C’est un nom qui devrait faire parler de lui. Présentée le 29 novembre à Grenoble (Isère), la start-up Siquance pourrait rapidement s’imposer dans le paysage du quantique français. Voire au-delà. C’est en tous cas l’ambition affichée par le CEA et le CNRS, dont elle est issue. A sa tête, nul autre que la désormais ex-responsable du programme quantique du CEA, Maud Vinet, épaulée par deux cofondateurs, le directeur marketing stratégique du CEA François Perruchot, et le chercheur Tristan Meunier, du renommé institut Néel du CNRS. Sa mission : porter sur le marché la technologie de qubits sur silicium développée conjointement par les deux organismes depuis quinze ans.
Cette approche, sur laquelle parient déjà Intel et la start-up française C12 Quantum Electronics, s’appuie sur les méthodes de fabrication de la microélectronique pour produire des puces de calcul quantique de la même manière que des processeurs conventionnels. Dit autrement, cela consiste à fabriquer des puces en gravant des qubits – au lieu de transistors – sur du silicium.
Chercher des profils différents
Encore peu mature, cette voie offrirait, d’après ses adeptes, la promesse d’un passage à l’échelle plus rapide que ses alternatives plus avancées, comme les qubits supraconducteurs et les atomes froids. «Le passage à l’échelle des qubits sur silicium sera facilité par soixante ans d’expertise industrielle dans la fabrication de semi-conducteurs», arguait auprès de L’Usine Nouvelle Pierre Desjardins, cofondateur de C12 Quantum Electronics, dans une enquête sur le sujet. Siquance fait le même pari.
«La particularité de l’approche du silicium est qu’elle permet de travailler simultanément sur l’amélioration des performances d’un qubit individuel et sur la préparation de son industrialisation à grande échelle», poursuivait l’entrepreneur. Alors que, du côté des qubits supraconducteurs et des atomes froids, les acteurs assemblent pas à pas des qubits individuels et doivent encore mettre sur pied un procédé de fabrication industrielle.
Recruter 20 salariés d'ici à la fin 2023
A la tête d’une «équipe multi-institutions» qui travaille dans le même laboratoire depuis six ans, la nouvelle PDG Maud Vinet ne cache pas ses ambitions. D'abord boucler une levée de fonds d’amorçage d’ici à la fin du premier trimestre 2023. Puis passer de trois cofondateurs à une vingtaine de salariés d’ici fin 2023. « Nous allons cibler des profils qui ne sont pas forcément au CEA ou au CNRS, pour aller chercher un vision d’ingénieur, notamment sur l’industrialisation », relate-t-elle.
Loin de rompre avec les institutions dont elle est issue, Siquance va largement s’appuyer sur le CEA et le CNRS, présentes à son capital et qui lui ont déjà fait bénéficier «de leurs expertises et capacités de R&D, de leurs propriétés intellectuelles, de leurs moyens technologiques», indique un communiqué.
Modèle fabless
Surtout, la mise en place de deux laboratoires communs va permettre à Siquance de poursuivre ses travaux de développement. « Les projets de recherche continuent et vont nous permettre de dérisquer notre approche », argue la PDG. Après être parvenue à faire fonctionner 16 qubits sur silicium, l’équipe de Siquance lorgne déjà l’industrialisation de son procédé.
Créée sur le modèle fabless (sans usine) cher à l’industrie du semi-conducteur, la start-up s’appuiera « sur les capacités de production existantes, particulièrement les usines de semi-conducteurs françaises et européennes » pour passer à l’échelle industrielle. «Nous allons développer nos relations dans l'écosystème de la micro-électronique, chercher les partenaires adéquats et mettre en oeuvre des collaborations pour aller le plus vite possible», vise Maud Vinet. Aller vite, pour tenter de s’imposer face aux plus grands dans la course mondiale au calcul quantique.



