Stelia Aerospace remet le couvert. Après un investissement de 70 millions d’euros lancé en 2017 pour développer les outils digitaux sur son site de Méaulte (Somme), la filiale d’Airbus spécialisée dans les aérostructures et les sièges d’avions revient à la charge. Et frappe encore plus fort. Le groupe, qui fournit des sous-ensembles pour Airbus, ATR et Bombardier, a lancé fin mars le coup d’envoi d’un vaste chantier de modernisation qui exige 110 millions d’euros d’investissements sur quatre ans.
L’investissement concerne l’ensemble des sites de Stelia : Méaulte, mais aussi Bordeaux (Gironde), Rochefort (Charente-Maritime) et Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). "Il est co-financé à hauteur de 50% par le fonds Corac, lancé dans le cadre du plan de relance", signale Stéphane Campion, directeur industriel de Stelia. Ce fonds doté de 1,5 milliard d’euros sur trois ans permet de financer des projets de R&D. "Il bénéficiera via différents projets à nos sites, mais également à certains de nos sous-traitants, qui doivent également améliorer leur modernisation et leur digitalisation", précise Stéphane Campion.
Pas besoin de lire Asimov, allez à Méaulte

Lors de l'inauguration de l'usine Stelia à Meaulte dans la Somme. Photo Pascal Guittet

- 17093.18-0.23
Mars 2026
Cours mensuel du nickel - settlement$ USD/tonne
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
Avec ce nouvel effort, Stelia espère rester aux avant-postes en matière de digitalisation dans le secteur aéronautique. Lorsqu’en 2017 l’équipementier avait inauguré à Méaulte sa ligne automatisée dédiée à l’A320, le patron de la branche commerciale de l’avionneur, Fabrice Brégier, bluffé, s’était lui-même dit étonné du niveau de modernisation du site. Robots, machines de rivetage automatique, cobot mobile, pilotage numérique de la production, chaîne taktée, tablettes tactiles… Stelia a déployé en quelques années une impressionnante faune technologique.
Le nouvel investissement vise à aller un cran plus loin. "Le premier axe, c’est de mieux connecter nos systèmes de production avec ceux de nos sous-traitants et de partager avec eux nos interfaces de flux de production", précise Stéphane Campion. Stelia espère notamment déployer dans le courant du deuxième semestre un système d’alerte automatisé pour prévenir en cas de risque de rupture d’approvisionnement. Mais le dirigeant est conscient qu’il faudra plusieurs années pour assurer un déploiement massif de cette solution le long de sa supply chain.
Autre voie d’amélioration : l’usage étendu de technologies de production et d’assemblage de pointe, telle l’impression 3D, le soudage par friction malaxage et l’hydroforming (fabrication par déformation). "L’objectif est de produire des pièces élémentaires de grandes dimensions regroupant différentes fonctions jusque-là obtenues via des techniques d’assemblage plus onéreuses et prenant plus de temps", justifie Stéphane Campion.
Stelia rêve de contrôle qualité en temps réel
Concernant la phase d’assemblage des grands sous-ensembles, tels que les pointes d’avions, Stelia compte accélérer encore davantage la robotisation des procédés, ouvrant la voie à une plus grande flexibilité des lignes et une réduction de la taille des bâtis réduisant de facto le cycle de production. "Un autre aspect concerne la prise en compte en temps réel de la qualité des produits et des process durant l’assemblage", annonce Stéphane Campion. Un exemple : Stelia imagine pouvoir contrôler en temps réel la parfaite géométrie des bâtis, afin de corriger immédiatement les éventuelles dérives. De quoi éviter les opérations régulières de contrôle de leur conformité.
Dernière piste évoquée : la réduction du temps d’assemblage chez l’avionneur, via des structures plus avancées en matière d’équipements. "L’ensemble de ces technologies va avoir des impacts en matière de formation, de montée en compétences de nos collaborateurs tous métiers confondus, depuis les compagnons jusqu’aux fonctions support et celles liées à l’environnement, prévoit Stéphane Campion. Nous devrions assister à une montée globale en compétences." Une question brûlante alors que la montée en puissance des robots dans les usines pose la question de leur cohabitation avec les humains.



