Un puzzle, ce sont des centaines de pièces qu’il faut assembler les unes aux autres. Mais c’est aussi, et surtout, un emballage qui permet de conserver ces pièces. Autrement dit, de ne pas les perdre. Parce qu'un petit bout de carton coloré égaré, et c’est un long travail de patience qui est gâché.
Installé à Forbach, au cœur de la Moselle, Alizé Group est un des derniers fabricants de puzzles en France. L’entreprise possède quatre marques en propre et sous-traite pour d’autres. « Ici, l’ensemble du processus de fabrication est réalisé sur place : impression, création des pièces, fabrication des boîtes et assemblage final », explique fièrement Yves Mayer, directeur de production. L’année dernière, l'entreprise a produit environ 460 000 puzzles, soit l’équivalent de 42 terrains de football en surface de jeu. Un volume que l’entreprise ambitionne de doubler cette année, avec un objectif de 800 000 unités. Pour y parvenir, elle a investi dans deux nouvelles imprimantes et une presse supplémentaire. Par ailleurs, les effectifs sont passés de neuf à vingt collaborateurs en deux ans.
Des pièces aux boîtes
Tout commence par une image. Pour cette étape, le groupe possède trois imprimantes. « Nous avons choisi des machines numériques, indique Yves Mayer, car elles permettent d’imprimer à l’unité, contrairement à l’offset qui privilégie les volumes ». Une fois imprimé, le poster est encollé sur un carton bleu, rigide – le carton favori des amateurs de puzzle – à l’aide d’une contrecolleuse. La feuille ainsi fixée sèche pendant 24 heures avant d’être découpée par une presse, de la marque espagnole Cauhé. Le puzzle prend vie en à peine plus de deux ou trois secondes.
Le jeu de patience sort de la presse comme s’il venait d’être terminé. Avant d’être mise en boîte, la plaque est passée dans une ensacheuse qui, d’abord, casse et mélange les pièces, avant de les sceller dans un sachet en plastique. Un contrôle visuel est effectué par les opérateurs afin d’éviter les pièces manquantes, « bien que, dans 90 % des cas, elles soient en réalité perdues par les clients », confie, mi-sérieux, mi-amusé, le directeur de la production. Un contrôle numérique ne serait-il pas plus efficace ? Selon lui, non, car le carton est très sensible à l’humidité, ce qui peut faire varier le poids des pièces, « et une vérification effectuée par des caméras, par exemple, ou un laser, pourrait être perturbée par ces variations et indiquerait de manière trompeuse des pièces manquantes ou supplémentaires ».

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La spécificité du groupe est qu’il produit également les boîtes contenant les puzzles. Il s'agit du même parcours que pour les planches : impression des images du couvercle et du fond, encollage sur un carton, différent de celui utilisé pour le puzzle, pressage et séchage. Puis, le carton est prédécoupé dans une machine qui rabat les quatre côtés et forme ainsi les couvercles et les fonds. Les boîtes sont produites selon deux principaux formats : un petit format, utilisé pour les 500 et 1000 pièces, et un grand format pour les 2000 pièces et plus. Le conditionnement final consiste à vérifier les sachets de pièces avant de les insérer dans la boîte. Le couvercle est alors placé sur le fond et l’ensemble est passé sous un film plastique rétractable. Ce processus complet, de l’impression à l’ensachage final, peut être réalisé en seulement 20 à 30 minutes.
Des emballages optimisés
Alors que certains concurrents ont opté pour de simples gommettes à la place du film plastique enveloppant la boîte, Alizé Group maintient ce dernier. « En grande distribution, un produit conditionné de cette façon est mieux protégé. Certes, les gommettes utilisent moins de matière, mais une boîte ouverte ou abîmée sera souvent délaissée par le consommateur, ce qui augmente le risque de déchets », justifie Richard Bédrossian, directeur administratif et financier d'Alizé Group. Mais il est cependant réaliste : « Nous savons que nous devrons bientôt répondre à une demande croissante de suppression du film plastique. Nous nous y préparons et nous cherchons une solution qui protège le produit et rassure le consommateur. » Pour les sachets contenant les pièces, des options compostables sont à l’étude. En papier ? « Cela aurait l’avantage d’être recyclable, mais il ne permet pas de voir le contenu avant le conditionnement, ce qui complique le contrôle qualité ».
Alizé Group s’engage aussi à limiter son impact environnemental sur l’ensemble de sa chaîne de production. « Tous les matériaux utilisés sont au minimum recyclables », insiste Yves Mayer. Le carton est certifié FSC, celui utilisé pour les boîtes est fourni par l’entreprise française Oudin. En revanche, le carton bleu, d’un grammage de 150 à 170 grammes, est importé des Pays-Bas, faute de production équivalente en France. Le papier sur lequel sont imprimées les images provient de Suède. Quant à la colle, elle est biologique et ses résidus, collectés après chaque nettoyage de la machine encolleuse, sont récupérés et traités par un prestataire, de même que les déchets de papier et de carton.

Réduire l'impact environnemental des emballages passe aussi par le transport et le stockage. En effet, transporter de l’air est mauvais pour la planète…, mais aussi pour les finances. L’un des chevaux de bataille de Richard Bédrossian est donc d’éviter « d’envoyer des boîtes surdimensionnées et des cartons d’expédition trop grands ». Pour cela, l’entreprise a revu la conception des boîtes contenant les puzzles afin de limiter l’espace inutilisé. « En réduisant leur taille de 25%, nous économisons de la matière première tout en optimisant leur rangement et leur transport. »
Mais l’enjeu ne s’arrête pas là. Une fois produites, ces boîtes sont regroupées dans des cartons d’expédition pour être acheminées chez les distributeurs. Afin d’éviter tout gaspillage d’espace, l’entreprise utilise neuf formats de cartons différents. « Cela nous permet d’adapter au mieux l’emballage aux volumes réels, d’éviter d’expédier du vide et de limiter les mouvements des boîtes à l’intérieur, ce qui réduit le risque de détérioration », précise Richard Bédrossian.
À la fin des fins, s’il vous manque toujours une pièce, le groupe a aussi créé un service après-vente à cet effet. La première question posée est souvent : « Avez-vous un chat ? » Le deuxième suspect, c’est l’aspirateur. Malgré ces petits aléas, une chose est sûre : chez Alizé Group, la pièce essentielle du puzzle, c’est l’innovation.



