emplois durables, moins dépendante et moins gourmande en énergie.

L’obsolescence de l’industrie linéaire était programmée. Place au changement de modèle !

L’ère de l’engagement à tous les niveaux

Ce mouvement ira de pair avec une vision actualisée de la mission et de l’impact de l’entreprise. Certaines entreprises industrielles ont ouvert le bal en 2020, en devenant entreprises à mission et en inscrivant dans leurs statuts des objectifs sociaux et environnementaux. 

Sans engagements sincères du top management sur ces enjeux, les entreprises peineront à attirer les diplômé•es de la Génération Climat. 

S’il ne vient pas d’en haut le changement viendra d’en bas

Renouvelée, engagée, positive : voici le visage de l’industrie. Non pas celle de "demain", car nous n’avons plus le temps. Mais bien celle que nous devons faire advenir aujourd’hui. Pour une transformation réussie sur les 5 prochaines années, cette nouvelle feuille de route nous concerne tous et toutes, à chaque niveau de l’entreprise. Maintenant. On y va ?

Grégory Richa, associé au sein du cabinet OPEO

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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