A Nancy, Humanoids 2024 fait le plein de robots mais les stars américaines brillent par leur absence

Affluence inédite, humains comme robots, à la 23e Conférence annuelle de la robotique humanoïde, qui s’est tenue à Nancy du 22 au 24 novembre. La recherche en robotique est dynamisée par les progrès de l’intelligence artificielle mais reste circonspecte face aux promesses de la Silicon Valley, dont les androïdes ne se montrent qu'en vidéo.

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L'Institut italien de technologie a doté son robot iCub de réacteurs pour le faire (bientôt) voler. Au second plan, le robot ErgoCub, conçu pour mieux interargir avec les humains.

« Il n'y a jamais eu autant de monde – et de robots - à Humanoids ! », se félicite Serena Ivaldi. Pilote la 23e édition de cette conférence annuelle sur les robots humanoïdes, la directrice de recherche du centre Inria de l’Université de Lorraine compte déjà plus de 700 participants arrivés au centre Prouvé de Nancy en cette fin de matinée du 22 novembre, « contre 300 d’habitude », ajoute-t-elle.

Il faut dire que la conférence scientifique, du 22 au 24, a renforcé sa compétition interne de robots et que s’y sont ajoutés le début de la compétition européenne Eurobin, du 25 au 28, une ouverture au public et des ateliers pour tous les âges. « Tout s’est combiné pour rassembler un nombre inédit de robots humanoïdes, quadrupèdes, à roues, etc. » Une trentaine de stands présentent ainsi leurs créations de toutes tailles et formes.

Serena Ivaldi souligne la présence d’industriels qui, pointe-t-elle, « ont longtemps considéré les robots humanoïdes avec circonspection, n’y voyant que des prototypes trop coûteux. » Mais les progrès de la mécatronique et, surtout de l’intelligence artificielle, « qui va booster la robotique », ont changé la donne.

Explosion de start-up aux Etats-Unis et en Chine

« Depuis l’annonce de Tesla (du développement du robot humanoïde Optimus, à l’été 2021, ndlr), il y a eu une explosion de start-up aux Etats-Unis et en Chine », pointe Serena Ivaldi, ajoutant « qu’un intervenant va présenter demain 40 start-up chinoises ». La présence à Nancy de robots humanoïdes des Chinois Unitree et de Booster Robotics témoigne de cette mobilisation de la Chine.

Pas de trace, en revanche, des très médiatiques acteurs américains. Et pour cause : « Tesla, Figure ou encore Boston Dynamics n’ont jamais montré leurs robots à des scientifiques », tacle Serena Ivaldi. L’ouverture du salon au grand public est d’ailleurs pour la chercheuse une façon de « montrer la réalité derrière les vidéos marketing de ces acteurs ».

La Silicon Valley compte faire faire à la robotique un bond en avant similaire à celui réalisé par l’intelligence artificielle au cours de la dernière décennie avec le deep learning et désormais les grands modèles de fondation. Et cela précisément en mettant ces modèles au cœur du fonctionnement des robots. 

Les modèles de fondation fantastiques pour donner des consignes aux robots

Cependant, pour Serena Ivaldi, « les modèles de fondation sont fantastiques pour donner des consignes en langage naturel aux robots, mais leur intérêt à plus bas niveau (pour le calcul et l’exécution de trajectoires par exemple, ndlr) reste à démontrer. D’autant plus que la consommation d’énergie de ces modèles est démesurée. »

Entre le robot compagnon promis par Tesla ou Figure, et le projet de Google Open X-Embodiment, qui vise à créer un grand modèle généraliste polyvalent et adapté à tout robot, l’écart entre les ambitions – ou les prétentions - de la Silicon Valley et celles de la recherche académique interpelle. Tout comme le gouffre existant en termes de moyens humains et de calcul.

La position de Serena Ivaldi sur l’Open X-Embodiment de Google - premier sponsor d'Humanoids 2024 ! - illustre cette divergence : « Pour ce projet, Google demande surtout que les laboratoires lui fournissent toutes leurs données, pour entraîner leurs grands modèles. Certes, Google dit qu’ensuite il nous donnera ces modèles, mais s’il faut des milliers de GPU (processeurs graphiques, ndlr) pour les faire tourner, à quoi cela nous servira-t-il ? »

Inria mise sur une approche open source et modulaire 

Venu en force avec le deuxième plus gros stand du salon, Inria a exposé une douzaine de projets menés par ses chercheurs, des neuroprothèses motrices à la déformation ciblée d’objets 3D en passant par des robots souples. Parmi eux, Justin Carpentier, responsable de l’équipe Willow, présentait un robot quadrupède d’Unitree capable de rester stable malgré des poussées et autres perturbations non modélisées. De quoi illustrer les avancées de l’équipe en matière de contrôle du mouvement. « Nous travaillons à la fois sur l’algorithmie et sur son implémentation logicielle dans le but d’être le plus efficace possible pour pouvoir embarquer le calcul dans le robot et le rendre ainsi réellement autonome ». Ce jeune chercheur a développé pendant sa thèse le moteur de calcul open source Pinocchio permettant de contrôler un mouvement en interaction avec l’environnement, comme la locomotion, très largement utilisé dans la recherche comme dans l’industrie. Ayant récemment reçu une bourse ERC Starting Grant, il ambitionne de « casser la simulation en la rendant différentiable (pour pouvoir calculer les gradients et donc converger plus rapidement vers un contrôle optimal, ndlr) ». Ce qui ne l’empêche pas d’être réaliste : « Nous n’avons pas les moyens de faire un framework (cadre ou ensemble logiciel, ndlr) complet comme un Google Deepmind, donc nous misons sur une approche modulaire open source. » A quelques mètres de lui, Hugo Talbot, chercheur coordinateur du consortium Sofa, et présentant un outil de simulation mécanique d’objets déformables aussi open source, renchérit : « Il y a un travail de collaboration en cours entre les équipes d’Inria pour brancher les différents outils et modèles entre eux. » 
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