L’annonce était attendue. A l'occasion du salon AeroIndia à Bangalore, la compagnie aérienne locale Air India a confirmé, mardi 14 février, avoir signé une lettre d’intention en vue d’acquérir 250 avions auprès d’Airbus. Dans le détail, il s’agit de 140 A320neo, 70 A321neo, de 34 A350-1000 et de 6 A 350-900. Il s’agit pour l’heure d’une intention d’achat. Engagée depuis deux ans, l’opération comprendrait aussi un «nombre significatif d’options» pour des appareils supplémentaires.
Le montant de la transaction n’est pas divulgué, mais si l’on se fie au prix catalogue des modèles convoités, l’opération représente potentiellement quelque 35 milliards d’euros pour le groupe aéronautique européen. Un chiffre à prendre avec des pincettes en raison des rabais accordés, d’autant plus importants que la commande est conséquente. Airbus peut en outre se féliciter du premier achat par une compagnie aérienne indienne de son dernier-né, l’A350.
Air India en plein redressement
Dans un communiqué, l’Elysée s’est félicité de cette opération, suivie à distance par le Premier ministre indien Narendra Modi et le président français Emmanuel Macron. «Ce contrat, concernant la livraison de 250 appareils, marque une nouvelle étape dans le partenariat stratégique qui lie» la France et l’Inde. «Ce contrat fait également une nouvelle fois la preuve de la reconnaissance dans le monde de l’excellence de l’industrie française en matière d’aéronautique, et apportera d’importantes retombées économiques», est-il encore écrit. Il faut dire qu'un autre acteur français bénéficie de cette commande géante: le motoriste Safran, via la co entreprise CFM International qu'il partage avec l'américain General Electric. Le groupe va en effet devoir livrer pas moins de 800 moteurs Leap, comprenant 420 Leap-1A (pour Airbus) et 380 Leap-1B (pour Boeing).
Air India ne s'est pas arrêté en si bon chemin puisqu’une commande équivalente en volume a également été passée auprès du concurrent états-unien Boeing. La compagnie aérienne a l'intention d'acheter 190 B737 MAX, 20 B787 et 10 B777X, soit 220 avions. Une commande assortie d'options portant sur 50 appareils supplémentaires. Reprise en janvier 2022 par Tata Group, la compagnie aérienne a souffert de la concurrence des compagnies à bas coût. Sous l’impulsion de son nouveau propriétaire, elle s’est lancée dans un vaste chantier de modernisation de sa flotte, baptisé Vihann. L’entreprise n’avait pas passé commande d’avions neufs depuis plus d’une quinzaine d’années.

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L'Inde, un immense terrain de jeu
Air India tente de regagner le terrain perdu, en particulier face à IndiGo, la première compagnie aérienne indienne en nombre de passagers transportés. Quand la première possède 9% de parts de marché (et un peu plus de 9% pour Vistara, deuxième compagnie du pays), la seconde en affiche à elle seule 56%, d’après l'aviation civile indienne (DGCA). Air India ne cache pas son ambition d’atteindre 30% de parts de marché d’ici à cinq ans.
La société, qui a fusionné avec Vistara en 2022, bénéficie notamment d’un marché intérieur dynamique. Le trafic devrait doubler dans les vingt prochaines années et faire de l’Inde le troisième marché domestique mondial, après la Chine et les États-Unis. Le pays, dont la population va dépasser celle de la Chine cette année, pourrait avoir besoin de plus de 2 210 avions dans les vingt prochaines années – 1 170 courts et moyen-courriers et 440 long-courriers – pour soutenir la demande des passagers, selon des estimations fournies par Airbus en mars 2022. Le trafic passager en Inde pourrait s’établir à 6,2% par an jusqu’en 2040, un niveau bien supérieur à la moyenne mondiale qui se situe à 3,9%.
Après le contrat, la nécessité de délivrer
Après avoir enregistré un trou d'air en raison de la pandémie de Covid-19, qui avait cloué au sol les avions à travers le monde, le travail aérien reprend du poil de la bête. Les données de l'organisme Eurocontrol montrent par exemple un trafic européen revenu à des niveaux légèrement inférieurs à ceux de la période d'avant-crise, en 2019. Un retour à la croissance qui impose d'accélérer encore plus les efforts de décarbonation dans l'aérien, sur fond de crise climatique.
Ce contrat démontre aussi l’appétit des compagnies aériennes, en particulier dans les pays en développement. La balle est désormais dans le camp des avionneurs. Sans compter cette opération avec Air India, qui doit encore se transformer en contrat ferme, le carnet de commandes d’Airbus affiche aujourd’hui plus de 7 200 appareils. Or, jamais l’avionneur n’avait été confronté à de telles tensions au niveau de sa chaîne d’approvisionnement. Alors que les compagnies aériennes aspirent à recevoir leurs appareils sans trop attendre, les industriels vont devoir mettre les bouchées doubles.
Olivier James avec Julie Thoin-Bousquié



