« Il n'y a jamais eu autant de monde – et de robots - à Humanoids ! », se félicite Serena Ivaldi. Pilote la 23e édition de cette conférence annuelle sur les robots humanoïdes, la directrice de recherche du centre Inria de l’Université de Lorraine compte déjà plus de 700 participants arrivés au centre Prouvé de Nancy en cette fin de matinée du 22 novembre, « contre 300 d’habitude », ajoute-t-elle.
Il faut dire que la conférence scientifique, du 22 au 24, a renforcé sa compétition interne de robots et que s’y sont ajoutés le début de la compétition européenne Eurobin, du 25 au 28, une ouverture au public et des ateliers pour tous les âges. « Tout s’est combiné pour rassembler un nombre inédit de robots humanoïdes, quadrupèdes, à roues, etc. » Une trentaine de stands présentent ainsi leurs créations de toutes tailles et formes.
Serena Ivaldi souligne la présence d’industriels qui, pointe-t-elle, « ont longtemps considéré les robots humanoïdes avec circonspection, n’y voyant que des prototypes trop coûteux. » Mais les progrès de la mécatronique et, surtout de l’intelligence artificielle, « qui va booster la robotique », ont changé la donne.
Explosion de start-up aux Etats-Unis et en Chine
« Depuis l’annonce de Tesla (du développement du robot humanoïde Optimus, à l’été 2021, ndlr), il y a eu une explosion de start-up aux Etats-Unis et en Chine », pointe Serena Ivaldi, ajoutant « qu’un intervenant va présenter demain 40 start-up chinoises ». La présence à Nancy de robots humanoïdes des Chinois Unitree et de Booster Robotics témoigne de cette mobilisation de la Chine.
Pas de trace, en revanche, des très médiatiques acteurs américains. Et pour cause : « Tesla, Figure ou encore Boston Dynamics n’ont jamais montré leurs robots à des scientifiques », tacle Serena Ivaldi. L’ouverture du salon au grand public est d’ailleurs pour la chercheuse une façon de « montrer la réalité derrière les vidéos marketing de ces acteurs ».
La Silicon Valley compte faire faire à la robotique un bond en avant similaire à celui réalisé par l’intelligence artificielle au cours de la dernière décennie avec le deep learning et désormais les grands modèles de fondation. Et cela précisément en mettant ces modèles au cœur du fonctionnement des robots.
Les modèles de fondation fantastiques pour donner des consignes aux robots
Cependant, pour Serena Ivaldi, « les modèles de fondation sont fantastiques pour donner des consignes en langage naturel aux robots, mais leur intérêt à plus bas niveau (pour le calcul et l’exécution de trajectoires par exemple, ndlr) reste à démontrer. D’autant plus que la consommation d’énergie de ces modèles est démesurée. »
Entre le robot compagnon promis par Tesla ou Figure, et le projet de Google Open X-Embodiment, qui vise à créer un grand modèle généraliste polyvalent et adapté à tout robot, l’écart entre les ambitions – ou les prétentions - de la Silicon Valley et celles de la recherche académique interpelle. Tout comme le gouffre existant en termes de moyens humains et de calcul.
La position de Serena Ivaldi sur l’Open X-Embodiment de Google - premier sponsor d'Humanoids 2024 ! - illustre cette divergence : « Pour ce projet, Google demande surtout que les laboratoires lui fournissent toutes leurs données, pour entraîner leurs grands modèles. Certes, Google dit qu’ensuite il nous donnera ces modèles, mais s’il faut des milliers de GPU (processeurs graphiques, ndlr) pour les faire tourner, à quoi cela nous servira-t-il ? »



