Avion vert, SCAF, taxis volants, jobs à pourvoir… Ce qu'il faut savoir sur le salon du Bourget 2023

Après quatre ans d’absence pour cause de pandémie, le salon international de l’aéronautique et de l’espace Bourget marque son grand retour au Bourget. De la décarbonation aux nouvelles mobilités aériennes, en passant par les grands programmes de défense, aperçu de ce que réserve cette 54e édition organisée du 19 au 25 juin.

Bourget
Après quatre ans d'absence, le salon aéronautique du Bourget fait son grand retour.

Les acteurs de l’aéronautique sont bien décidés à célébrer leur secteur, malgré les turbulences rencontrées ces dernières années. Alors que la pandémie avait contraint à annuler l’événement en 2021, la 54e édition du salon international de l’aéronautique et de l’espace (SIAE) se tiendra cette année du 19 au 25 juin au Bourget, au nord de Paris. «Il est, et reste, le rendez-vous incontournable des passionnés d’aéronautique, des avions aux fusées», s’est enthousiasmé Guillaume Faury, président exécutif d’Airbus et président du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas), organisateur du salon, à l’occasion de la conférence de presse de lancement de la grand-messe, mercredi 7 juin.

A quelques jours de l’événement – totalisant 125 000m² de surfaces d’exposition – les organisateurs l’assurent : le salon promet d’être un succès, à la fois populaire et professionnel. Pour preuve, il accueillera quelque 2500 exposants, un chiffre supérieur à celui de 2019, dont 300 start-up. Le public aussi est attendu en masse, avec près de 320 000 visiteurs estimés. Un chiffre équivalent à celui de 2019, malgré la critique sociétale dont le secteur fait l’objet depuis quelques années. «Outre le président de la République, une dizaine de ministres français et une vingtaine de ministres étrangers vont se rendre au salon», indique Gilles Fournier, le directeur général du SIAE.

Près de 160 avions et hélicoptères

Impossible de prédire si ce salon sera l’occasion d’un match de haute volée entre Airbus et Boeing en termes de commandes, indicateur traditionnel de la bonne tenue du salon du Bourget pour les professionnels. Turkish Airlines profitera-t-il du Bourget pour finaliser sa commande de 600 appareils, qui devrait régaler tant Airbus que Boeing ? La compagnie aérienne fait durer le suspense depuis plusieurs semaines. Quant à la compagnie low cost IndiGo, elle serait sur le point de passer commandes pour 500 Airbus : l’annonce sera-t-elle effectuée pendant le Bourget ? Comme de coutume, CFM International, société commune entre Safran et General Electric, raflera la mise puisque fournisseurs de tous les Boeing 737 MAX et des deux tiers des A320neo.

Le salon sera dans tous les cas l’occasion d’observer quelque 160 appareils, entre avions commerciaux, jets d’affaires et avions de chasse. Mais aussi d’apercevoir quelques oiseaux rares. Si le Rafale de Dassault sera bien sûr de la fête, l’avionneur présentera également son tout nouveau Falcon 6X. Airbus, qui fera parader ses appareils civils et militaires, assurera le spectacle avec l’A321XLR, qui devrait entrer en service en 2024. Autre avion à ne pas rater : le F35 de Lockheed Martin qui effectuera sa deuxième apparition sur le salon. Mais évidemment pas d'avions russes, en pleine guerre en Ukraine. Alors qu’il faudra attendre encore un peu avant de voir le C919 du chinois Comac, l’aéronef à décollage vertical de l’allemand Volocopter sera quant à lui de la partie avant sa pré exploitation commerciale lors des JO de Paris en 2024.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Un peu de SAF dans les moteurs

Au-delà du show aérien, qu’attendre de cette nouvelle édition ? Elle sera marquée par le thème de la décarbonation de l’aviation. Les grands industriels iront tous de leurs annonces pour évoquer leurs solutions dans ce domaine, liées entres autres à l’utilisation de carburants alternatifs et aux nouvelles architectures d’équipements. Il n’est pas à exclure qu’Airbus évoque au passage un nouveau partenariat inattendu, comme cela a été le cas à l’automne dernier avec Renault et le CERN. Le gouvernement pourrait aussi sortir du bois et effectuer des annonces visant à soutenir la transition énergétique du secteur, au coût exorbitant.

Le salon sera d’ailleurs l’occasion d’une première utilisation massive de carburants aériens durables (CAD, ou SAF en anglais). La plupart des avions commerciaux assureront leurs démonstrations avec un certain pourcentage de SAF dans les réservoirs, soulignent les organisateurs. Il faut dire que l’aéroport du Bourget en propose depuis fin 2021, avec pour fournisseurs TotalEnergies et Neste. «La demande est tellement forte pour le salon, que cela va poser des problèmes en matière d’approvisionnement», a glissé Guillaume Faury.

Un lieu concentrera nombre d’innovations en matière de décarbonation : le Paris Air Lab. Sur 1000 m², seront mises en avant quatre thématiques clés, de l’avion aux nouvelles énergies, en passant par les usines de demain et la gestion du trafic aérien. Quant aux nouvelles mobilités aériennes, applications directes de la transition énergétique du secteur, elles seront visibles au sein du Paris Air Mobility via plusieurs spécimens d’aéronefs à décollage et atterrissage vertical. Parmi les petits engins décarbonés à ne pas rater : l’EcoPulse d’Airbus, Safran, et Daher, l’Integral version électrique d’Aura Aero, le Cassio de VoltAero et les taxis volants d’Ascendance Flight Technologies, d’Ehang et de Lilium.

Les Américains arrivent en force

Quid de la défense pour cette nouvelle édition du salon du Bourget? Les organisateurs n’ont pas noté un effet lié à la guerre en Ukraine quant au nombre d’exposants issus de l’industrie d’armement. « Le Bourget, c’est habituellement 70% d’aéronautique civile et d’affaires et 30% d’aéronautique de défense, a constaté Gilles Fournier. On est à peu près toujours dans ces proportions. » Le salon devrait toutefois donner lieu en coulisses à d’intenses échanges dans le domaine militaire. Plus de 200 délégations de défense seront présentes (soit le double du nombre de délégations civiles), à l’invitation du ministère français des Armées et de la DGA (Direction générale de l’armement), « avec un certain nombre de ministres et de chefs d’états-majors de très haut niveau », selon les organisateurs.

Encore une fois, les Américains feront une véritable démonstration de force, avec au total plus de 400 sociétés représentées, tous domaines confondus, civil et militaire. « Les Américains montrent un peu plus leur muscles que d’habitude mais ils ont toujours eu beaucoup d’avions militaires», a souligné Gilles Fournier. La Turquie a de fortes chances de se faire remarquer pour cette édition. « Le pays assure une arrivée massive au Bourget qui va de pair avec la croissance de son industrie aéronautique », a précisé Gilles Fournier.

Découverte des jobs de l'aéro

Côté européen, le programme de système de combat aérien du futur (SCAF) sera bien évidemment à l’honneur. Airbus Defence and Space devrait souligner sa contribution au programme avec l’exposition de maquettes sur l’un de ses chalets. Dassault Aviation, l'un des chefs de file du programme avec l'avionneur européen et l'espagnol Indra, veut quant à lui conserver l’effet de surprise et ne précise pas encore ce qu’il présentera dans ce domaine. Signe des tensions entre les deux industriels, ils pourraient présenter le programme chacun de leur côté.

Dernier thème central de cette nouvelle édition : l’emploi. L’événement sera plus que jamais l’occasion pour le secteur de faire connaitre ses besoins de recrutements alors que la pénurie de main d’œuvre se fait durement ressentir. En 2023, la filière compte recruter 25 000 personnes. «Ces emplois sont ouverts à tous et toutes, a appuyé Philippe Dujaric, directeur des Affaires sociales et de la Formation du GIFAS, signifiant la nécessité de féminiser le secteur. Pour séduire les jeunes, le salon rouvre son désormais traditionnel Avion des métiers. Seize métiers seront représentés, de la conception à la maintenance, en passant par la production. Une quarantaine d’acteurs de la formation seront représentés.

Un conseil pour se rendre au salon du Bourget cette année : laisser votre voiture chez vous. Entre les aménagements pour les Jeux Olympiques de 2024, amputant nombre de places de parking, et les travaux du Grand Paris Express, l’accès par la route risque de relever de l’odyssée. En attendant que des taxis volants ne viennent cueillir les visiteurs depuis le centre de Paris, les organisateurs conseillent d’utiliser le plus spartiate mais robuste RER B.

Olivier James et Hassan Meddah

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.