Le démantèlement de l’ex-fleuron de la métallurgie française Manoir Industries est synonyme de renouveau pour son ancienne filiale, Manoir Bouzonville, en Moselle. La forge lorraine, reprise en juillet 2021 par le stéphanois Setforge (groupe Farinia), annonce être à nouveau rentable, malgré l’explosion du coût de l'énergie. Le site implanté à Bouzonville (Moselle), à proximité de la frontière allemande, profite des investissements en cours dans les secteurs pétroliers et miniers, ses deux débouchés historiques. L’entreprise rebaptisée Setforge Bouzonville a plus que doublé son chiffre d’affaires sur son exercice 2022-2023. Elle a clôturé son premier exercice complet le 31 mars sur un chiffre d’affaires de 35 millions d’euros. La forge bénéficie également de changements organisationnels profonds, ainsi que de relations sociales plus apaisées avec ses 125 salariés. Ce retour à des jours meilleurs est mis à profit par le nouvel actionnaire pour engager un plan d’investissement de 12 millions d’euros sur cinq ans, en vue de moderniser et de décarboner sa production.
Le directeur-général de Setforge Bouzonville, Etienne Chambon, mesure le chemin parcouru. Cet ancien directeur des ventes avait quitté l’usine lorraine en 2018, avant de s’en voir confier les rênes en avril 2022 par Setforge. «Sous l’ère ManoirIndustries, la société était structurellement déficitaire, prise dans une spirale négative depuis les années 2000, entre sous-investissement chronique et climat social délétère», juge le dirigeant. Ce dernier ne jette pas pour autant la pierre au métallurgiste chinois Yantai Taihai, le repreneur de Manoir Industries en 2013, contraint de céder le groupe français en juin 2020 à son principal créancier, le fonds d’investissement hongkongais CAM SPC.
Réévaluation des prix de vente
L’histoire aurait pu tourner court pour la forge lorraine, important fournisseur des équipementiers pétroliers et gaziers, mais aussi des constructeurs d’engins de mines ou encore de moteurs de bateaux. Un incendie survenu le 29 août 2019 avait ravagé le centre névralgique de l’usine : l’atelier d’estampage doté d’une forge marteau-pilon capable de réaliser des pièces jusqu’à 1 200 kilos et d’une presse d’extrusion pour le forgeage de tubes et d’arbres jusqu’à 500 mm de diamètre. La reconstruction de cet atelier, moyennant un investissement de 30 millions d’euros, et son redémarrage n’ont pas amélioré la santé financière de Manoir Bouzonville, finalement placée en redressement judiciaire le 4 mars 2021 au même titre que cinq autres filiales de Manoir Industries.
Setforge, filiale du groupe français de transformation des métaux Farinia (1 300 personnes, 332 millions d’euros de chiffre d’affaires) bénéficie aujourd’hui de cet outil industriel refait à neuf sous l’ère Manoir Industries. En revanche, le nouvel propriétaire a dû s’atteler à un autre chantier, celui de rebâtir de A à Z les relations sociales, un dossier d’autant plus complexe que le plan de cession à Setforge ne prévoyait de conserver que 106 des 154 salariés. «La société perdait de l’argent, y compris en période de forte activité ; nous avons donc très rapidement intégré les modes de fonctionnement et bonnes pratiques de Setforge, largement réévalué les prix de vente et relancé le dialogue social via des échanges constructifs avec les représentants du personnel dans le cadre de négociations annuelles obligatoires ou encore de la mise en place d’un accord d’intéressement», détaille Etienne Chambon.
Embauche d’anciens salariés de Manoir Industries
Cette nouvelle dynamique s’accompagne de besoins en main-d’œuvre. Une vingtaine de personnes a été réembauchée en production depuis la reprise par Setforge, dont une moitié d’anciens salariés de la forge. Le site table sur une dizaine de recrutements supplémentaires dans les mois à venir. Les conditions semblent réunies pour que Setforge accélère à Bouzonville. Le nouvel actionnaire qui compte la banque publique Bpifrance à son capital, engage cette année le second étage de son projet industriel, celui de la modernisation et de la décarbonation des procédés. L’investissement de 12 millions d’euros mobilisé sur 2023-2028 va permettre le rachat des ateliers de 20 000 m² d’ici à fin 2023, mais aussi la mise en route début 2024 d’une nouvelle ligne de traitement thermique, plus performante et moins énergivore. Au global, ce plan d’investissement vise à abaisser les émissions de CO2 de 2000 tonnes par an, ainsi que les consommations de gaz et d’électricité de respectivement 40 et 20% sur cinq ans.
La forge lorraine mise enfin sur ses capacités à forger des pièces dans des nuances de métal plus complexes (aluminium, titane, alliages de nickel, etc.) et des opportunités sur le marché de l’armement, un positionnement qui lui était jusqu’alors impossible en raison de son actionnariat chinois.



