Gagner une course, c’est parfois prendre un risque. Celle au calculateur quantique, dans laquelle se sont aussi alignés IBM, Google et nombre de start-up issues du monde académique, n’échappe pas à cette règle. Microsoft en a fait les frais. Devancée par les deux autres géants américains, l'entreprise a fait un pari stratégique fou : baser son ordinateur quantique sur une particule dont l’existence a été théorisée il y a plus de 80 ans mais jamais prouvée, les fermions de Majorana.
Deux publications dans Nature... et une rétractation
Ces particules, qui sont leurs propres antiparticules, pourraient servir à fabriquer des qubits dits topologiques, bien moins sensibles aux erreurs et à la décohérence que les qubits supraconducteurs plus classiques, adoptés par une majorité de compétiteurs. Microsoft croit à ce qui pourrait être un avantage concurrentiel non-nul. Le groupe finance des recherches, dont celle du physicien Hollandais Leo Kouwenhoven, qui affirme en 2012, dans la prestigieuse revue Nature, avoir observé la présence de signatures du fermion de Majorana. Sa publication le place sur la liste des prétendants au Nobel. En 2018, devenu salarié de Microsoft, il publie un autre article, encore dans Nature, présentant de nouvelles preuves de l’existence de la particule.
Cela signe-t-il la victoire de Microsoft? Nenni. En mars 2021, Leo Kouwenhoven, poussé par la communauté scientifique, se dédit. Des données contradictoires avaient été mises de côté, des graphiques recadrés… Une étude indépendante menée par l’université technologique de Delft (Pays-Bas) estime que les chercheurs étaient si enthousiastes à l’idée de leur découverte qu’ils auraient inconsciemment omis certaines contradictions.
Résultat : alors que Google, IBM et d’autres ont démontré le fonctionnement de leurs quelques dizaines de qubits, Microsoft – qui continue sa quête des qubits topologiques, réalisables avec d’autres particules – n’a pas l’ombre d’une machine. Il voit son retard se creuser. Preuve que la course au calcul quantique reste scientifique, plutôt que commerciale. Et que la recherche fondamentale n’offre jamais de garantie de succès.



